Passion Furieuse

Amateurs de musique, n’hésitez pas à venir au festival d’Avignon 2019 ! On y trouve de véritables perles, à l’instar du spectacle Piano Furioso Opus 2, mis en scène par Jérémy Ferrari et magistralement interprété par Gilles Ramade. Vous pouvez venir voir cette pièce tous les jours du 5 au 28 juillet 2019 à 18H30, au théâtre Le Palace.

La boîte à musique

La salle est de taille modeste, avec une petite scène nichée sur une estrade et teintée de noir. Les fauteuils sont larges et confortables, d’un rouge vif : voilà du changement, nous serons bien assis ! Arrivés à plusieurs, les spectateurs s’installent avec tranquillité. Enfin la salle s’éteint et l’acteur entre sur scène, ou plutôt devrais-je dire, le soliste virtuose, puisque c’est dans ce rôle que va évoluer notre comédien-musicien. Avec son costume en queue de pie, il s’installe et commence à nous interpréter l’Intermezzo de Schumann. Visiblement ennuyé, le concertiste ne tarde pas à envoyer promener le protocole et à arrêter le concert pour parler directement au public de son expérience de musicien. Le pitch devient le prétexte d’une formidable leçon de piano, et même d’une leçon de vie. Parlant de son apprentissage du piano, il désacralise rapidement toutes les plus grandes figures de la musique classique. Des génies ? Surtout des persévérants qui ont dépassé les trois premières années d’apprentissage, les plus difficiles, les plus ingrates. Notre homme n’est autre qu’un travailleur passionné, un acharné, un irréductible qui trouve la musique partout, jusque sur sa couette de lit qu’il déchiffre sur son clavier avec frénésie. Le spectacle nous offre le plaisir d’entendre une musique en direct, revisitée, très bien interprétée et qui renforce le crédit que nous prêtons au personnage.

© leboost.com
© D.R.

Rire et justesse

Avec ce spectacle, Gilles Ramade ne fait pas que divertir son auditoire, il lui transmet une très belle vision de la vie, valable pour tous les hommes. En ridiculisant le débat séculaire qui oppose la musique savante avec la musique populaire, le comédien nous montre que la passion seule donne une réelle valeur à l’art. La maxime « castigat ridendo mores » n’a jamais été aussi vraie qu’avec ce spectacle d’une intelligence folle. Il touche ainsi à la plus grande angoisse de l’homme moderne qui associe les institutions et les grands noms seuls au talent créatif. Ici ce concertiste joue sur un piano droit, dans une petite salle. Tout le spectacle est finalement résumé là : quand le talent se heurte injustement aux aléas matériels, ou encore quand le talent ne se mesure pas au prestige d’une institution ou d’un lieu. Car du talent, Gilles Ramade n’en manque certainement pas ! Au contraire, nous pourrions même dire qu’il faut être particulièrement doué pour réussir à gagner un auditoire aussi rapidement et aussi totalement. Chacun a applaudi de toutes ses mains, et est reparti le sourire aux lèvres : pari gagné. Ce n’était pourtant pas joué d’avance ! Parler de musique classique et de solfège avec autant de justesse aurait dû en barber plus d’un, c’était sans compter sur l’humour acéré du comédien, également auteur de la pièce.

Il [nous] entraîne au bout de la nuit !

Passant du grand répertoire classique à l’improvisation jazz, jusqu’aux tubes plus rock et populaires, Gilles Ramade ne fait aucune distinction de style ici : n’importe quelle musique à sa place sur scène. Musicien atypique, quitter le conservatoire pour être pianiste de cabaret ne lui fait pas peur. Et il entraîne (littéralement, puisqu’il fait même monter certaines personnes sur scène) le public, qui claque des doigts, frappe des mains, chante et fredonne avec lui. Le rythme de la pièce est extrêmement bien géré, avec des gags efficaces et hilarants, mais aussi, et encore plus surprenants, des moments de précieuse poésie. Ainsi ce spectacle charme toute la salle qui ne s’ennuie jamais. L’interprète, qui reste bien plus d’une heure sur scène, nous offre une présence généreuse et entière.

© toulouse.aujourdhui.fr
© D.R.

Que vous soyez musicien ou non, vous prendrez plaisir à partager un moment avec ce concertiste, plein d’anecdotes et de verve. Je recommande vivement ce spectacle qui allie merveilleusement théâtre, stand-up et musique. Cette tranche de joie se déguste, bien évidemment, à plusieurs.

Margot Delarue

2 pensées sur “Passion Furieuse

  • 2 août 2016 à 17 h 42 min
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    Trop drole ces artistes dont on entend jamais parlé de l’année c’est bien qu’eux aussi ai leurs 2-3 semaines de gloire par an grace a Avignon.

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    • 18 août 2016 à 16 h 44 min
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      @Ramiz Ce n’est pas parce que vous ne le connaissez pas que personne ne le connaît…revoyez vos sources…ainsi que sa carrière. La télé ne fait pas l’activité des artistes. Il ne vous a visiblement pas attendu pour remplir les salles tout au long de l’année.
      Heureusement que les vrais artistes n’attendent pas sur votre « culture » personnelle…

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