Promenons-nous dans la Chine du XVIIIe siècle

Chaque été le Collège de La Salle se transforme en théâtre le temps du festival OFF d’Avignon et propose cette année de découvrir différentes formes théâtrales chinoises successivement en commençant par l’Opéra Kunqu du 5 au 9 juillet 2019 à 13h avec Six chapitres d’une vie flottante, écrit au XVIIIème siècle par Shen Fu (1763-1825) et mis en scène par Bai Ailian.

L’Opéra Kunqu

L’Opéra Kunqu est une forme théâtrale chinoise qui mêle danse, musique et théâtre. Le Kunqu est un art très ancien puisqu’il est né vers 1540 et a atteint son apogée sous la dynastie des Ming entre les XVIe et XVIIe siècle. Son succès tient au mélange de la musique du sud avec les les mélodies et instruments du Nord de l’Empire, tels que la Pipa (un instrument de musique à cordes pincées de la famille du Luth) ou le Sheng (un instrument de musique à vent à anche libre que l’on peut considérer comme un orgue à bouche). cette influence créé un nouveau style musical appelé le Shuimodao qui signifie littéralement « le chant moulu à l’eau ». Et du chant, il y en a dans ce spectacle, on alterne sans cesse entre les parties chantées et racontées (jouées), ici, chacun joue un rôle mais la théâtralité relève plus de la chorégraphie que du jeu. Une grande importance est donnée au corps, aux interactions entre chaque personnage car la question de l’amour – le plus souvent contrarié – est toujours centrale dans ces œuvres.

Reconnu par l’UNESCO depuis 2001, l’opéra Kunqu a été classé au Patrimoine culturel et immatériel de l’humanité en 2008, dépoussiérant un peu cet art qui se pratique encore beaucoup aujourd’hui, et plusieurs compagnies officielles telle que la Compagnie Suzhou Kunqu Opera théâtre ont pour mission d’exporter cette forme théâtrale traditionnel dans le monde entier. Créée en 1956, cette compagnie joue beaucoup de grands auteurs dont les œuvres sont plus considérés comme de la littérature que du théâtre mais ne s’interdit pas quelques créations contemporaines.

Six chapitres d’une vie flottante

© D.R.

Ce texte publié en 2009 aux éditions JC Lattès sous le titre Six récits au fil inconstant des jours est inspiré d’une histoire vraie, celle de Shen Fu lui-même qui a perdu sa femme Yun qui représentait tout pour lui. Il écrit ce texte à la suite de son décès pour lui rendre un dernier hommage. Si le titre de la pièce présentée au Collège de La Salle est plus poétique, le titre choisi par le traducteur Simon Leys est quant à lui plus explicite sur le contenu du spectacle. Shen Fu nous raconte donc six histoires non linéaires évoquant des moments de vie du couple, représentatifs de la culture chinoise, ce qui explique le succès (de manière posthume) du texte en Chine et dans le monde puisqu’il est traduit dans plus de vingt langues. Le prologue s’ouvre sur la poète disposant les affaires de Yun comme si elle était encore vivante pour qu’elle puisse les voir une dernière fois… Elle ne viendra pas et commencera alors une remémoration des plus beaux instants de leur vie. On assiste à leur rencontre autour d’une soupe aux fleurs, à la Fête des Lanternes, durant laquelle Yun, telle Mulan, se déguise en homme. À cette occasion, Shen Fu lui apprend à se déplacer comme un homme soulignant la grâce et l’extrême précision dans les déplacements que requiert cet art, l’interaction est permanente et tout est très codifié. Mais le moment le plus poétique du spectacle est la quatrième partie, intitulée « Promenade sous la pleine lune » où ils se font la promesse d’un amour éternel en tentant de se déplacer dans le noir, le récit est particulièrement poétique le jardin étant comparé à la vie lorsque Shen Fu s’exclame que « les jardins de la nuit sont aussi difficiles à emprunter que ceux de la vie. » Puis arrive le moment de la mort de Yun qui laisse un tel vide dans la vie du poète qu’il rêve de la retrouver dans un amour d’une jeunesse éternelle…

Si le chant et la façon de parler qui appuie de manière très forte sur les aigus peut déstabiliser au départ, on finit par se laisser emporter par la beauté du texte et de l’habillage. Les costumes traditionnels réalisés par Zeng Yongni sont somptueux, quant au maquillage de Zhao Xue et Gu Ling, il est majestueux. On voyage tout en découvrant une forme très particulière de théâtre ! À ne pas manquer si vous passez par Avignon en ce debut de mois.

Jérémy Engler

 

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