Les Plaidoiries de l’Absurde : Rencontre avec le réalisateur Wenceslas Lifschutz

Jeune réalisateur lyonnais déjà connu pour Tea Time, vous venez de sortir une nouvelle web-série, les Plaidoiries de l’Absurde. Short-com de six épisodes de huit minutes qui forme une parodie du système politique, les Plaidoiries de l’Absurde montrent l’affrontement de deux députés autour de projets de lois tous plus loufoques les uns que les autres. Comment vous est venue l’idée d’une telle série ?

Wenceslas Lifschutz : J’étais déjà en tournage à l’époque sur Tea Time qui était assez exigeant en terme de travail et de post-production. L’équipe se donnait rendez-vous au théâtre pour jouer quand on n’avait pas encore de projets très précis en tête. On faisait alors des improvisations autour de certains concepts. Un des concepts qui s’est dégagé était le débat autour d’un projet de loi ou d’un projet judiciaire, avec un personnage qui défend le projet et un autre qui s’y oppose. Le but était justement de partir assez loin dans le n’importe quoi. L’un des acteurs des Plaidoiries de l’Absurde qui est le député Lucas Tastrophe (Yves Desvigne) a fait une très bonne improvisation, ce qui m’a donné l’idée de développer le concept, de partir plus loin, de l’imposer exclusivement au système politique, de partir sur une Assemblée Nationale, dans quelque chose d’encore plus loufoque, d’encore plus absurde, qui refléterait un fond intelligent, un vrai fond. Toutes les propositions de lois sont absurdes, mais toutes font écho à de vraies lois, qui défendent parfois quelque chose qui ne fonctionne pas forcément. Notre premier épisode Le Bac Piraterie renvoie au système éducatif qui peut être une bride pour les élèves. On part très loin, tout en restant attaché à un fond très vrai. Cela vient donc tout simplement d’improvisations que j’ai ensuite étirées pour en faire six épisodes, tout en reprenant le langage politique et en apposant ma marque dessus.

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© DR

Y a-t-il une source d’inspiration, une pièce, une série déjà existante ? Ou bien des éléments qui vous auraient marqué, inspiré pour la réalisation et les personnages ?
Wenceslas Lifschutz : Pour les Plaidoiries pas vraiment. Après, il y a bien sûr des personnages politiques qui m’ont inspiré… Mais ma principale inspiration, c’étaient les conneries que j’entendais tous les jours de la part de la classe politique, qui avait des projets de lois encore plus absurdes que ceux que je proposais. Il y a quand même des choses – même si je ne retrouve pas d’exemple –  que j’avais mises dans la série sans les prendre au sérieux, et qui ont ensuite été proposées ! C’était absolument ridicule ! Au final, je pense que ma meilleure inspiration reste les grands humoristes français que sont nos politiques.

Combien de temps de travail a été nécessaire pour pouvoir présenter ces Plaidoiries ?
Wenceslas Lifschutz : Alors cela m’a pris beaucoup moins de temps que Tea Time : j’ai eu l’idée en décembre, j’ai commencé à écrire en janvier, c’est venu assez vite. Lorsque je manquais un peu d’inspiration, je proposais une improvisation à ma troupe théâtrale, ce qui m’a donné de l’inspiration pour pouvoir ensuite écrire les épisodes en conséquence. Ça a été l’affaire de six mois, en sachant qu’on a perdu pas mal de temps pour trouver le décor. Le décor obtenu, ça a été un mois de préparation : je voulais que les épisodes se tournent en une fois, histoire qu’on n’ait pas de souci de faux-raccord et qu’on puisse tourner très vite. L’idée c’était de pouvoir tourner six épisodes en deux jours, ce qu’on ne peut pas faire si on a des coupes. On a utilisé du multi-cam pour permettre de faire ça en huit minutes. Ça représente pas mal de répétitions sur un mois, puis deux jours de tournage, ce qui va assez vite. Quant au montage-mixage lui, il s’est fait en un mois et demi. Finalement cela s’est assez vite enchaîné. Le plus compliqué a été de trouver le lieu, vraiment.

Quelle a été votre préparation justement ?

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Wenceslas Lifschutz : Pour le lieu, c’est l’Université Lumière Lyon 2 qui a accepté de nous héberger dans son grand amphithéâtre. J’y avais tout de suite songé, et je visais l’endroit depuis un moment, déjà parce que l’amphithéâtre peut vraiment faire songer à l’Assemblée Nationale – c’est vraiment un beau décor. Quant à la préparation des acteurs, on se donnait rendez-vous une à deux fois par semaine, en rajoutant les deux week-ends précédant le tournage. Là c’était vraiment la reprise complète du texte, fini l’improvisation (rires) ! Je demandais à ce que le texte soit su absolument par cœur. On retrouve pas mal de députés qui viennent nourrir le débat, on a aussi pas mal d’inserts de députés encore plus loufoques qui viennent réagir aux propositions.
L’autre partie de la préparation a été de contacter Richard Darbois qui a été notre guest de qualité dans cette web-série (sourire). Il est notamment la voix française d’Harrison Ford, avec tant d’autres ! Cela s’est fait très naturellement, je l’ai contacté, il m’a très gentiment répondu, tout s’est très rapidement fait ! Il m’a envoyé les enregistrements, ce qui était absolument sublime parce qu’au final, j’ai eu plus de difficultés à trouver un décor qu’à avoir la voix de l’un des doubleurs français les plus célèbres (rires).

Dites-nous, comment réussit-on à avoir Richard Darbois dans son casting ?
Wenceslas Lifschutz : C’est un comédien de doublage que j’admire énormément. Je l’avais contacté à l’époque de mon premier moyen métrage qui s’appelait Hypnos 600, qui remonte à deux ans et demi maintenant. Je voulais qu’il joue un rôle dans le court-métrage et je lui ai envoyé un message sur les dix adresses différentes que j’avais trouvé sur le net, en espérant qu’il y en ait un qui arrive à destination. On avait fait un long mail, très détaillé, et coup de bol il l’avait reçu ! Il nous a répondu très rapidement et très gentiment, en nous expliquant qu’il était en semi-retraite à la Guadeloupe et donc qu’il ne pourrait pas venir sur Lyon. Mais qu’il était toujours partant pour ce genre de projets donc, si jamais j’avais besoin d’une voix pour une bande-annonce, il ne fallait pas que je hésite à le recontacter ! Pas idiot, j’avais soigneusement gardé l’information dans un coin de ma tête et au moment où les Plaidoiries sont arrivées et où on avait un rôle exclusivement en voix-off, je me suis dit que c’était vraiment le moment de le recontacter. Il m’a rapidement répondu que ça le bottait bien, qu’il avait trouvé l’idée sympa. J’ai eu un petit coup de stress car : pendant deux semaines on a plus eu de nouvelles, je pensais qu’il n’avait pas trouvé le temps, ou qu’il avait autre chose à faire. Mais non, il avait enregistré toutes les voix dans son studio à lui. Il m’a tout envoyé d’un coup, toutes les voix étaient absolument parfaites parce qu’il connait son boulot. J’avais donc toutes les voix avant même de commencer le tournage ! On l’a contacté une fois le tournage fini, on avait enregistré un message de remerciement avec le lien vers les six premiers épisodes en exclusivité. Il nous a répondu très gentiment que ça lui avait bien plu et qu’il était content d’avoir participé. C’est vraiment un gros kiff en tant que réalisateur de pouvoir compter sur un acteur aussi incroyable. C’était génial aussi en terme de visibilité parce qu’avoir Darbois dans sa série, mine de rien c’est beau. Et puis, c’est constructif d’avoir des retours d’un mec avec autant d’expérience et qu’on admire… Sa gentillesse a également été un gros plus et un très beau souvenir en plus du reste.

14241444_1116592471745002_4037159673670013603_oPourquoi avez-vous choisi le format de la web-série ?
Wenceslas Lifschutz : On avait déjà essayé le format de la web-série avec Tea Time. Impossible pour nous, en tant qu’illustres inconnus, d’être diffusé à la télévision, donc le format de la web-série s’imposait. Le concept des Plaidoiries de l’Absurde est plus proche de la short-com, plus court et plus humoristique. Internet me semble parfait pour de jeunes créateurs comme nous, pour permettre une diffusion large et ne pas se cantonner aux festivals. Cela permet d’avoir des avis divers et non pas seulement de professionnels. C’est vraiment un bon format, et cela me fait plaisir d’être sur internet parce qu’on a un rapport assez direct avec le public via des commentaires, qu’ils soient bons ou mauvais d’ailleurs (rires). En tout cas, à mon niveau, je ne peux pas encore espérer être diffusé plus largement, à la TV, etc. J’aimerais bien, parce que je pense qu’une short-com comme ça, ça s’y prête facilement. Le format de la web-série est le plus facile et le plus nourrissant pour des créateurs qui n’ont pas de production pour pouvoir diffuser leur œuvre. Ils peuvent ainsi être critiqués ouvertement, en bien comme en mal, c’est enrichissant dans tous les cas.

Quels sont votre ressenti post-tournage et vos premiers retours ?
Wenceslas Lifschutz : Globalement je suis assez satisfait du résultat. J’ai vu des défauts que je corrigerais si on devait faire une suite. Le concept est tellement « simple » à faire, que j’aimerais qu’on se lance dans une suite si ces six premiers épisodes rencontrent un certain succès. Sur ce premier épisode, on a eu des retours très positifs comme plus négatifs. Le propre de l’humour c’est de ne pas faire rire tout le monde, surtout l’absurde. Cela dépend de la sensibilité de chacun. Du coup il y a des choses que je corrigerais, surtout en terme de timing. Je pense que j’opterais pour un format plus court. Ce premier épisode a tendance à se focaliser sur un député, tandis que les autres se présentent davantage sous la forme d’un débat. J’attends vraiment le retour sur les six épisodes pour me faire un avis global. On a des épisodes très différents les uns des autres. On a testé à chaque fois des choses très différentes : des sujets politiques, des sujets plus « pop-culture »… Après on modifiera ça en vue d’une saison 2 qui est déjà en cours d’écriture.

Avez-vous d’autres projets en parallèle ?
Wenceslas Lifschutz : Oui, je suis comédien en plus d’être réalisateur. Je suis d’ailleurs plus comédien que réalisateur : je me suis même permis de jouer dans un des épisodes des Plaidoiries et de créer aussi une effervescence autour de ça, parce que c’est facile de créer des projets en se disant « Ah mais je suis que comédien moi, ça va ». Donc en parallèle, je joue dans une pièce de théâtre Les Colocs, de Jocelyn Filippo qui se jouera au Complexe du Rire à partir du 17 octobre tous les lundis jusqu’en juin a priori. On est en repet’ actuellement. J’ai aussi des chroniques sur une chaîne Youtube de Directive Première, qui est une boîte de direction lyonnaise, où je fais des critiques ciné en 180 secondes. Je participe à plein d’autres petits projets par l’intermédiaire de cette boite de production. Je tourne également dans divers courts-métrages à droite et à gauche. Je fais tous les 48h imaginable : des tournages de film en 48h. J’étais il y a une semaine à celui de Bruxelles. Je multiplie donc le maximum de projets auxquels je peux participer !

Retrouvez les Plaidoiries de l’Absurde sur la chaîne des Dragons Gradés, un vendredi sur deux.

Lien pour écouter l’interview : http://www.trensistor.fr/2016/10/lecume-des-pages-n28/

Héloïse Geandel

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