Prends l’oseille et tire-toi de Woody Allen, le coup de coeur de Marie-Lou

Une paire de lunettes pour une multitude de casquettes, entre humour noir et comique de situation, c’est le grand Woody Allen ! Tout le monde a vu au moins un de ses films. Pas étonnant, il en a tournée une soixantaine. Mais s’il a été véritablement reconnu par ses pairs au cinéma avec Manhattan, ses premiers films recellent une toute autre force comique et une ingéniosité dans l’absurde particulièrement remarquable.

Au royaume de l’absurde, Woody est le roi

Avant d’être un cinéaste, Woody Allen est avant tout un comique. S’il a quelques difficultés à être à l’aise sur scène, son véritable talent va se révéler au grand jour quand il passera derrière, et devant, la caméra. Après Lily la tigresse, c’est avec Prends l’oseille et tire toi qu’il débute véritablement son histoire avec le cinéma. De la réussite du premier découlera tout une suite de films tout aussi drôle : Woody et les robots, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir le sexe sans jamais oser le demander… Entre 1966 et 1975, son maître-mot est donc l’absurde. Les situations les plus hilarantes s’enchaînent, encore et encore. C’est le ridicule des Monty Python, les répliques sanglantes d’Alexandre Astier dans Kaamelott, les situations irréelles de Ionesco. Dans le monde allénien, tout est possible : un sein géant sa baladant en pleine nature, un homme aimant un mouton. Si les premières années sont d’avantage tournées vers un comique essentiellement visuel, celles qui suivront comprendront, elles, davantage de dialogues. C’est notamment le cas dans Harry dans tous ses états, où pépites visuelles (un homme flou au quotidien) se mêlent à des dialogues piquants. La scène où le héros se retrouve aux enfers et y croise son père est magistrale de drôlerie:

«Harry, au démon : Laissez-le allez au paradis, s’il vous plaît !
Son père : Je suis juif, je ne crois pas au paradis.
Harry : Où voudrais-tu aller alors ? 
Son père : Au resto chinois du coin de la rue. »

Mais Woody, c’est aussi des recueils de nouvelles, écrits plus ou moins à la même période. La aussi, c’est jouissif. Le dernier en date, L’erreur est humaine, date de 2007 et nous replonge dans ce passé de l’absurde. Car en effet, après Manhattan et Statues Memories, le comique auparavant placé au premier plan est relégué au second, de manière bien plus discrète. S’il on constate peu de changements majeurs, mais plutôt une évolution dans son travail depuis 1980, les dix premières années de sa carrière artistique sont en véritable rupture avec le reste de son œuvre, par ailleurs tout aussi passionnante, malgré quelques échecs.

Un film en or pour l’oseille

Prends l’oseille et tire-toi raconte l’histoire de Virgil, un jeune homme vivant en marge de la société et qui, faute d’arriver à y trouver sa place, va devenir un délinquant. Ses vols vont l’entraîner en prison, et il va, tout au long du film, tenter de trouver un moyen de s’en échapper. Par des tentatives d’évasions, des plans plus ou moins tordus, et même avec l’aide de Louise, une femme blanchisseuse dont il tombe amoureux. Cette folle histoire nous est transmise sous la forme d’un documentaire, retraçant donc la vie entière du héros principal, de son enfance à l’âge adulte. À l’aide d’interviews de ses parents, de connaissances ou de camarades de prison, le spectateur découvre pas à pas l’histoire de ce jeune homme malchanceux. Des documents d’archives, des références à l’histoire et à une chronologie bien précise sont également utilisés, afin de rendre l’ensemble encore plus réaliste. La voix-off du narrateur expliquant tous dans les moindres détails et servant de journaliste face aux personnages interviewés est évidemment aussi de la partie. Mais outre ces moments à l’aspect réellement documentaire, des moments plus fictionnels sont mis en place. Le spectateur découvre alors la vie catastrophique de Virgil via son propre regard, et sans le soutien d’un narrateur extérieur pour nous guider.

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Si une trame narrative est bien existante, c’est bien un déferlement de gags qui s’enchaîne. Ceux-ci sont avant tout visuels. Incapacité à plier une chemise, courses poursuites ratées, bougies dynamites ou pistolet briquet, tout y passe… Un coup de cœur pour une des scènes d’ouverture du film : voulant s’échapper de prison, Virgil taille dans un savon un faux pistolet. Braquant les gardiens, il parvient à arriver jusqu’à la sortie. Malheureusement, la pluie se met à tomber. Le spectateur découvre alors, en même temps que les gardiens, que le pistolet s’est transformé en mousse, nettement plus inoffensive. La scène de braquage de la banque et les dialogues de sourds se jouant autour d’elle est tout aussi hilarante.

Prends l’oseille et tire toi reste donc un des meilleurs films à gags de Woody Allen, et est un bon représentant de son humour visuel, omniprésent dans ce film. Un coup de cœur regroupant donc tous les films de jeunesse de ce réalisateur. Des premiers films à découvrir ou redécouvrir donc si l’absurdité vous plaît, ou si vous souhaitez simplement découvrir une autre facette de Woody Allen: le comique, avant qu’il ne devienne le grand réalisateur qu’il est aujourd’hui.

Marie-Lou Monnot

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