Othello, ou la sublime élégance de l’horreur

Au théâtre de l’Oulle cette année, la compagnie Viva proposait deux pièces d’une beauté et d’une intelligence époustouflante. Après leur succès 2015 avec la pièce Andromaque, célèbre tragédie racinienne, ils sont revenus au Festival d’Avignon 2016 avec une nouvelle pièce : Othello de Shakespeare.

Un drame pour l’horreur

Cultivant son goût pour le drame, Anthony Magnier nous propose avec Othello cette année une histoire pour le moins terrible. Othello, dit le maure, est un brillant homme de guerre vivant à Venise. Envoyé à Chypre pour défendre l’île contre les Ottomans, Othello part avec sa jeune épouse dont il est fou amoureux, Desdémone. Ses officiers l’accompagnent également. Parmi eux sont : Iago, Roderigo et Cassio. Iago, pour une raison qui nous est inconnue, hait Othello de toute son âme. Il décide de mettre en place un plan machiavélique, pour perdre le Maure. Pour cela, il va persuader Othello que Desdémone ne lui est pas fidèle, et qu’elle le trompe avec Cassio. Le récit de Shakespeare est une brillante démonstration des pouvoirs de la parole. Il nous montre les ravages de la persuasion et comment le psychique peut nous abîmer dans des tourments de paranoïa et de peur. Très vite Iago parvient à ses fins, grâce à ses talents de metteur en scène, de comédiens, de narrateur… et mène Othello à commettre l’irréparable. Cette formidable descente aux enfers possède une force d’attraction hypnotique qui nous happe et nous emporte. La formidable mise en scène de la compagnie Viva nourrit la tragédie d’une esthétique efficace et poignante !

© Compagnie Viva
© Compagnie Viva

De la beauté pour le drame

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce goût pour les grandes œuvres théâtrales réussit à Anthony Magnier, qui possède une intelligence visuelle de ces chefs d’œuvres hors du commun ! Le dispositif sur scène est des plus simples : un plateau rond tournant, que l’on actionne manuellement, sur lequel les comédiens évoluent parfois, et qui les entraine dans un manège infernal, une boîte à musique étrange et effrayante. Ce plateau est une trouvaille si ingénieuse et signifie tellement ! Il semble attendre les comédiens, avec fourberie, pour les emmener vers la destination finale… au bout de la tragédie. Pour le reste, très peu de meubles : un fauteuil rouge, quelques chaises. Une grande sobriété dans le décor de la mise en scène qui sert la trame narrative. Les codes utilisés sont simples et clairs. Pour Desdémone par exemple, deux robes : l’une blanche, qui évoque sa pureté, celle de sa nuit de noce et celle aussi de son innocence dans toute cette mascarade qui se joue d’elle ; l’autre rouge afin d’évoquer son côté plus tentateur, qui la transforme en la femme décrite par Iago à Othello. Grâce à un vieux microphone qui descend du dessus de scène, Iago explique son plan à la scène. Tantôt épatant, clownesque ou bien sombre et glacial, on ne peut que saluer la performance de Stéphane Brel qui devient un adorable monstre, un manipulateur hors pair et le grandiose valet de cette histoire noire.

Un travail d’équipe complémentaire

© Compagnie Viva
© Compagnie Viva

Point important de la mise en scène, non original certes, mais très pertinent ici, est la présence quasi permanente de tous les artistes sur scène. Les comédiens ne sortent pas en coulisse mais restent assis, sur le plateau pour observer le drame qui s’y joue. Un musicien est également présent en permanence pour suppléer la bande sonore qui est utilisée. Mathias Castagné nous plonge dans un univers sonore profond aux accents rock. La détresse des accords appuie notre angoisse et emmène l’histoire dans une toute autre dimension, plus profonde, plus sombre, et qui semble s’adresser au plus enfoui de nos êtres. Enfin, la lumière apporte la dernière pièce au puzzle de cette mise en scène réussie en tout point ! On sent qu’un travail minutieux et ambitieux est fait au point de vue de l’éclairage qui est d’une beauté photographique, voire cinématographique, remarquable. Chaque image est un tableau, qui véhicule son émotion, son histoire.

Othello, par Anthony Magnier, est une excellente adaptation du drame, pleine de créativité et de traits qui tiennent du génie. Il nous offre une réelle vision de la scène et démontre un esprit théâtral hors pair. Pour la prochaine création, c’est encore Shakespeare qui sera à l’honneur de cette compagnie, avec un Roméo et Juliette qui promet des merveilles.

Margot Delarue

Une pensée sur “Othello, ou la sublime élégance de l’horreur

  • 16 novembre 2016 à 11 h 58 min
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    Je n’irai pas voir Roméo et Juliette. Je sors choquée de cette adaptation, déçue, infiniment déçue. Il faut que je relise Othello parce que je l’ai lu il y a 20 ans environ, en anglais, j’ai adoré le lire, j’ai adoré le film d’Orson Welles, j’avoue ne jamais avoir vu la pièce jouée au théâtre auparavant.
    J’ai été stupide, j’aurais dû comprendre en lisant des présentations que ce n’était pas pour moi.
    Je voulais la langue de Shakespeare. Je ne la retrouve pas. Je constate que ça doit être un élément très important de l’attrait de la pièce pour moi.
    Je me demande si certaines phrases sont bien de Shakespeare. Si c’est le cas, je n’ai pas dû bien lire ou alors mes réflexions ont bien évolué depuis 20 ans.
    J’ai à peine ressenti de l’émotion, à part quand l’actrice qui jouait Emilia a joué quelques scènes. Le fait de ne pas ressentir d’émotions, ne ne pas avoir l’impression d’être au théâtre, m’a donné l’idée que le changement d’attitude chez Othello était très rapide, j’ai vu se dérouler la pièce, j’ai raisonné, je n’ai pas été emportée, j’ai donc trouvé ce changement totalement incohérent pour un homme qui est censé diriger une armée… Je me trompe peut-être… En tout cas ça donne une idée des puissants qui est bien actuelle, des fous. Mais finalement, c’est peut-être ce qu’il faut montrer… En tout cas ça me déplaît.
    On voit aussi tout des acteurs. Seul un voile et pas un rideau est devant nous au début. Voir l’actrice interprétant Desdémone se gratter le dos ne me fait pas rêver.
    L’intrusion de télé-réalité quand Iago parle de Bianca à Cassio est peut-être opportune mais ça m’a ramené à tout ce que je déteste aujourd’hui.
    Toutes ces choses qui me déplaisent sont peut-être assez matérielles, ne changent rien au message mais j’ai un doute, il faut vraiment que je relise cette pièce.

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