Dans les plis du paysage, regards jonglés sur l’individu

Quelle place occupe le jongleur dans le paysage scénique ? Quels liens le jonglage permet de tisser, entre le rythme, le temps et l’espace ? C’est autour de ces réflexions que s’est construit Dans les plis du paysage, la dernière création du Collectif Petit Travers, qui se joue du 19 au 21 septembre au Toboggan à l’occasion de la 17ème Biennale de la Danse de Lyon.

Un collectif, plusieurs voix

Dans la vaste nébuleuse des arts vivants, le jonglage est une discipline particulière, se nourrissant de diverses influences. Le collectif Petit Travers, fondé en 2003, rassemble dans une même troupe jongleurs, danseurs et musiciens. Centré sur la création et la diffusion de pièces de jonglage, il offre, avec déjà six spectacles et plus de mille représentations à travers le monde, un dialogue intéressant entre arts du cirque, composition musicale et danse. Issus de milieux artistiques différents, les membres du groupe apportent avec eux un savoir spécifique qu’ils partagent avec les autres. Les différentes disciplines se croisant, elles forment une expérience singulière, donnant à « leur » jonglage un visage unique. Après Pan-pot ou modérément chantant (2009) et les Beaux orages qui nous étaient promis (2013), Dans les plis du paysage est le troisième volet d’une trilogie basée sur ce que le collectif appelle « le jonglage polyphonique ». Contrairement aux pièces précédentes, le collectif a choisi ici de ne pas faire appel à un metteur a scène, préférant une mise en scène et une composition collective. Dans ce triptyque, l’art de jongler s’inscrit dans une perspective autant rythmique, avec un musicien jouant sur scène, que graphique, où les jongleurs s’effacent derrière les trajectoires des balles. Cette concordance offre une réflexion sur le jonglage, et le jongleur, qui est pour Julien Clément, un des deux auteurs, « un participant d’un petit orchestre de chambre, suivant sa propre voix, mais où la dépendance est dans ce qui nous relie ».

© Collectif Petit Travers
© Collectif Petit Travers

Individu-paysage

Dans les plis du paysage est aussi une réflexion sur l’individu et sur les tissus d’interdépendance qui nous relient les uns aux autres. Alliant sept jongleurs et un batteur dissimulé avec sa batterie au milieu de la scène, les personnages sont ici désincarnés, encapuchonnés dans des doudounes rouges. Pour Nicolas Mathis, un des deux auteurs de la pièce, la notion « d’individu-paysage » renvoie à « un panel de qualités de présences qui vont d’une désincarnation des personnes jusqu’au fait de les voir dans leur corps, leur singularité, leur originalité ». Muets et dépersonnalisés, les personnages laissent alors la parole aux balles de jonglage, accompagnées par le jeu de batterie. L’espace scénique fait aussi la part belle au hors-champ avec de grandes toiles suspendues au plafond masquant ou obscurcissant les personnages et leurs actions. Ces derniers jouent ainsi avec ce milieu, multipliant les apparitions et les disparitions. Les balles changent de main continuellement, le lanceur disparaît, un autre la rattrape. Les possibilités sont presque infinies, et laissent une grande liberté de jeu, de se perdre, et de rêver aussi. « Nous voulions montrer des rapports de temps, de vitesse, des rapports graphiques entre les balles ». Embarqués dans des mouvements oniriques, les personnages tissent entre eux d’étranges relations. Le spectateur est alors emmené dans un voyage où il est question de vie avec les autres, et de la vie tout court. « Le vivant, c’est ce dont on ne finit jamais de faire le tour ».

Entre expérimentation et improvisation, Dans les plis du paysage est un spectacle à la fois perturbant et enrichissant, tant sur son aspect que sur sa mise en scène drôle et originale. Il réjouira les amateurs de jonglage, de batterie et de danse improvisée.

 

Guillaume Sergent

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