Peau d’âne par Jean-Michel Rabeux : Une histoire qui commence… et finit mal

Au Théâtre de la Croix-Rousse, du 27 au 31 janvier, est présentée Peau d’âne, mis en scène par Jean-Michel Rabeux. S’il nous avait ébloui dans Les fureurs d’Ostrowsky en tant que co-auteur, la réussite n’est cette fois par au rendez-vous. Après l’échec cuisant de Show-Time, le théâtre de la Croix-Rousse réitère malheureusement avec un Peau-d’âne se présentant comme contemporain, mais qui a perdu beaucoup de sa force et de sa magie sur le chemin.

Un conte sans magie et sans drame

L’histoire de Peau d’Âne n’est pas nouvelle. Le conte de Perrault fait en effet parti des plus fameux contes de notre enfance, et a notamment été adapté au cinéma. Pour rappel, l’histoire commence avec un père qui a perdu sa femme, et qui se promet de trouver une nouvelle femme, à condition que celle-ci soit plus belle que feu son épouse. Quand il voit sa fille, c’est chose faite : il souhaite l’épouser. Face au drame qui se noue, la jeune fille va tenter de fuir ce mariage, en lui demandant des cadeaux à priori impossible à réaliser, des robes plus belles les unes que les autres. Prise de court, elle s’enfuit alors, après l’ultime demande à son père : tuer son âne magique faiseur d’or. Bien sûr, elle rencontre un prince dans son exil, et son père se repend alors. Une très belle matière donc, mêlant magie, drame et amour. Mais dans la mise en scène de Jean-Michel Rabeux, tout est aplati, uniformisé, et on ne retrouve rien de tout cela. Sa tentative de modernisation du conte est malencontreusement un échec, et le conte perd toute son essence et son intérêt, et c’est bien dommage.

© Ronan Thenaday
© Ronan Thenaday

Sur un air de musique classique, un homme déguisé en fée arrive, avec lui, les comédiens dans des caddies de supermarché. Dés le début, on sent que cela ne va pas aller, il y a quelque chose qui ne colle pas. Au cours du spectacle, cela se confirme. Les décors, costumes et maquillages, créés par la même personne tombent de plus en plus en dérision. Tout parait être de mauvaise qualité, posé là par le plus grand des hasards. L’intérêt, tant sur le plan esthétique que logique, est difficilement, voire quasiment impossible à trouver. Outre cette scénographie peu avantageuse, le jeu des comédiens n’aide pas à la valorisation du spectacle. Le choix a été fait d’un débit de paroles très lent, en prime d’un jeu toujours dans l’exagération. Tout cela est particulièrement agaçant. Au lieu de créer une atmosphère particulière et qui aurait pu être intéressante, l’âme du conte s’essouffle et la magie disparaît dés les premières minutes. Au final, le spectacle manque cruellement de rythme. Rien n’est joué plus en dessus ou en dessous, toutes les actions sont placées sur une même ligne, sans gradation. Tout cela donne un ensemble placide, sans émotion, sans poésie, et sans ce drame pourtant au cœur de l’intrigue.

Stéréotypes quand tu nous tiens

Si la forme n’est guère attrayante, le fond ne l’est hélas pas davantage. Le texte à en effet été retravaillé et ajusté pour un public d’enfants. Premier stéréotype : les enfants ne sont pas des idiots, et le théâtre qui leur est destiné n’est pas synonyme d’un théâtre inférieur à celui des adultes. Au contraire, il faut énormément de subtilités pour que petits et grands apprécient le spectacle, il faut du tact pour instaurer deux niveaux de lectures, ce dont manque clairement ce spectacle.

© Ronan Thenaday
© Ronan Thenaday

Les costumes, cités précédemment, ne sont pas hors de cette catégorie de clichés. Le prince est un boxeur dansant – quelle surprise – sur Eye of the tiger. La fée est évidement en tutu rose avec une baguette magique, certes jouée par un homme, mais dans quel but ? Les stéréotypes sont usés jusqu’à la corde : le père, en costume noir, et le prince, le bon, dans le même costume mais en blanc, oh miracle, la même couleur que la robe de Peau d’âne. En somme, des costumes qui ont une part majoritaire dans le spectacle, mais qui ne sont clairement pas à la hauteur de leur ampleur. Puis, dans l’écriture en elle-même, on retrouve encore des stéréotypes qui montrent bien qu’il n’y a aucun second degré à voir ici. Entre les marques de pâte à tartiner, de boissons énergisantes, et Peau-d’âne jouant toujours bras en l’air comme dans une publicité pour déodorant, on à l’impression d’avoir à faire à une pièce sponsorisée ou à un spectacle faits par des enfants, s’amusant dans une cour d’école, au choix.

Bref, une grande déception pour ce Peau d’âne qu’on attendait pourtant impatiemment. Un spectacle tombant bien trop souvent dans la facilité, et qui dénature profondément ce conte, à la fois magique et tragique. Dommage, car l’idée de donner un nouveau souffle à un conte n’était en soi pas mauvaise. Malgré tout, le spectacle ne dure qu’une heure, vous pouvez toujours tenter d’aller le voir jusqu’au 31 janvier ! Faites-vous votre avis et partagez-le en commentaire, nous serions ravis d’avoir un contre-point positif à cette critique qui ne l’est guère, il faut bien l’avouer.

Marie-Lou Monnot

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