Ouïe le Jeudi! Une vision innovante de la musique contemporaine.

Ouïe le jeudi! est un projet à l’initiative de Spirito et est accueilli toute cette saison au Musée d’Art Contemporain de Lyon. Spirito est le rapprochement (en 2014) du Chœur et Solistes de Lyon (dirigé par Bernard Tétu) et du Chœur Britten (dirigé par Nicole Corti). Ce jeudi 19 novembre a donc eu lieu le premier rendez-vous de la saison en compagnie des œuvres Tôt, mais pas encore… et Revenant et de leurs compositeurs Sébastien Béranger et Philippe Hersant, afin d’offrir aux spectateurs une nouvelle approche de la musique contemporaine (et vocale). Six rendez-vous ont été programmés sur ce même principe, le prochain étant le jeudi 17 décembre.

Une présentation innovante

Il est parfois compliqué de comprendre ou de ressentir les subtilités de la musique contemporaine à l’écoute seule de sa composition. Entre des mélodies complexes, une finesse d’écriture, des principes pas toujours évidents à retranscrire en musique. Or ce soir, il paraît difficile de penser que les pièces n’ont plus été comprises par son public. En effet, cette « rencontre » entre le public, la chef de chœur Nicole Corti et les deux compositeurs Sébastien Béranger et Philippe Hersant et le Chœur Britten rappelle La Boite à Musique de Jean-François Zygel. On retrouve la musique avec des mots, des images simples, avec des explications sur l’œuvre.
Ces deux œuvres ont été composées à partir du même texte, Revenant  de l’académicienne Florence Delay. Fondé sur 3 textes (Revenant étant le troisième), ce projet permet de mettre en corrélation ou en opposition ces œuvres (elles appartiennent à un corpus d’une trentaine d’œuvres) ; ce qui montre que la créativité est propre à chacun et qu’en musique un texte peut donner lieu à de multiples interprétations d’un même « socle » littéraire. Il a donc été apprécié d’entendre le texte de référence lu par Nicole Corti (car notre oreille le reconnaît donc plus facilement dans les œuvres).
On se rend compte qu’ici les compositeurs ont dû faire des choix très différents. Philippe Hersant a fait le choix de garder seulement les premiers vers pour leur sens et Sébastien Beranger lui choisira différents vers pour une approche beaucoup plus phonologique de la langue française (la couleur des syllabes, des mots). On comprend plus aisément l’inspiration de Bach dans la version de Hersant. Pour cette œuvre, le compositeur a choisi de faire apparaître (tel un filigrane) la cantate de Pâques de Jean-Sébastien Bach Christ Lag in Todesbanden. C’est une chance de pouvoir ainsi interagir directement avec le compositeur sur son œuvre !

Entre la répétition et le concert

Quel est le moyen le plus efficace de faire comprendre un élément musical ? D’en donner un exemple sonore. Voilà le pari gagnant de ce projet ! On ne sait pas vraiment si l’on est face à une répétition, à un concert, à une rencontre ; c’est un peu tout ça à la fois. On est face à une répétition car on entend tout d’abord différents passages de l’œuvre pour leur particularité vocale ou leur particularité d’arrangement ; on citera par exemple la présence d’un teneur (ce qu’on appelle également un bourdon) mis en évidence ; ou encore les subtilités de la direction de chœur (la différence à l’écoute entre deux gestes de direction) et même celles du chœur lui-même (passage d’une technique vocale à une autre en très peu de temps), ou encore l’intrusion d’une bande électronique pré-écrite (l’absence du chef, la présence du minutage et donc du chronomètre pour les solistes…)
La version d’Hersant est pour huit voix (cela veut dire que non seulement il y a huit chanteurs sur scène mais également que la partition a été écrite avec huit lignes mélodiques différentes) alors que la version de Béranger est faite pour trois voix solistes (un ténor, une soprano et un baryton) et un support électroacoustique (on retrouve ici le travail de Pierre Schaeffer et Pierre Henry avec la musique concrète). Il était intéressant de voir les différences de traitements vocaux entre les deux morceaux.
On est également face à un concert car après cette « Présentation-explication » des œuvres, elles sont intégralement chantées par le chœur (dans les conditions de concert). Cette enchaînement d’écoutes permet au spectateur de ne plus se retrouver perdu pendant l’œuvre car il en comprend mieux le sens (musical et littéraire) et peut donc ainsi mieux l’apprécier.

Une « mini-visite » de la Biennale

L’objectif de ces rencontres et de permettre au public de se familiariser avec les différentes formes d’arts. C’est donc ainsi qu’est venu l’idée de proposer en fin de spectacle une petite visite commentée du musée (selon les expositions du musée). On a donc pu visiter une partie de la Biennale du Musée d’Art Contemporain. Il est intéressant de voir la cohérence entre la visite du musée (basée donc sur le thème de la modernité) et cette rencontre basée sur la musique contemporaine, la voix, et même le corps.
Le prochain Ouïe le Jeudi ! Portera sur le thème « Apnée, corps vocal » en compagnie du Chœur et Soliste de Lyon (dirigé donc cette fois ci par Bernard Tétu), des danseurs du CCNR (Centre Chorégraphique et National de Rillieux-la-Pape), du chorégraphe Yuval Pick ainsi que du compositeur Samuel Sighicelli.

Camille Pialoux

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