Quais du polar : Interview exclusive d’Hélène Fishbach, directrice de la programmation du festival

A l’occasion du 10ème festival des Quais du Polar de Lyon qui se déroulera du 4 au 6 avril 2014, nous avons rencontré Hélène Fishbach, la directrice de la programmation artistique du festival, pour une interview exclusive et pleine de scoops.

« Nous sommes une équipe assez homogène »

 1) Avant de parler du festival, parlons un peu de vous, depuis combien de temps êtes-vous à la tête de la direction artistique du festival ? Qu’est ce qui vous plaît dans ce poste ?

Hélène Fishbach : Ça fait depuis la première édition que je travaille pour le festival et en gros ça doit faire 2 ou 3 ans que  je travaille à la direction artistique du festival. Mais en fait, on est vraiment une équipe, on est 4 ou 5 à travailler à l’année pour le festival et on fait toutes un peu de tout donc nous sommes une équipe assez homogène.

2) Les gens ne le savent pas assez mais avant d’être un festival, « Les Quais du Polar » est une association. Quelle est son action tout au long de l’année, hormis la préparation du festival ?

H.F : Nous proposons beaucoup d’actions avec les scolaires à l’année, beaucoup de rencontres sont programmées. Nous avons notamment reçus, au mois de novembre, un auteur américain en résidence, Craig Johnson [NDLR : auteur de Little Bird, Le camp des morts ou Enfants de poussières] qui a rencontré 150 lycéens et qui est allé en prison pour des rencontres.
Il y a vraiment un lien toute l’année avec les enseignants de la région sur des projets assez divers en lien avec le polar. On a une journée de formation chaque année pour les enseignants et les bibliothécaires de la région. C’est une occasion pour nous de rencontrer des personnes intéressées par le polar et de démarrer de nouveaux projets avec des professeurs ou des bibliothécaires tout au long de l’année. Nous travaillons aussi beaucoup avec une douzaine de librairies indépendantes de la région en proposant des conférences, des rencontres et des dédicaces.
Nous proposons également des avant-premières, avec des cinémas partenaires, notamment les cinémas Pathé et Comoedia.

3) Vous parliez de l’importance des scolaires, l’an dernier, vous proposiez un concours de nouvelles à leur seule intention mais pas cette année, pourquoi ne l’avez-vous pas reconduit ?

H.F : Nous ne l’avons pas annulé, nous avons un petit peu modifié le projet. Nous proposons donc aux scolaires de venir sur le temps du festival et de faire un petit reportage sur le festival. On leur donne une petite carte d’enquêteur et on leur propose d’aller interviewer des auteurs, d’assister à des conférences et de faire leur petit reportage à eux sur ce qu’ils auront retenu du festival. Il y aura aussi de nombreuses animations pour les enfants pendant le festival.

4) A présent, venons-en au festival, il fête ses dix ans cette année, félicitations ! Qu’est-ce qui fait le succès de cet événement devenu incontournable à Lyon ?

H.F : Ce sont plusieurs choses qui convergent. Déjà, le fait que le polar ait connu une ascension assez importante ces dernières années, notamment depuis la création du festival. Ces dix dernières années, le genre a acquis ses lettres de noblesse, notamment grâce aux succès du cinéma et des séries télés qui font le lien avec l’univers du polar, ainsi que l’émergence de nouveaux auteurs qui ont renouvelé le genre.
Je pense qu’il y a aussi un attrait pour les auteurs qui sont invités. Nous travaillons sur un plateau assez international et éclectique. Finalement, le polar est un genre assez large, nous invitons autant des auteurs de romans noirs assez pointus que des auteurs de thriller, au final, tout le monde s’y retrouve.

« Nous avons choisi de rendre hommage aux auteurs français »

5) Afin que nos lecteurs prennent clairement la mesure de l’événement, le festival en chiffres, c’est :

H.F :
– 60 000 visiteurs lors de la dernière édition
– 10 000 participants à l’enquête dans la ville l’an dernier
– 25 000 livres vendus grâce au grand espace librairie
– 45 rencontres en trois jours, donc c’est un programme très riche

6) Quels sont les invités vedettes de cette 10ème édition ?

H.F : L’invité évidemment phare de cette 10ème édition, c’est James Ellroy [NDLR : auteur américain du Dahlia Noir] qui est très attendu par tout type de public car c’est un auteur qui touche les amateurs de polar mais aussi les fans de littérature au sens large.
C’est Camilla Läckberg [NDLR : auteur suédoise de la Princesse des glaces], une auteure plus grand public vraiment intéressante, qui permet de faire venir au festival un autre type de lecteurs qui vient un petit moins aux manifestations littéraires et culturelles.
Ce sont aussi des auteurs comme Gorges Pelecanos [NDLR : scénariste de la série américaine culte dans le milieu du polar, The Wire].  C’est aussi Deon Meyer, un auteur sud-africain ainsi que le britannique R.J Ellory.
Et enfin de nombreux auteurs français comme Franck Thilliez [NDLR : lauréat du prix des lecteurs Quais du Polar en 2006 pour La Chambre des morts], Caryl Férey [NDLR : lauréat du prix des lecteurs Quais du Polar en 2009 pour Zulu, adapté au cinéma en 2013 par Jérôme Salle avec Forest Whitaker et Orlando Bloom] qui sont deux auteurs très attendus.

7) L’année dernière l’Asie était à l’honneur avec l’auteur japonais Ira Ishida et le sujet de l’enquête sur les mystères du dragon de Jade, quel est le thème du festival cette année ?

H.F : Pour cette 10ème édition, nous avons décidé de prendre le contrepied des éditions précédentes. Nous avions mis à l’honneur la Russie, l’Asie, les Etats-Unis, etc. Cette année, nous avons vraiment choisi de rendre hommage au polar français. Grâce au prix du lecteur du festival que nous remettons chaque année depuis dix ans, nous nous sommes rendus compte que la production française était intéressante et riche, qu’il y a avait un vrai renouvellement du genre du polar français et nous voulions donc le mettre en avant pour cette édition anniversaire.

8) Comment sélectionnez-vous les auteurs ? Est-ce vous qui les invitez ou eux qui vous contactent pour participer ?

H.F : C’est un peu des deux. Nous avons pour commencer une liste d’écrivains que nous souhaiterions avoir ; pour ce faire, nous sollicitons très tôt dans l’année les auteurs et maisons d’éditions pour être sûr qu’ils soient là. En parallèle, il y a plusieurs auteurs ou maison d’éditions qui nous envoient des lettres de candidature. Nous essayons toujours d’avoir une sélection d’écrivains la plus éclectique possible en allant chercher dans le thriller ou les romains noirs. Le but étant d’avoir un panel d’auteurs très différents avec des auteurs très connus du public (que les gens ont envie de rencontrer) mais aussi des découvertes, des coups de cœur, des écrivains que nous avons, nous aussi, envie de faire connaître.
En général, c’est quand même lié à l’actualité. C’est-à-dire qu’à part quelques exceptions, nous souhaitons présenter des auteurs qui ont une actualité littéraire dans l’année. Le but est de montrer ce qui s’est fait dans le polar cette année.
Le problème, c’est que nous avons de plus en plus de demandes et nous sommes donc obligés de refuser toujours plus de monde et c’est très difficile de sélectionner des auteurs.

9) Je vous parlais de l’enquête, quel en est le principe et quel en est le thème cette année ? Y’a-t-il des nouveautés par rapport à l’année dernière ?

H.F : Le thème est « Les diamants de la Grande Guerre » et il faut retrouver qui aurait assassiné Félix Leurat pour s’emparer des dix petits diamants qu’il possédait…
L’idée de cette enquête, qui se déroulera sur la Presqu’île et dans le Vieux Lyon, est de découvrir des lieux dans lesquels on ne serait pas forcément rentré, à la fois des lieux de visites culturelles et des lieux un peu plus insolites. Il y a des acteurs qui jalonnent le trajet et il faut compter entre 2h et 3h pour mener l’enquête à bien. Nous sommes vraiment dans le contexte d’une enquête grandeur nature avec des indices à chaque étape.

« Une spécificité de l’événement : travailler avec l’ensemble des lieux culturels de la ville »

10) Grand succès de l’année dernière, les dictées noires reviennent ! Pouvez-nous dire qui succèdera à Daniel Picouly et Alexandre Astier à l’animation et à la lecture ?

H.F : On attend l’ultime confirmation mais nous avons eu un accord de principe de la part d’Hippolyte Girardot [NDLR : comédien pour le cinéma, la télévision et le théâtre] pour la dictée grand public.
Pour la dictée scolaire, Patrick Raynal [NDLR: traducteur de Sam Millar, auteur de plusieurs bandes dessinées, de nombreux romans dont Au service de sa Sainteté (Prix Arsène Lupin de littérature policière en 2013) et directeur de la collection Noire chez Gallimard de 1991 à 2004] après avoir collaboré de nombreuses fois avec Jean-Bernard Pouy [NDLR : Lauréat du prix de l’humour noir en 2008 pour l’ensemble de son œuvre (roman, BD, essais)] pour l’écriture de romans, le retrouvera pour animer la dictée scolaire.

11) Comme chaque année, vous proposez des actions « dans la ville », pouvez-vous nous parler de ces événements ?

H.F : C’est vraiment une spécificité de l’événement : travailler avec l’ensemble des lieux culturels de la ville. Nous travaillons depuis très longtemps avec le Musée des Beaux Arts avec qui nous proposons des discussions autour d’une œuvre. Chaque année nous invitons deux auteurs, un le samedi, un le dimanche à choisir une œuvre dans le Musée et à en parler. Cela peut prendre des formes très diverses, certains ont fait des lectures, d’autres, une véritable analyse de l’œuvre, etc. Ce sont des formes de rencontres qui  fonctionnent vraiment bien et sont animées par un des modérateurs du musée, Pierre Lacôte qui est absolument fabuleux. Cette année ce sont Jean-Bernard Pouy et R.J Ellory [NDLR : auteur britannique de Seul le silence, lauréat du prix Le Nouvel Observateur du roman noir en 2009 et de Mauvaise étoile] qui participeront à ces conversations.
Nous sommes aussi partenaires de l’exposition des Archives Municipales autour de la Place du Pont Production, Didier Daeninckx [NDLR : auteur de romans noirs historiques, lauréat du Prix Goncourt de la Nouvelle en 2012 pour L’espoir en contrebandes] viendra commenter l’exposition le samedi.
Pour la première fois cette année, nous travaillons avec le Musée d’Art Contemporain sur l’exposition Motopoétique [NDLR : du 21 février au 20 avril 2014]. C’est l’événement un peu léger de cette année. Nous avons choisi trois auteurs invités du festival qui sont fans de moto et qui partiront dimanche matin de la place de l’Hôtel de Ville en moto avec un grand rassemblement de motards qui les suivront. Ils iront jusqu’au musée et commenteront l’exposition sur place.
Nous avons un partenariat avec le musée Gallo-Romain, le Mussée Urbain Tony Garnier, avec l’Ecole Nationale Supérieure de Police de Saint-Cyr qui proposent des visites pendant le weekend. Ils n’ouvrent leurs portes que dans le cadre du festival. Ils proposent des visites de leurs scènes de crimes pédagogiques et de leur armurerie. Nous recherchons des choses un petit peu inédites et sympas. Nous avons beaucoup d’événements dans la ville en amont et pendant le festival.

12) Vouloir exporter le polar hors du domaine du livre et du cinéma est très intéressant, comment choisissez-vos vos partenaires ? Est-ce vous qui contactez les différentes institutions ou ce sont elles qui vous proposent des projets ?

H.F : Nous lançons des appels à projet à certaines structures dans toute la ville. Après, ce sont surtout des rencontres et ça se fait au feeling. Nous avons vraiment la chance d’avoir un thème qui parle assez facilement aux gens. Le polar ouvre de nombreuses possibilités et quand nous sommes devant des partenaires, nous trouvons toujours un moyen de se raccrocher au thème d’une façon ou une autre. En général, ce sont eux qui nous proposent des projets.

13) Quelles sont les nouveautés de cette édition 2014 ?

H.F : Cette année, nous développons beaucoup la programmation cinéma. Nous proposons un cycle « Back to Black », à partir du 31 mars et jusqu’au 6 avril, il s’agit d’une rétrospective des dix meilleurs films noirs de ces dix dernières années. Avec dans le weekend, une projection de Dans la brume électriques de Bertrand Tavernier en sa présence au cinéma le Comoedia.
Nous avons également le samedi soir, une soirée « Los Angeles » en l’honneur de James Ellroy avec une projection de L.A Confidential et de Collision, deux films qui vont s’enchaîner au cinéma Pathé. D’ailleurs, petite information exclusive, James Ellroy devrait présenter ces deux séances.
Nous proposons aussi pour la première fois des rencontres pour les professionnels. Le vendredi, le festival ouvre dès le matin et nous invitons des professionnels à venir dialoguer entre eux. L’idée était d’inviter des éditeurs étrangers pour qu’ils découvrent le polar français puis des producteurs, des scénaristes, des éditeurs numériques pour qu’ils échangent autour du polar et du livre en général.

14) Pour conclure cette interview, je voulais vous demander quel était, selon vous, l’événement à ne pas manquer cette année ?

H.F : Alors c’est toujours très délicat de répondre à cette question (rires). Au niveau des retours du public, a priori l’événement à ne pas manquer c’est la rencontre avec James Ellroy qui se passera le dimanche dans la Grande salle de l’Opéra à 14h30, je pense que c’est là où on attend le plus de monde, c’est un peu l’événement incontournable du weekend avec à la fois une rencontre et une lecture assez longue d’Ellroy qui sera assez incroyable.

Propos recueillis par Jérémy Engler

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