Pan, loufoque et burlesque

Du 5 au 26 juillet 2019, La Fabrik’Théâtre accueille à 20h05, Pan, l’adaptation du roman Peter Pan et Wendy de J.M. Barrie par Irina Brook. Le collectif La Cabale

, regroupant de jeunes comédiens issus du Cours Florent adapte cette pièce avec beaucoup moins de budget que la metteuse en scène franco-britannique dans un style moins spectaculaire mais tout aussi efficace !

Une réécriture drôle et érudite

Dès le départ, on est surpris de ne plus voir que deux enfants Darling, John (Rony Wolff) et Wendy (Margaux Francioli) mais l’absence de Michael, le petit dernier n’est en rien préjudiciable, d’ailleurs Michael a dans cette pièce un rôle relativement secondaire, sinon celui de l’enfant tenté par la piraterie mais vite rattrapé par son amour de la patrie britannique, amour tant exacerbé qu’il en devient risible bien qu’honorable. Ici, réside l’intelligence de ce texte, les personnages ont tous des caractères très marqués, quelques peu stéréotypés mais tellement poussés à l’extrême qu’ils en deviennent ridicules. Le public rit d’eux, les comédiens incarnent si bien les excès des personnages qu’on les trouve tous touchants, les méchants comme les gentils. On s’attache facilement à eux et les attitudes qu’ils ont les uns envers les autres sont l’objet de qui pro quo, et rien ne fait plus rire que l’incompétence des pirates ou la maladresse innocence d’enfants un peu perdus. Chaque personnage se teinte d’une couleur particulière qui rend le texte encore plus drôle et décalé. Clochette (Marine Babarit), présentée comme la jolie fée zozotte et parle très vite, les enfants perdus (Lola Blanchard, Margaux Dupré, Léa Philippe, Maud Bonheur et Thomas Rio) ont des accents particuliers ou des costumes étonnants… quant aux pirates, ils ont tous une particularité très drôle…

© D.R.

L’un a un accent espagnol (Simon Cohen), le grand costaud (Akrem Hamdi) est un peureux et Mouche (Aymeric Haumont) reste Mouche, le bras droit maltraité par son capitaine. Plusieurs chansons festives issues de la picèe parcourent cette pièce et lui donne un rythme intéressant, mais une fois encore le collectif réussit à rendre ça humoristique dès lors que Michael Jackson, les Bee Gees ou les Black Eyed Peas pas très bien remixés se joignent à la fête… Plusieurs références à Shakespeare sont mentionnées par le capitaine Crochet (Charles Mathorez) qui joue l’érudit, parodiant ou citant l’auteur britannique et même Edmond Rostand. Ces citations sont toujours à propos et s’adressent évidemment aux adultes en leur offrant une autre lecture du récit de J.M. Barrie. Tout en restant fidèle à l’univers original, le texte recèle de traits d’esprits et de grosses ficelles comiques, mais tout fonctionne admirablement, porté par une mise en scène excellente sans artifice !

Une scénographie sans artifice mais redoutable

Dans la mise en scène originale d’Irina Brook, les personnages volaient grâce à des fils et les acrobaties se multipliaient. Dans cette mise en scène collective, pas d’acrobaties, ni d’effets spéciaux, tout repose sur les costumes, le jeu des comédiens, les mimiques, les intonations de voix, leur dynamisme sur scène et leur complicité. Ils semblent s’éclater et on est conquis ! Les nombreuses interactions avec le public créent un lien avec la salle et les enfants, notamment lorsqu’il faut aider Clochette à revivre après que quelqu’un a dit que les fées n’existent pas et que tout le monde répète la même phrase pour la ranimer…

© D.R.

Le plateau représentant le Pays Imaginaire se divise en deux parties, le bateau pirate d’un côté et l’arbre des pendus de l’autre. Lorsque la scène se passe chez les pirates, les enfants perdus sont cachés dans l’arbre et à l’inverse, lorsqu’on est chez les enfants perdus qui s’amusent, chantent des chansons pour se laver les mains par exemple, on retrouve les pirates endormis. Chez les pirates réveillés aussi, l’ambiance est à la rigolade (enfin pour le public surtout), Crochet est entouré de bons pirates quoiqu’un peu peureux mais volontaires et prêts à aider leur capitaine avec toute la maladresse dont ils peuvent faire preuve. La mise en scène et les chorégraphies sont géniales, même le combat final entre Crochet et Peter Pan (Nicolas Ladjici) est bien exécuté, à l’exception du coup mortel… mais bon « mourir sera une grande aventure »

Ce spectacle est grandiose et repose sur l’exceptionnelle performance des artistes sur scène qui interprètent avec l’espièglerie nécessaire à tout habitant du Pays Imaginaire le texte admirable d’Irina Brook. Un spectacle pour toute la famille !

Jérémy Engler

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