Peau d’âne, un enchantement permanent

Dans le cadre du festival Off d’Avignon, le Théâtre des 2 Galeries accueille du 7 au 30 juillet, à 10h50, la compagnie La Savaneskise pour son adaptation du conte de Charles Perrault, Peau d’âne par Pénélope Lucbert, d’après le conte librement adapté de Florence Le Corre.

Une mise en scène astucieuse

© Yohan Blanco
© Yohan Blanco

Au-delà de la mise en scène, ce sont les costumes qui sont importants dans Peau d’âne. Tout le monde sait qu’elle porte une robe à la couleur du soleil, à la couleur de la lune et à la couleur du temps, mais si à l’époque, cela était une prouesse, le challenge existe encore aujourd’hui. Aussi, la compagnie a trouvé une astuce vraiment intéressante, ils ont utilisé un immense abat-jour dans lequel se glisse Peau d’âne, formant une robe qui s’illumine aux couleurs de ce qu’elle porte. La magie opère et les couleurs scintillent de mille feux. Les enfants sont conquis et nous aussi. D’ailleurs, cette « robe » deviendra par la suite la cabane où vit Ninon, recluse, et dans laquelle l’apercevra le prince, symbole de son emprisonnement à l’état de jeune fille. Le fond de scène représente deux panneaux avec des trous qui dessinent les arbres de la forêt et qui permettront ainsi de créer la forêt que traverse la princesse lors de sa fuite du château, la course au ralenti est très drôle, et ce décor la met admirablement en image, évitant de mettre de faux arbres ou de courir sur le plateau en disant qu’il s’agit d’une forêt. Si l’imaginaire est important dans un conte, Pénélope Lucbert a, elle, décidé de miser sur le rêve que peut procurer un spectacle pour des enfants.

« On n’épouse pas Papa »

Après la mort de sa femme, le roi décide d’épouser la seule personne qui surpasse sa défunte épouse, et cette personne n’est autre que sa fille. Mais cela ne se peut, car « on ne peut pas être papa et mari » et la fée, jouée par Valérie Thoumire qui jouait la mère, vient la protéger et devient sa mère de substitution en lui proposant moult subterfuges pour empêcher ce mariage, tels que les différentes robes ou de tuer l’âne qui produit des richesses. Pour éviter que Peau d’âne ne réponde une bêtise, elle arrête, chaque fois, le temps puis la conseille. La fée devient burlesque, car elle paraît très déprimée, à chacune de ses tentatives avortées et ses moments de « pause » finissent par faire sourire. Mais le véritable ressort comique intervient avec les deux paysans qui accueillent Ninon après sa fuite et dont le phrasé hautement non raffiné et leurs mimiques sont hilarants. Leur force comique est incroyable et raisonne bien avec le prince naïf qui tombe amoureux de la « souillonne » dont la candeur et l’état d’ahurissement général devant cet amour ne peuvent que faire sourire.

© Yohan Blanco
© Yohan Blanco

Une narration originale

Qui dit conte dit récit. Souvent cette narration disparaît de la scène pour laisser place à l’action, ici, les deux se mélangent sans fausse note. Edouard Michelon joue le narrateur qui commente et fait les transitions entre les différentes scènes pour permettre un changement de costumes ou joue certains personnages secondaires, le tout sous le regard et souvent sur les notes d’Oscar Clark qui, avec sa guitare, rythme le spectacle. Il sera le lien entre la narration et les différentes chansons humoristiques qui peuplent le spectacle pour finalement devenir le prince du conte et donc un personnage particulièrement important pour la fin de l’histoire.

Cette narration met l’accent sur le ridicule de la situation du père voulant épouser sa fille, mais aussi sur l’émancipation d’une fille qui grâce à une simple bague dans un gâteau comprend le sens de la vie et comment sortir de sa condition avec honneur tout en s’émancipant de son père et de sa fée. En sortant de sa cabane étriquée, elle accède au monde des adultes, au monde des personnes libres d’agit comme bon leur semble.

Ce conte émerveille les enfants et fait mourir de rire les adultes qui tombent sous le charme des chansons décalées et sous la performance de tous les comédiens.

 

Jérémy Engler

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