Pythie, au secours de la Grèce Antique

Fait assez rare pour être mentionné, Elsa Brants est une mangaka française. Si pendant dix ans, elle a d’abord fait ses armes en réalisant des BD franco-belges, c’est vers le manga qu’elle s’est tournée pour sa dernière série, Save me Pythie. Un manga hilarant et pédagogique !

Un manga français !

Si les femmes et les français ne sont pas légion dans l’univers du manga, les femmes françaises encore moins. Elsa Brants a réussi, grâce à sa notoriété dans la BD traditionnelle à se frayer un chemin vers l’éditeur Kana pour publier son premier manga mais quelle est la particularité de ce manga ?
Tout d’abord, il situe l’action en Europe, peu de mangas le font, il n’y a guère que Saint Seiya (parmi les titres les plus connus) qui utilise l’Europe comme cadre pour ses aventures. D’ailleurs, le même pays et le même thème est abordé dans les deux séries, la Grèce Antique. Si Saint-Seiya traite des dieux antiques en les transposant dans le monde contemporain, Save me Pythie se déroule dans l’Antiquité et les dieux ne sont pas totalement perçus de la même manière… Dans le manga d’Elsa Brants, les dieux sont ridiculisés pour notre plus grand plaisir !

©Elsa Brants
©Elsa Brants

Si tourner en dérision les dieux antiques n’est pas forcément très original, ce qui l’est plus, c’est le mélange des genres au sein du manga. Les mangakas asiatiques doivent souvent répondre à des commandes et subir la pression de fans qui attendent toujours plus, toujours mieux et surtout un style de dessin particulier, car cet univers est très codé. Les dessins des Shônen (mangas d’aventures pour adolescents), des Seinen (mangas sérieux pour adultes) ou des Shôjo (mangas pour fille) sont très codifiés et normés, et aucun asiatique ne prendrait le risque de briser une telle institution. Elsa Brants n’étant pas tributaire de ses codes, elle mélange les genres. S’il est clair que son manga se rapproche du Shôjo par les dessins de certains personnages masculins (très efféminés, à la chevelure parfaite…), certains éléments nous font penser au Shônen (le héros en quête d’aventures, sa représentation physique…) mais surtout certains monstres rappelle soit l’univers des toons, soit l’univers de la BD frano-belge. D’ailleurs, les mimiques de frayeur, d’étonnement, de surprise, de douleur… tirent clairement leur inspiration de l’univers franco-belge. Ce mélange de style fait de Save me Pythie un OVNI à découvrir dans le monde du manga.

Une histoire déjantée !

Et si l’histoire se déroulait dans l’Antiquité grecque ? Jusque là, pas de problème ! Et si Apollon était un dieu violeur ? Mouais… Et si une de ses prêtresses, ne le reconnaissant pas, se refusait à lui ? Ah ! Et si ce dieu vexé lui lançait une malédiction qui l’obligeait à voir l’avenir ? Plutôt sympa comme malédiction… Étrange ! Et si cette pauvre fille n’était condamnée qu’à voir des catastrophes et que personne ne la croit ? Pas de chance ! Et si cette même fille devenait l’acolyte de Xanthe, le plus gros poissard de toute la Grèce, dont le père, Zeus, le suit partout déguisé en poulet sans que Xanthe sache qui il est ? Ah oui, ça sent le roussi ! Et je ne vous le fais pas dire ! Il ne fallait pas plus d’idées loufoques à l’auteure pour créer une histoire complètement déjantée et burlesque. Xanthe veut devenir un héros afin de découvrir qui est son père mais il subit de nombreuses catastrophes, c’est alors que Pythie décide de l’aider à accomplir sa destinée, si toutefois il en a bel et bien une… De nombreux rebondissements et personnages jalonneront la route de notre duo, accompagné du poulet Zeus ! Dans cet univers où dieux et humains se côtoient souvent pour le pire, la parodie devient l’arme idéale pour divertir tout lecteur exigeant qui sera ravi de voir Thésée, Œdipe, Arès, Athéna, Apollon et tant d’autres, tous sous leur plus mauvais jour…

©Elsa Brants
©Elsa Brants

Un manga pédagogique !

Avec son manga, Elsa Brants nous livre un bel apologue dont le but est d’instruire tout en divertissant. Si, ici, la morale n’est pas vraiment mise en avant au profit du burlesque et de la parodie, ce manga nous fait découvrir de manière humoristique la Grèce antique et ses mythes. Les supplices des Enfers sont présentés et expliqués, le parcours de chaque héros rencontré est rappelé et la fonction des pythies également, sans oublier la découverte de nombreux personnages moins connus mais fondamentaux de la mythologie grecque. Si dans l’histoire, tout est décrit de manière drôle, chaque histoire est vraie, seul le dénouement et le traitement parodique de chaque personnage changent quelque peu. Mais parce qu’un peu de sérieux n’est jamais négligeable, l’auteure se met en dessin à la fin de ses ouvrages pour réaliser des interviews de certains personnages afin d’en apprendre plus sur eux, ainsi on découvre la vie de certains dieux ou personnages, leurs origines, leurs exploits ou crimes faisant de ce manga un réel outil pédagogique et ludique.

Elsa Brants s’est tournée vers le manga avec succès et nous attendons les prochains tomes avec impatience car le troisième s’achève sur un rebondissement assez exceptionnel ! Si vous voulez rigoler tout en découvrant la mythologie grecque, alors ce manga est fait pour vous ! Et pour ceux qui auraient la chance d’aller au Festival de la BD d’Angoulême qui se tient du 28 au 31 janvier, sachez qu’elle y tiendra un stand, l’occasion pour vous d’une petite dédicace ou de se voir ériger en dieu grec sous son crayon…

Jérémy Engler

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *