Ouvrez grand vos esgourdes car en musique tout s’arrange !

Tout s’arrange est un spectacle musical humoristique des Trompettes de Lyon qui se jouait à Avignon du 7 au 30 juillet dans le cadre du festival Off au Théâtre Notre-Dame et qui se produira au Karavan Théâtre de Chassieu le 4 novembre 2016.

À la (re)découverte du répertoire

Tout s’arrange est un spectacle humoristique qui a la bonne idée de revisiter les classiques. S’il est vrai que c’est à la mode de tout remanier et de tout refaire à sa sauce, la plupart de ceux qui réinventent des classiques sur scène ne livre jamais la version originale de l’œuvre remodelée. Le quintet de trompettiste, composé d’André Bonnici, Pierre Ballester, Didier Chaffard, Jean-Luc Richard et Ludovic Roux, propose toujours d’entendre la version originale avant de l’arranger à leur convenance. Pour ceux qui ne connaîtraient pas l’air, ils comprennent immédiatement de quel morceau il s’agit et comme ils l’ont entendu précédemment, ils n’ont aucun mal à s’en souvenir. Pour ceux qui les connaissent, c’est l’occasion de les entendre de nouveau interprétés avec brio, d’autant que la plupart des airs choisis ne sont habituellement pas des morceaux pour trompettes. On entend donc deux versions inhabituelles des grands classiques de Chopin, Mozart, Strauss père et fils, Dvorak, Schubert, Bach, Vivaldi, Bizet et Berlioz. On traverse la musique et passe d’un style à un autre, d’un air à un autre avec joie et plaisir. Ils mettent un point d’honneur à nous faire entendre la mélodie originale et celle arrangée car si l’un des objectifs du spectacle est de faire rire, il n’en reste pas moins un concert à visée didactique, ce qui explique pourquoi chaque œuvre est présentée avant d’être jouée.

© David Bonnet
© David Bonnet

De la musique mise en scène par un humoriste

Pour créer ce spectacle et le rendre plus vivant, les Trompettes de Lyon ont fait appel à l’humoriste François Rollin pour la mise en scène et l’écriture des transitions. Les musiciens s’accordent parfaitement avec le style décalé et drôle du comique. Ils jouent la comédie, se cherchent, se répondent et sont très complices, ce qui donne au spectacle une force incroyable, tout fonctionne et tout s’arrange à la perfection…
Le spectacle s’ouvre sur « Que ma joie demeure » de Jean-Sébastien Bach, petite référence au spectacle d’Alexandre Astier, grand ami du metteur en scène. Au-delà du probable clin d’œil, ce morceau donne clairement le ton du spectacle qui sera drôle ou ne sera pas ! Mais en plus d’être drôle, il sera innovant puisque cet extrait est adapté en musique irlandaise. Si la performance de claquettiste n’a pas de quoi faire rougir Michael Flatley, de Lord Of the Dance, cela imprime un rythme et tempo au spectacle qui ne redescendra plus… Et ce n’est pas la version tango de la « Valse du Grand Danube Bleu » de Strauss fils ou la version hip hop funk du « Printemps » de Vivaldi qui feront redescendre l’engouement et l’enthousiasme du public.

© David Bonnet
© David Bonnet

Si on sent que la musique est sacrée pour eux, ils n’hésitent pas à lui faire affront ou à tenter de périlleuses entreprises comme un solo incroyablement long sur « Lettre à Élise » de Beethoven ou sur l’« Ave Maria » de Schubert qui, « jouée par un mauvais chrétien », devient pleines de fausses notes, nous brisant les tympans et rendant fou ses collèges sur scène… L’arrangement le plus fort qui a été commis est le boustrophédon sur l’extrait du « Bal » issu de la Symphonie Fantastique de Berlioz. Ils osent le challenge de jouer à l’envers la partition pour nous faire découvrir une version plus qu’inhabituelle, puis on entend ensuite la version originale pour comparer.
Les transitions sont très bien trouvées et astucieusement préparées. Ainsi, pour justifier l’arrangement en reggae de « La Truite » de Schubert, ils expliquent que ce type de poisson peut se manger fumé et que la fumée provient des joints des chanteurs de reggae. Ainsi, ils jouent le morceau comme s’ils étaient stones avec de la fumée qui sort de leurs trompettes… De même, avec « l’ouverture » des Noces de Figaro qui est réarrangée à la suite du divorce de Figaro qui sombre d’abord dans la déprime avant de relever la tête, de se remarier et de faire la fête, nous offrant une version particulièrement festive de cet extrait pour conclure ce spectacle.

Les transitions pour passer d’un morceau à l’autre sont très bien trouvées, la mise en scène et le jeu des trompettistes, que ce soit en tant qu’acteurs ou instrumentistes, sont vraiment excellents. Ils nous permettent de redécouvrir des classiques et d’apprécier une version remastérisée et réarrangée humoristique. De quoi passer un bon moment en famille !

Jérémy Engler

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