Le pixel quantique, la longue saga des notes de Boulet

En publiant le tome 10 de ses Notes, intitulé Le pixel quantique, Boulet parachève l’adaptation en bande dessinée de son blog  http://www.bouletcorp.com/. Publiée aux éditions Delcourt, collection Shampooing, cette dixième saison regroupe les pages parues sur le site entre juillet 2013 et août 2015. Mais si cet album offre un contenu riche en termes de réflexions diverses sur le kebab, les multivers ou la mode des casquettes en équilibre sur la tête, on se pose toutefois la question de l’intérêt réel de publier une bande dessinée tirée d’un blog ?

Vous pourrez le rencontrer à l’occasion du Lyon BD Festival, les 4 et 5 juin 2016 !

À l’école du blog BD

©Boulet
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Si aujourd’hui Boulet, l’alias de Gilles Roussel, est un auteur de bandes dessinées reconnu, notamment pour son Raghnarok ou sa participation à la série Donjon, c’est en partie grâce à son blog, débuté en 2004, qu’il le doit. Comme d’autres auteurs de sa génération, tels  Pénélope Bagieu ou Bastien Vivès, il s’est servi de ce média pour publier au jour le jour des notes (des « posts » dans le jargon) sous forme de bandes dessinées relatant sa vie de tous les jours, ses pensées ou ses réflexions. Connaissant une popularité croissante, ce moyen est aujourd’hui utilisé à rebours par des auteurs de bande dessinée connus tels que Zep avec son blog sur le site en ligne du Monde. Mais de plus en plus les blogs se voient édités en bande dessinée par des maisons d’édition, produisant au passage un objet payant à partir d’une œuvre en libre accès. On se demande alors ce qu’apporte un tel changement de format, si ce n’est un peu de répit pour nos yeux fatigués de l’écran, ou une déception pour les internautes adeptes du « scrolling » (anglicisme, action de faire dérouler verticalement un document sur un écran) ? Ceux qui ont suivi le blog de Boulet au jour le jour depuis plusieurs années ne découvriront pas de sensations nouvelles dans cette série de Notes, puisqu’habitués à découvrir les notes au fur et à mesure et à attendre la suivante avec impatience, ils auront ici la sensation de les avoir servies sur un plateau. Ce tome 10 ne fait pas exception à la règle en reproduisant fidèlement, et dans le même ordre, les notes du blog postées il y a quelques années de ça. Si pour les autres qui, comme moi, ont découvert le blog en grande partie a posteriori, cet album permettra de se replonger, pour la modique somme de 13 euros, dans les archives des deux dernières années sans avoir à chiner sur le site pendant des heures. L’intérêt du blog réside dans sa dynamique et sa spontanéité, sa lecture au quotidien retraçant les péripéties, passionnantes ou non, de son auteur, et dans son interaction entre ce dernier et le lecteur par l’entremet des commentaires. Le tort de l’adaptation en bande dessinée est de figer sur papier de manière définitive ce média qui se donnait comme but de changer notre lecture et notre découverte de l’œuvre d’un artiste.

©Boulet
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Un album fourre-tout

Ce tome 10 des Notes de Boulet présente aussi des bons côtés. À la manière du blog, l’album est un fourre-tout illustré. De tailles et de formats variés, les notes devenues des planches traitent avec humour de sujets divers plus ou moins centrés sur le nombril de Boulet. On y  trouve ainsi mélangés des souvenirs d’enfance, son gout pour la science-fiction et la fantaisie, ou son aversion pour les publicités sur Internet. « Geek » affirmé, la question de la technologie avec ses bienfaits et ses revers est ici le fil conducteur de ses réflexions, avec ses rêves de stylo 3D ou de voyages intersidéraux. S’il nous dévoile une grande partie de son quotidien, celui-ci, comme celui de tous les autres, manque cruellement de vaisseaux spatiaux et de monstres à pourfendre. Comme il le dit lui-même : « L’imagination est une ivresse, la réalité est sa gueule de bois ».  Diversité de thèmes, mais aussi de styles. Celui de Boulet se caractérise par l’emploi de plusieurs techniques, depuis le dessin au stylo jusqu’à la peinture ou le dessin sur tablette graphique. L’ensemble donne un album plaisant à lire, drôle, et qui ravira les yeux à certains moments.

On ne peut qu’être mitigé à la lecture d’un dixième album adapté du blog de Boulet. Si le format papier procure indéniablement un plaisir sensoriel différent de la froideur d’un écran d’ordinateur ou de tablette, on ne trouve que peu d’intérêt à lire cet album quand, après avoir lu les pages du blog, on se retrouve avec un copier-coller pure et simple. Cette bande dessinée vise à coup sûr les nostalgiques qui ne souhaitent pas remonter dix ans de pages Internet pour retrouver un vieux post, ou bien ceux qui ne savent vraiment pas quoi offrir à Noël.

Guillaume Sergent

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