Les prisonniers réussiront-ils à envahir l’Opéra de Lyon ?

La maison des morts, inspirée du livre Souvenir de la maison des morts de Fiodor Dostoïevski dans lequel il conte sa propre expérience du bagne en Sibérie, est la dernière œuvre lyrique écrite par Leoš Janáček. Krzysztof Warlikowski, nous propose sa version moderne de l’œuvre du 21/01 au 02/02 à l’Opéra de Lyon.

Une nécessaire corrélation entre peine et éducation.

Avec une magnifique ouverture de l’orchestre de Lyon , par une musique rythmée et saccadée de superbes accords où les sublimes aigus des violons nous bouleversent, le décor du plus bel opéra écrit par Janáček est dressé. Dans son élan de modernisme Krzysztof Warlikowski continue la pièce par la projection d’un discours nous amenant à nous interroger sur le sens de la peine. La pratique de la peine n’est-elle pas paradoxalement plus que le lieu d’une instrumentalisation pénale : un lieu continuant d’attester spontanément de la dimension spirituelle de l’homme ? L’exercice pénal ne porte-t-il pas avec lui comme un horizon métaphysique de provenance qu’il importe de mettre à jour ? N’y a-t-il pas une pensée de la liberté, du devenir, du temps, des relations entre le corps et l’esprit ? Ne se cache-t-il pas tout un ensemble de pressentiment quant à l’économie de l’âme humaine ?

Tout au long de la pièce cette réflexion va mûrir et faire sens.

Par le parti pris de Warlikowski, une prison moderne dans laquelle un gymnase, où trône un panier de basket, fait office de lieu de vie commune des détenus, supplante le bagne sibérien avec ses cellules d’une noirceur glaçante. Ce gymnase est surplombé par une galerie vitrée. A gauche une pièce également vitrée fera office de bureau un temps puis de salle de spectacle.

Dans le même souci de réalisme qu’à eu Janáček pour représenter le bagne sibérien, Warlikowski choisit pour sa pièce une grande partie d’acteurs noirs, malheureusement l’une des populations les plus présentes dans les prisons occidentales. 

Michel Foucault, figure de la réflexion sur le sens de la peine, témoigne par ses thèses philosophiques de l’incertitude de l’efficacité de la peine de prison. La maison des morts malgré ce constat ne veut-elle pas nous emmener vers une autre conclusion ?

Mettre en scène l’humanisme retrouvée

La pièce relate l’histoire d’un noble russe enfermé quelques mois. Goryantchikov découvre le quotidien de l’univers carcéral : la sauvagerie et la folie ordinaire d’un milieu marqué par l’injustice, mais aussi les prisonniers et leurs histoires, les corvées et les disputes, les spectacles et l’entraide. 

Dostoïevski par son roman veut relater son évolution grâce au bagne Sibérien : « J’étais coupable, j’en ai pleine conscience… J’ai été condamné légalement et en bonne justice… Ma longue expérience, pénible, douloureuse, m’a rendu ma lucidité… C’est ma croix, je l’ai méritée… Le bagne m’a beaucoup pris et beaucoup inculqué. »

Janáček a choisi, pour rendre compte de la dureté de l’enfermement, de témoigner de l’état primitif dans lequel les détenus sont mis telles des bêtes sauvages.

Même si dans la mise en scène de Warlikowski les répétitions d’actions se sont un peu effacées dans une fête interminable la musique est là pour rappeler l’aspect primitif de l’homme dans son éternel schéma de répétition. Cependant même l’orchestre de Lyon ne pourra sauver la noirceur et le coté dramatique d’une œuvre où les bains de sangs ont laissé place aux confettis.

© B. Uhlig-La Monnaie De Munt)

Les trois détenus liés d’amitié, Alieïa, doux et conciliant, l’agressif Louka et le naïf Skouratov, auront beaucoup de mal à toucher le spectateur, perdu dans une incompréhension  flagrante. Le spectateur ne voit pas le spectacle d’humains caché par l’alcoolisme et le machisme exacerbés des détenus. Le spectateur se perd dans les individualités de chaque personnage, celles-ci n’arrivant pas à servir une globalité.

La drame et l’humanité de l’œuvre de Janaeck se retrouvent ainsi enfouis sous un parti pris remarquable mais néanmoins maladroit de vouloir universaliser le récit de la vie de Dostoïevski pendant son bagne Sibérien à la vie des détenus en prison Occidentale.

Léonie Schroeder

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *