Premier amour de Beckett un monologue monotone mais plein de tendresse

Après En attendant Godot la semaine dernière, les Célestins, Théâtre de Lyon continuent sur leur lancée becketienne en proposant cette fois Premier amour, texte un peu moins connu de l’auteur irlandais. Vous pourrez donc découvrir du 8 au 18 octobre cette œuvre méconnue, mais néanmoins savoureuse, portée en plus par un grand comédien, Sami Frey. Il se met ici lui même en scène dans un monologue d’une heure et quelques, rempli de tendresse, d’humour, mais aussi hélas saupoudré parfois d’une dose d’ennui.

Je t’aime, moi non plus

Premier amour est une des premières nouvelles de Beckett. Publiés en 1945, ce texte nous met face à un homme occupé à faire le bilan de sa vie : décès du père, départ de la maison et rencontres, entre autres. Et comme souvent chez Beckett, le drame se mélange souvent à l’absurde, et les sentiments oscillent entre joie et tristesse, toujours dans une très belle simplicité. Le texte se déroule, au fur et à mesure de la vie du personnage, et l’on vit alors avec lui ses doutes, ses incompréhensions, ses bêtises aussi. Et dans le rôle de l’homme justement, Sami Frey parvient sans peine à nous faire croire à sa vérité. Son charme est incontestable et on l’écoute avec admiration, comme on écouterait un membre de notre famille nous raconter ses histoires de jeunesse. Même s’il faut bien avouer que le monsieur a beaucoup de mal à articuler ,qu’il ne parle guère fort, et que la moitié de ses mots sont avalés, et emportés loin, loin de nos oreilles. Si on peine à certains moments à se faire à ces défauts, il faut bien reconnaître qu’ils créent néanmoins une complicité, un rapprochement fort avec le public. Ce personnage nous parle, à chacun de nous, presque individuellement. Le lien est immédiat, dès les premiers instants, le public s’attache à ce bout d’être, ce bout de solitude qui attend, comme toujours chez Beckett, mais qui attend quoi ?

© Hélène Bamberger, Cosmos
© Hélène Bamberger, Cosmos

Moins plus moins ne fait pas toujours plus

Le texte se laisse donc savourer, dans sa justesse et simplicité. Simplicité qu’on retrouve d’ailleurs dans la mise en scène, qui respecte entièrement cette sobriété. Sur scène, le rideau noir du théâtre est descendu, et à la limite du bord de scène, des bancs, simples, en bois. Et sur le coté, une lumière rouge qui s’accompagne d’un léger son strident, seule réponse au long flux de paroles de notre héros. Quelques jeux de lumières aussi, tout autant sobres. La musique d’accompagnement joue très bien son rôle, mais reste toujours très monotone.. Car a trop vouloir faire dans la sobriété pour ne laisser entendre que le texte, la mise en scène devient lecture, et le spectateur s’endort en écoutant le doux conte qui nous est raconté. L’ensemble est très, trop cadré, l’espace, l’intention de la voix, tout est dans une perpétuelle continuité, sans jamais d’accent, de dynamique nouvelle. Si cela est certainement un choix pour se rapprocher de l’esprit de Beckett, il manque malgré tout une chose, toujours présente chez l’auteur mais qu’on retrouve rarement dans les mises en scène, c’est l’espoir. Jean-Pierre Vincent avec son En attendant Godot l’avait d’ailleurs plutôt bien saisi, quitte à tomber parfois dans l’excès inverse. Si le texte et la performance de Sami Frey nous touchent incontestablement, le décrochage arrive donc hélas souvent. Heureusement, le son ultra aigu qui se déclenche à intervalle régulier nous tient en éveil, bien que se soit en nous brisant les tympans.

La mise en scène de Sami Frey de Premier amour n’est donc pas fondamentalement mauvaise, bien au contraire, elle est même très juste dans le ton et l’émotion ; son esthétique est plutôt intéressante. Mais elle manque hélas cruellement de rythme et d’un soupçon d’espoir, indispensable pour réussir un bon Beckett. Mais allez malgré tout voir ce spectacle, au moins pour découvrir cet acteur qui nous avait tant plu autrefois, et ce texte, qu’il vous plaira de relire de nombreuses fois, c’est certain. Un spectacle à voir donc du 8 au 18 octobre dans la grande salle des Célestins, Théâtre de Lyon.

Marie-Lou Monnot

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