Projet Monstre : un beau projet qui demande encore à mûrir

Le festival coup de théâtre a plus de vingt ans cette année. Vingt ans que des étudiants de tout bord, même si bien souvent inscrits en arts du spectacle, ont l’occasion de mettre en pratique ce qu’on leur enseigne sur les bancs de la fac. Vingt ans, c’est d’ailleurs bien souvent l’âge de ces jeunes artistes, qui expérimentent et tentent encore, pour espérer trouver sa, ou tout du moins une, place. Coup de théâtre, c’est une occasion de tenter. Réussir ou non, là n’est au fond peut-être pas le plus important…

Projet…

© Lou Le Gaoër
© Lou Le Goaër

Projet Monstre rassemble sur scène six personnages, hommes et femmes. À leur centre, un septième, nommé « Le monstre. » Celui-ci va alors décider, durant trente minutes, de prendre la parole, d’ouvrir son cœur, son âme. Toujours entouré par la troupe, véritable chœur dansant, il se dévoile, en exposant ses souvenirs. Et ils ne sont pas toujours joyeux. Car la vie et la mort en sont partie intégrante, indissociables d’eux. La violence d’une situation, d’une image refait surface. Sa beauté à travers elle aussi, parfois. Si le fil conducteur est une relation difficile avec une mère aux allures de fantômes, le sujet de la pièce ne se limite pas à ça, laissant vagabonder les idées, les sentiments. Si ce monologue se dénoue de plus en plus et tente d’aller plus en profondeur au cours du spectacle, le chœur suit aussi le mouvement. Entre danse et déambulations, il accompagne et illustre les propos de la comédienne, mettant en corps des mots. L’ensemble est accompagné d’un chœur électronique de lumière et de son, créant une ambiance surnaturelle. Le spectateur est alors plongé dans un espace inconnu, comme hors du temps, et hors de ses habitudes.

… Et concrétisation

Voilà donc la coquille, le cocon de ce Projet Monstre. Mais qu’en est-il du cœur, de l’âme de ce spectacle ? Et bien malheureusement, celle-ci aurait mérité de murir encore un peu… Car si les mots sont beaux et souvent justes, en plus d’être bien déclamés, le restea tendance hélas à rester un peu trop dans l’illustratif. Ce fameux chœur en manque hélas, et les gestes ne font souvent qu’appuyer avec un peu trop de poids les mots déjà entendus auparavant. Une répétition se crée alors, perdant l’impact initial. Le tout révèle alors sa trop grande jeunesse, ne se limitant plus ici à une simple innocence. La mise en scène, très classique, vient perturber l’originalité du texte et de son idée originelle. En mélangeant avec parfois peu de discernement danse et figuration, le propos s’efface de plus en plus, et c’est dommage. Les quelques erreurs de jeunes apprentis – comme lorsque tous les comédiens parlent simultanément – ne sont pas si problématiques, même si encore une fois, la lisibilité, auditive mais aussi sur le sujet en soi, se perd.

© Arthur Spellani
© Arthur Spellani

Projet monstre a donc une jolie idée de base, un beau texte et des comédiens et danseurs sans doute prometteurs. C’est hélas la jeunesse et le classicisme de la mise en scène qui dessert son propos, rendant confus le spectateur qui fait face à la pièce. Un spectacle donc loin d’être mauvais, au contraire, mais qui a encore besoin d’être ajusté et affiné, pour parvenir à transmettre au mieux son idée originelle.

Marie-Lou Monnot

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