Du punk à Trenet : Papa dit qu’il a vu ça, lui !

Tous les jours du 7 au 30 juillet en Avignon à 12h15, c’est au Collège de la salle que l’on peut aller voir le spectacle de la compagnie Coup de Poker, L’Histoire vraie d’un punk converti à Trenet.

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Une ode à la création poétique

L’Histoire vraie d’un punk converti à Trenet est une ode à la musique et à la création poétique. Dans une ambiance tapie de clair-obscur, on découvre tour à tour les visages des artistes, qui apparaissent sous une lumière chaude et orangée. Sortis de nulle part, il faut s’habituer, les apprivoiser, alors qu’ils se dévoilent petit à petit. Sur scène, trois hommes. Zoon Besse, artiste et musicien qui campe son propre rôle, chante et interprète les textes de Charles Trenet revisités. Zoon a tout d’un rockeur de l’ancienne génération : la voix écorchée du loubard, le blouson de cuir et les bottes qui vont avec. Il récite les textes avec une conviction profonde. Pour l’accompagner, un musicien hors pair : Pierre-Marie Braye-Weppe. Au fond de la scène, d’abord assis et discret, il apparaît soudain dans une danse frénétique avec son violon. Penché sur son instrument, il s’agite, devient impressionnant de virtuosité et de lyrisme, de violence aussi. Seul avec son looper, il est prodigieux. Son violon possède six cordes, chose assez rare, et le résultat est bluffant. Redoublant de vélocité, Pierre-Marie Braye-Weppe peut ainsi laisser libre cours à son imagination débordante. Ce violoniste à la technique impeccable brode sur des thèmes sombres ou légers, même si l’humeur globale du spectacle est plus à la nostalgie qu’à autre chose. Enfin, il y a Guillaume Barbot, metteur en scène de ce projet , qui nous accompagne tout au long de cette traversée musicale. Conteur et poète, rappeur ou slameur, amoureux des lettres et des mots, il nous permet de retracer le parcours tortueux de Zoon dans sa quête d’identité musicale. À chacune de ses interventions Guillaume Barbot sort de l’ombre, murmure entre deux chansons  et confère au spectacle un air de surréalisme fort. Au cœur de ce récit initiatique, il est notre guide, ou plutôt notre pythie.

Un spectacle émouvant

Dans ce spectacle plein de poésie et de tendresse, l’histoire se dévoile par touche, grâce à différents médias qui sont à la disposition des artistes (musicaux, vidéos, textuels etc.) On ne s’ennuie jamais, on s’émeut beaucoup. Et puis, on rit aussi… Car évidemment, le passage du répertoire punk à la variété française que l’on pourrait qualifier de « classique » ne se fait pas sans accrocs. Mais cela est toujours fait avec un voile de pudeur. Au-delà de son rapport à la musique, c’est le rapport que Zoon (et peut-être plus largement les hommes dans leur ensemble) peut avoir aux autres qui nous est montré. En particulier les rapports qu’il peut avoir avec ses proches : sa mère, son fils… Ce spectacle touche à l’essentiel du rapport familial qui est de l’ordre de la transmission. Il faut chanter les chansons de Charles Trenet coûte que coûte, pour que personne ne les oublie, pour que les gens puissent redécouvrir ses textes, et se les réapproprier. C’est que font les musiciens sur scène : un puissant hommage à Charles Trenet. Les musiques deviennent extrêmement intéressantes d’un point de vue musical, puisqu’on décèle une recherche artistique forte, coup de poing, alternative, voire expérimentale… Profondément punk, quoi. Les musiques deviennent également terriblement poignantes. Dans cette petite salle du Collège de la salle, la compagnie Coup de Poker réussit à créer une ambiance intimiste qu’elle électrise ! Rarement, on aura vu un tel feu dans une aussi petite salle.

L’histoire vraie d’un punk converti à Trenet est un spectacle très réussi, tant d’un point de vue technique qu’artistique. La Compagnie Coup de Poker a su garder la poésie et la fraicheur des textes de Trenet en l’alliant avec la musique viscérale du punk. Parfois drôle, souvent tendre, ce spectacle, mieux qu’un simple hommage, crée une musique tout à fait unique. Une véritable surprise.

Margot Delarue

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