Purcell sous les traits de la bédéiste Florence Dupré La Tour au Théâtre de la Croix-Rousse

Jusqu’au mercredi 6 mai, se joue Didon et Énée au Théâtre de la Croix-Rousse. À travers cet opéra de Purcell, la metteuse en scène Caroline Mutel et la bédéiste Florence Dupré La Tour ont souhaité faire découvrir la musique baroque à un public plus jeune (le spectacle est à partir de 8 ans) à travers l’univers de la bande-dessinée.

Qu’est ce que Didon et Énée ?

Didon et Énée est à la fois le premier opéra en langue anglaise – la première représentation fut en 1689 – mais aussi le premier chef d’œuvre du compositeur baroque Henry Purcell (1659-1695). Le dramaturge et poète irlandais Nahum Tate en a écrit le livret d’après L’Enéide de Virgile.
L’action se déroule à Carthage, dans le palais de la reine Didon qui est troublée par le prince troyen Énée. Ces deux protagonistes vont s’éprendre l’un de l’autre jusqu’à préparer leur mariage. Pendant ce temps, dans une grotte, la Magicienne et ses deux sorcières manigancent la destruction de Didon et de son couple. Leur plan consiste à envoyer un esprit prendre l’apparence de Mercure (le messager de Jupiter, le « roi » des Dieux) et lui ordonner d’aller conquérir l’Italie afin de créer ce qui deviendra l’empire de Rome. Didon, refusant d’entendre les explications d’Énée, le laisse partir pour ensuite se donner la mort. La magicienne fête la réussite de leur plan qui sera fatal pour la ville de Carthage. Cette version est un peu éloignée de la version de Virgile mais on suppose que la cour de l’époque connaissait assez bien l’Enéide pour reconstituer l’intrigue.

© Florence Dupré La Tour
© Florence Dupré La Tour

Cet opéra écrit en anglais moderne naissant et qui correspond donc à la forme ancienne de l’anglais d’aujourd’hui, à été composé pour 6 violons, 2 altos, 1 violoncelle, 1 viole de gambe (un instrument à six cordes qui peut se jouer à l’archer), un théorbe (une sorte de grand luth à cordes pincées) et un clavecin. Au théâtre de la Croix-Rousse, Sébastien d’Hérin a fait le choix de créer une réduction de cette partition pour un violon, un basson, des flûtes, une viole de gambe et un clavecin. Cette réduction n’était pas dérangeante car elle permet de voir les musiciens sur la même scène que les acteurs. Musicalement on peut saluer l’interprétation vocale de Hjordis Thébault dans le rôle de Didon, de Jean-Baptiste Dumora dans le rôle d’Énée et de Caroline Mutel qui jouait Belinda, la servante de Didon.

Purcell au sein de deux univers, entre bande-dessinée et musique baroque

Il y a beaucoup de bonnes choses dans cette version de Didon et Énée. Le but de cette production m’a rappelé les films d’animations Fantasia de Disney qui avaient pour but de promouvoir la musique orchestrale chez les enfants afin qu’ils puissent connaître les « grands chefs d’œuvres » de la musique savante. Il est intéressant de voir qu’ici, l’âge n’influence pas son avis sur cette adaptation. En tant qu’enfant, il est assez facile d’en comprendre l’intrigue et de se laisser emporter dans cet opéra. Les dessins, assez clairs, rappelaient un peu Les 12 travaux d’Astérix ! Les scènes ou apparaissent les sorcières nous évoquent les méchants des films d’animations Disney (comme le Capitaine Crochet de Peter Pan ou encore Hadès dans Hercule) de par leurs caractères très second degré ce qui permet aux enfants de comprendre l’intrigue sans avoir peur de ses méchants et au public plus adulte de pouvoir rire de ce second degré

© Florence Dupré La Tour
© Florence Dupré La Tour

On assiste, dans cette version de Didon et Énée, à une mise en scène minimaliste. On comprend que le souhait de cette mise en scène était de mettre en avant l’écran sur lequel était projeté la BD.En ce qui concerne la partie surtitrage, il a été habilement introduit dans la BD sans avoir l’impression de lire trop de texte non plus (même si pour un enfant c’était sûrement plus compliqué de tout lire). Cependant, il est assez déroutant de voir les acteurs en T-shirt/jogging blanc lorsque la Reine Didon porte une sobre mais élégante robe blanche. Ce décalage a certes permis à certains acteurs de pouvoir interpréter plusieurs rôles (on citera notamment Jean-François Novelli qui a été brillant dans le rôle d’une des deux sorcières et qui a su avoir un jeu très contrasté) mais il place aussi le spectateur dans un doute concernant la mise en scène au tout début de la pièce.
Le lien entre l’écran et la scène était fort et habilement manié. En effet, les acteurs passaient du premier au second plan, et l’agrandissement de leur personnage sur l’écran permettait de ne pas avoir de confusion concernant l’histoire et les dialogues. On en oubliait presque les acteurs pour se concentrer sur leurs
alter ego dessinés.

Le métissage culturelle est un domaine assez vaste c’est pour permettre de voir des projets innovants et imaginatifs. Ici, le pari est gagné pour cette version de Didon et Énée où le mélange entre bande-dessinée et opéra permet à la musique de raconter une histoire où l’acteur n’existe plus, il n en reste qu’une voix sur les personnages imaginés par Florence Dupré La Tour. Ce métissage permet aux enfants de pouvoir profiter au même titre qu’un adulte de la qualité des chefs d’œuvres d’autrefois.

Camille Pialoux

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