Peter Pan : une adaptation théâtrale simple et fidèle de l’œuvre de J. M. Barrie

Mise en scène par Christian Duchange et représentée le 11 et le 12 mars 2016 au Théâtre de la Renaissance à Oullins, Peter Pan est naturellement l’adaptation du roman de James Matthew Barrie écrit en 1911 sous le titre original de Peter and Wendy. Elle appelle sur scène les personnages bien connus de Peter, Wendy, le Capitaine Crochet ou la fée Clochette. Bien loin du dessin animé de Disney, du plus réaliste Hook de Steven Spielberg sorti en 1991, ou encore du film Neverland de Marc Forster sorti en 2005, cette pièce, située dans une longue lignée d’adaptations en tout genre sur le personnage de Peter Pan, fait le choix d’une mise en scène plus proche de l’œuvre originale tout en demeurant accessible à un large public.

Father time

Rappelons-nous la vraie histoire de Peter Pan, celle écrite par J. M. Barrie à propos d’un enfant qui refusait de grandir et qui vivait sur une île mystérieuse où le temps ne s’écoulait pas, le Pays imaginaire (« Neverland » en anglais), « la deuxième à droite, puis tout droit jusqu’à l’aube ». Le Peter Pan de Barrie, comme tous ses personnages, est un protagoniste complexe, plus qu’on ne peut l’attendre du héros d’une histoire pour enfant. Maître incontesté du pays imaginaire, il en est la représentation immuable et éternelle, sans qui les Peaux-Rouges cessent de chasser les pirates, et les pirates les enfants perdus. Décrit comme joyeux, innocent, et sans cœur, c’est aussi un personnage égocentrique, incapable d’éprouver des sentiments envers les autres, comme l’amour ou la compassion, et qui finit par oublier amis comme ennemis, les considérants comme les personnages d’un jeu dont il est le maître. Peter est un garçon qui s’obstine à ne pas grandir et à ne pas se souvenir, considérant tous les adultes comme des pirates et n’hésitant pas à tuer de sa main les enfants perdus qui « décident » de vieillir. Le roman est avant tout une histoire sur le thème de la mort, du temps qui passe et que l’on craint, symbolisé entre autres par le tic tac du réveil avalé par le crocodile. Peter Pan est celui qui veut vaincre le temps qui passe, en incarnant un monde figé et qui n’évolue jamais. Après avoir jeté Crochet en pâture au crocodile, de peur de voir se rompre l’équilibre bien/mal, il finit par prendre sa place, « tous les doigts de la main gauche repliés sauf l’index, qu’il gardait arrondi et soulevait d’un air menaçant, comme un crochet ». Christian Duchange a ici fait le choix d’une adaptation fidèle, reprenant point par point l’histoire originale telle qu’elle a été écrite par Barrie, et en gardant aussi les thèmes principaux. Si la pièce ne brille pas par des moyens énormes, elle offre néanmoins, comme on le verra, un spectacle visuel et sonore original.

© Michel Ferchaud
© Michel Ferchaud

Une adaptation mettant en avant l’imaginaire

Ici, pas de décors exubérants, ni de costumes très soignés. Le moins que l’on puisse dire est que la pièce ne cherche pas l’excès. Écrite en 2013, elle met en scène quatre personnages, qui interpréteront à tour de rôle Peter Pan, le capitaine Crochet, les enfants perdus ou les pirates. Sur scène, un grande boite ronde tournante figurera le pays imaginaire, la cachette de Peter Pan, ou encore la chambre des enfants. Pour le bateau pirate, une simple maquette. Duchange nous fait don d’une mise en scène faite de petites choses, laissant notre imagination galoper toute seule jusqu’au pays imaginaire. On a apprécié cette volonté de faire beaucoup avec peu. Le ton de la pièce et des dialogues est lui aussi à la fois léger et comique. Peter est ici un peu moqueur, indiscipliné et joueur. Pour Duchange, il est « fanfaron sans cœur, qui incorpore à la réalité le pouvoir de son imagination, et s’élève au-dessus des pesanteurs de notre monde réel à l’aide d’un peu de poudre de fée ». Les personnages se chamaillent à propos de tout et de rien tout au long de la pièce, et perdent parfois le fil de leur propre histoire. Tout comme le roman, la pièce a ceci de particulier d’offrir un conte que l’on peut revoir à l’âge adulte avec beaucoup de plaisir et d’attention. On y découvre ou redécouvre des petites choses que l’on n’avait pas vues étant enfant, tout en continuant à chercher des réponses. Pour Duchange toujours, « Chacun sort avec plus de questions que de réponses… C’est vraiment la force de cette œuvre, de ne pas donner de réponse. Il y a peu de textes pour la jeunesse, même si le texte de Barrie dépasse de loin ce seul répertoire, qui échappe à la tentation de donner des solutions. C’est ce qui me motive à monter un tel spectacle. Les méchants ne se transforment pas en gentils pour la vie à la fin, cette histoire est délicate, car elle ne donne pas de réponse ».

© Michel Ferchaud
© Michel Ferchaud

Peter Pan de Christian Duchange est l’adaptation légère et sympathique d’une histoire complexe. Elle emmènera aussi bien petits et grands dans les aventures cycliques du pays imaginaire, faites d’Indiens, de pirates et de garçons habillés de feuilles. Pour ceux qui voudront la voir, elle finira sa saison au Théâtre de l’Archipel de Perpignan à partir du 5 juin.

Guillaume Sergent

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