Quand seul le sensible peut faire sens pour Marielle Pinsard au Tarmac à Paris

Du 13 novembre au 5 décembre 2014, le Tarmac, la scène internationale francophone située dans le 20ème arrondissement de Paris, accueille le spectacle En quoi faisons-nous compagnie avec le menhir dans les Landes ? de Marielle Pinsard. Cette auteure et metteuse en scène suisse offre ici un spectacle surprenant, voire déconcertant.

Pour vous, qui est votre Bête ?

© Mario Del Curto
© Mario Del Curto

C’est en travaillant sur le thème de l’homme et la bête que Marielle Pinsard a commencé la création de ce spectacle. En effet, après de nombreuses pièces axées sur la critique de la société suisse, elle décide d’ouvrir son univers à un autre continent : l’Afrique. Travaillant avec des comédiens suisses mais aussi des comédiens burkinabais et béninois qu’elle allait voir régulièrement dans leur pays, les différentes parties du spectacle se créent dans des univers différents. La seule consigne commune était de travailler sur la représentation de la Bête pour chacun d’entre nous. L’histoire n’étant pas une des priorités de Marielle Pinsard dans ce projet, elle décide de nous offrir une pièce composée de plusieurs scénettes mises bout-à-bout avec un fil conducteur restant cependant invisible au premier abord.
La pièce débute par une tirade d’une comédienne en robe de princesse. Mais son discours est perturbé, elle change de voix pour les différents personnages et semble vivre l’histoire racontée, une réécriture de la Belle et la Bête. Mais ce récit s’interrompt brutalement, la robe est quittée, et la comédienne mise à nu ne sait plus où aller, enchaînant une gestuelle bestiale qui la mènera à la sortie. La scène suivante est tout aussi particulière puisqu’elle reproduit la scène de la création où deux comédiens se retrouvent nus et se mettent à jouer ensemble, sans échanger la moindre parole. Puis deux sacs à dos de randonneurs tombent, et le rythme s’accélère. D’autres personnages arrivent pour différents moments de vie s’inspirant de la société suisse ou africaine : le téléphone portable côtoie alors la divination dans le sable, les percussions et danses tribales trouvent en écho le lac des cygnes de Tchaïkovsky.

© Laurence Leblanc
© Laurence Leblanc

Tous ces moments différents nous poussent à nous interroger sur la place de l’homme et de sa part animale, mais aussi sur l’image de l’homme en Suisse et en Afrique. Les africains ont eu à subir dans l’Histoire la traite des noirs, l’esclavage, la ségrégation puis la colonisation et pourtant à l’heure actuelle rien ne les sépare de nous. Ce spectacle débute d’ailleurs par un renversement de situation puisque les blancs mis à nu se comportent comme des animaux alors que les noirs arrivent habillés en touriste et se mettent à jouer de la musique. Ce renversement se nuance avec la suite du spectacle pour arriver à une unité commune.

«  C’est la vie. On vient, on reste et puis on part. » [extrait du spectacle]

Des performances d’acteurs au service de l’émotion

© Mario Del Curto
© Mario Del Curto

Malgré ce brouhaha d’histoires sans queue ni tête où tout se mélange, il faut souligner la force des acteurs pour nous emmener avec eux dans leur univers. Que ce soit par des performances orales ou gestuelles, chaque comédien est grandement sollicité dans ce projet. Certains n’ayant pas que la corde théâtrale à leur arc, ils sont aussi danseurs et musiciens ce qui donne une réelle dynamique à travers les différentes périodes de jeu.
Il faut aussi souligner que ce spectacle se passe dans un décor peu porteur de sens puisqu’il n’y a sur les côtés que quatre vasques remplies d’eau surplombées d’une bouteille d’eau au trois-quart vide environ trois mètres au-dessus, et dans l’espace de jeu cinq cylindres noirs suspendus. La conception du décor ainsi que de la lumière ont été réalisée en très peu de temps, une fois tous les comédiens réunis. La simplicité est donc de rigueur. Mais ce n’est pas non plus qu’une question de temps, Marielle Pinsard n’aimant pas donner d’interprétation unique, elle préfère disperser des éléments que chacun pourra saisir à sa façon.

« On ne peut pas tout consommer. On a le droit de ne pas tout prendre. » Marielle Pinsard

Mathilde

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