La pop culture : appropriation, copie ou renouveau?

Encore une fois cette semaine, nous nous retrouvons à l’European Lab Forum à Lyon, pour parler de l’avenir de la culture ! C’est autour d’une table ronde, animée par Pascal Bertin, et intitulée « Rétromaniaque, la nouvelle scène artistique ? ». Cette discussion s’articule à partir du livre de Simon Reynolds, Retromania, et de l’idée que la musique de ces dernières deux décennies se nourrit principalement de la création des années 1980-1990.

Une volonté de rendre hommage 

Kiddy Smile est un artiste français, qui produit sa musique électronique depuis cinq ans. Il s’inspire d’artistes des années 1990, et inclut dans ces clips des références à la culture pop américaine des dernières décennies : la forme qu’il utilise n’est pas nouvelle, il continue dans le flux de ce qui a déjà été créé, tout en restant fidèle à l’esprit pop: en effet, il explique que son envie d’imiter le passé correspond à une volonté de retourner à cette époque des années 1980, où la prospérité et l’insouciance étaient encore à l’ordre du jour. Mais quelquefois, souligne l’artiste, il existe des mouvements artistiques qui arrivent en France avec un temps de retard, notamment pour des raisons techniques (en particulier avant la généralisation de l’accès internet) : il parle notamment du voguing, un mouvement identitaire de couleur qui est né aux États-Unis, une technique de danse qu’il utilise souvent dans ses clips. L’interêt pour le voguing aujourd’hui, dit-il, n’est pas lié à un désir de reproduire mais plutôt à une réalité qui est toujours la même, une identification avec ce mouvement qui est toujours d’actualité.

Marc Armand, quant à lui, est directeur artistique d’un studio d’art graphique. Il emprunte aux créations passées, en les transformant un peu, pour construire quelque chose. Il insiste sur l’aspect technique qui permet de produire aujourd’hui des nouvelles choses, en utilisant des créations du passé. Pour lui, une particularité du mouvement de la pop culture est que ce n’est pas de l’art réservé à une élite, mais un art compris par les masses (même si le travail de références et de citations est porté par les artistes uniquement). Selon Marc, les artistes s’inspirent du monde qui les entoure, et ils vont continuer à utiliser les technologies pour supporter leur création artistique. Pour Richard Mémeteau, auteur et philosophe de la pop culture, la technologie et la technique sont en effet très utiles, mais elles ne sont pas déterminantes pour le renouvellement artistique, en tous cas moins que la créativité propre aux artistes. Selon lui, la rétromania est intéressante parce que les artistes d’aujourd’hui complexifient le mouvement pop d’hier, et lui donnent ainsi de la profondeur ; de plus, avec un système de références et de citations placées dans un nouveau contexte, le résultat peut être intelligent, quelque fois même drôle.

©FrançoisPirola
©FrançoisPirola

Les dangers de l’appropriation

Kiddy Smile est formel : tout le monde ne peut pas s’approprier les différents mouvements qui appartiennent à la pop culture : on ne peut pas faire partie d’un courant qui a une forte portée identitaire et politique, et l’utiliser quand on n’appartient pas au milieu qui a crée ce mouvement. Il prend l’exemple suivant : une femme blanche, australienne, privilégiée, ne peut pas faire du Hip-hop à moins de nuire à ce mouvement, en lui retirant son côté politique, et sa dimension identitaire. La question de l’appropriation, résume Marc Armand, c’est la question de l’argent : qui au bout du chemin, bénéficie d’une retombée économique ? Malheureusement, ce ne sont souvent pas les artistes à l’origine du mouvement créatif…

Simon Reynolds sera présent ce 5 mai de 17h00 à  18h15 pour une conférence intitulé : « Tomorrow Never Known : le futur imprévisible de la pop culture ».

Si la question de la culture de demain vous intéresse, rendez-vous à l’European Lab Forum, avec notamment la conférence intitulée « La culture n’a pas d’avenir, elle a un futur ! », le 6 mai, de 18h30 à 20h00 !

Adelaide Dewavrin

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