Please continue (Hamlet), que le procès continue au TNP !

Du 19 au 30 novembre, dans la petite salle du Théâtre National Populaire, Yan Duyvendak et Roger Bernat nous proposent un procès grandeur nature avec leur spectacle Please Continue (Hamlet) ! Pour comprendre la genèse de ce spectacle, nous vous invitons à lire notre interview de Yan Duyvendak en plus de notre critique.

Le procès d’Hamlet

Si vous vous attendez à voir du Shakespeare dans le texte, c’est raté ! Ici, il n’est nulle question de Shakespeare sinon de personnages qui obéissent au même nom. Hamlet qui aime Ophélie a assassiné son père Polonius. Gertrude la mère d’Hamlet a été témoin de la scène. Si le meurtre commis est similaire, Hamlet tue Polonius de la même manière que dans la pièce de Shakespeare, ici, on ne fait pas le procès du crime du Hamlet de Shakespeare. Hamlet est transposé dans notre société et le cas examiné dans ce tribunal est celui d’un homme qui avoue avoir tué un homme mais sans avoir eu la volonté de tuer cet homme-ci précisément ! Ca y est c’est parti !
Pour ceux qui ne connaissent pas la pièce, vous ne pourrez pas la découvrir grâce à cette mise en scène. Vous assisterez au jugement d’un homme dont l’histoire le rapproche du Hamlet de Shakespeare. Pour ceux qui connaissent la pièce, ne vous attendez pas à une réécriture de la pièce car Hamlet n’est finalement qu’un prétexte au procès, le but étant d’amener de la fiction dans un vrai dossier et une vraie cour.

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Un vrai procès ?

Au-delà du rapport à Shakespeare, ce qui est intéressant, c’est l’architecture de la pièce. Ici, nous avons 17 personnages : un juge d’assise, un huissier de justice, un avocat de la défense, un avocat de la partie civile, un avocat général, un expert médical et psychologique, 8 jurés populaires, Ophélie, Hamlet et Gertrude. Ces trois derniers sont les seuls personnages interprétés par des acteurs. ILs n’ont pas de texte prédéfini, ils incarnent l’histoire de chaque personnage et répondent aux questions qui leur sont posées. Le personnel médical et de la justice est joué par de vrais avocats, juge ou huissier qui changent chaque soir. Quant au 8 jurés, ils sont choisis au hasard parmi le public à la fin des plaidoiries.
Ce dispositif oblige le public à être actif ! Pas question de regarder passivement le procès qui se déroule sous vos yeux, tous à vos carnets pour prendre des notes et vous faire votre opinion sur la culpabilité ou non d’Hamlet dans cette affaire.

« On essaye de démonter les clichés des séries télévisuelles » Yan Duyvendak

Comme dans la réalité, le jury est choisi parmi le public et chaque avocat effectue son vrai travail en interrogeant le témoin, en se rapportant au dossier. Si le temps est évidemment réduit par rapport à un véritable procès, la mécanique est la même.

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Le but de ce procès est double, il est d’abord pédagogique puisqu’il veut nous montrer ce qu’est un vrai procès et quel est l’objectif d’un procès. Aujourd’hui, avec toutes les séries télévisées américaines, on voit des suspects obligés de prouver leur innocence. Pour la justice américaine, on est présumé coupable alors qu’en France, on est innocent tant que que notre culpabilité n’a pas été prouvée. Une différence terminologique fondamentale pour notre procès !

« Les délibérés ont lieu dans tout le théâtre » Yan Duyvendak

L’autre intérêt de cette pièce est évidemment de ramener le théâtre dans la « cité », non pas dans la ville, mais auprès du public. Le but étant d’intégrer le spectateur dans le déroulé de la pièce et le processus du spectacle. Le verdict peut changer tous les soirs, le tout dépendant de la performance des avocats et du ressenti des 8 jurés sélectionnés. De plus, pendant que les jurés délibèrent et qu’arrivent l’entracte, tout le public entre en ébullition pour commenter le procès et devenir soi-même juré. Au final, même si seulement 8 personnes prennent la décision, tout le monde se sent investi du rôle de juré et y va de son verdict…

Vous avez jusqu’au 30 novembre pour assister à ce procès fait pour le public par le public lui-même ! Alors, selon vous, Hamlet est-il coupable d’avoir voulu donner la mort à Polonius ? Et souvenez-vous, le doute bénéficie toujours à l’accusé…

Jérémy Engler

5 pensées sur “Please continue (Hamlet), que le procès continue au TNP !

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