Pourquoi l’homme est-il incapable de vivre sans la haine ?

Thierry Cohen est un romancier français auteur de nombreux best-sellers. Avant la haine est son septième roman. C’est un roman à deux voix, un chapitre est consacré à la vie de Mounir, un autre à la vie de Raphaël. C’est comme si chacun d’entre eux évoquait ses souvenirs de l’enfance à la vie d’adulte, leur vécu, leur ressenti, la perception de la vie quotidienne à travers l’écran que constitue leur statut d’immigré.

L’arrivée en France

La France, un eldorado pour la famille des deux personnages principaux du roman. Raphaël et Mounir arrivent tous les deux du Maroc pour commencer une nouvelle vie dans ce vieux pays de gaulois. L’un est juif, l’autre est arabe. Leurs parents respectifs posent leurs valises à Lyon. Ces deux familles d’immigrés sont animées de la même volonté : s’intégrer le mieux possible et permettre à leurs enfants de faire des études, de réussir pour qu’ils puissent avoir une belle vie, bien meilleure que la leur. C’est à partir de là que l’histoire des deux garçons commence.

L’enfance, l’adolescence, les années étudiantes

Pour Raphaël et Mounir c’est la première rentrée des classes qui a lieu en France. Tout est nouveau. Très vite, ils vont faire connaissance dans la cour de l’école. Ils habitent le même quartier et vont devenir très rapidement amis. Ils vont grandir ensemble. Ils apprennent, se découvrent et s’intègrent. Ils ont des rêves et des espoirs. On découvre leurs réactions face à l’actualité du moment et leur désaccord parfois. Ils accèdent au collège, puis au lycée. Ils poursuivront leurs études et suite au déménagement de la famille de Raphaël, se perdront même de vue, eux qui se voyaient comme des frères, qui avaient échangé leur sang. Eux qui partageaient tout, qui luttaient ensemble, qui ont connu leurs premières amours ensemble. Leur amitié connaît alors ses premières fissures.

Avant_la_haine

La vie d’adulte

Chacun de leur côté, Mounir et Raphaël vont prendre place dans le monde du travail dans leur vie d’adulte, ils vont chacun fonder une famille. Mounir devient professeur, se marie avec Fadila. Raphaël fonde sa propre agence de publicité et se marie avec Ghislaine, elle aussi de confession juive. Mounir aura une fille et Raphaël trois fils. À partir de ce moment-là, ce ne sera plus que des rencontres fortuites, qui vont même générer une certaine gêne entre eux. Cela conduira à de violents échanges. Chose que l’un est l’autre n’aurait pu imaginer…

Pourquoi jusqu’à la haine, quel est le détonateur ?

Tout est lié à l’actualité dans le monde. Raphaël et Mounir s’éloignent l’un de l’autre parce qu’ils ne prennent pas fait et cause pour les mêmes choses, ils vont perdre toute objectivité. C’est la montée du racisme, de l’extrémisme, c’est les combats incessants entre Israël et les Palestiniens. Des massacres sont perpétrés des deux côtés. Chacun espère la paix, mais cela semble impossible. En France, l’antisémitisme est affiché. Certains musulmans en soutien à la Palestine vont crier lors d’une manifestation « Mort aux juifs ». La peur s’insinue et avec elle toutes ses dérives. Le fossé entre Mounir et Raphaël ne va cesser de grandir.

Avec ce livre, Thierry Cohen nous aide à comprendre beaucoup de choses sur les comportements et les ressentis des immigrés. On peut se rendre compte au fil des pages de l’influence des événements internationaux sur les juifs et sur les musulmans qui vivent en France. On peut se rendre compte également de leurs difficultés d’intégration. On prend conscience de leurs nombreuses interrogations et de la place qu’ils occupent dans la société française.

Avant la haine est un roman qui offre de nombreuses pistes de réflexion sur la différence, la tolérance, le partage et le respect de l’autre. Il me semble que certains passages pourraient être lus à de jeunes collégiens et que cela pourrait leur être très utile pour comprendre pourquoi aujourd’hui nous en sommes arrivés là, au comble de l’horreur et de la haine pendant cette bien triste année 2015. Thierry Cohen a choisi de traiter un sujet brûlant, mais ô combien d’actualité, car ce livre est sorti en novembre 2015 ! C’est un roman très touchant, qui met le doigt sur la peur de l’étranger, la folie des hommes et la haine entre les peuples. On s’interroge encore une fois sur les religions et au nom desquelles tant de massacres ont eu lieu et ont encore lieu aujourd’hui (l’inquisition, les croisades, la Saint-Barthélémy, Sabra et Chatilla,  les attentats suicide fomentés par le Hamas en Israël, l’Intifada…). Les hommes se servent-ils de Dieu comme prétexte pour se massacrer ?

Je vous invite vivement à découvrir ce livre qui vous donnera l’occasion de vous plonger dans de nombreuses réflexions sur le genre humain et s’il est encore récupérable.

Marie de Kako.

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