Qu’attendent les singes ? de Yasmina Khadra : meurtres en pagaille, femmes et mystères, un cocktail idéal ?

Le festival des Quais du polar qui se déroule à Lyon du 27 au 29 mars 2015 accueille Yasmina Khadra qui présente son nouveau roman Qu’attendent les singes ? paru chez Julliard. Un polar écrit dans les règles de l’art à découvrir très rapidement !

Entre meurtre, inceste et corruption

L’intrigue se déroule au cœur d’une Alger corrompue ; une belle jeune femme est retrouvée morte mystérieusement avec le sein droit arraché. Une affaire qui aurait pu passer inaperçue parmi le flot des autres enquêtes à gérer par la criminelle d’Alger, mais c’était sans compter l’intervention officieuse étonnante de sombres personnages pour étouffer cette histoire. Pourquoi suscite-t-elle tant d’intérêt de la part des hauts placés ? Une police éparse, une corruption au cœur du système qui régit le pays et dépasse le rayon d’action de la prétendue justice et de ses forces de « l’ordre ». Une histoire de vampires, de pulsions meurtrières et sexuelles, et de pouvoir. Toutes les composantes sont réunies pour donner un polar absolument génial. Par la finesse de l’écriture, Yasmina Khadra nous prouve une fois de plus qu’il est un formidable conteur. La simplicité apparente de la narration qui nous mène lentement d’un élément crucial de l’intrigue à l’autre nous rend captifs de cette histoire, dont l’issue paraît trop évidente.

Des femmes avec toutes leurs formes sans y mettre les formes

Nous suivons cette trame au fil des pages, nous marchons dans les pas de la commissaire Nora, représentant la police intègre à elle seule, qui tente de démêler cette affaire et ne lâche pas l’enquête malgré la menace latente. Véritable héroïne du roman, son courage et sa croyance en des valeurs positives « la justice est la même pour tous » contrastent avec les autres personnages féminins en présence. La femme ne se départira donc jamais de son caractère « sexuel », tellement banalisé actuellement dans les romans. De la riche épouse donnée en pâture aux grands influents afin d’obtenir une promotion pour leurs maris, en passant par la droguée qui « paie » sa dose en nature sans oublier la jeune vierge sacrificielle… Les fantasmes vont bon train. Il est vraiment dommage et lassant de voir dans chaque description de femme présente dans le roman (y compris celle de la commissaire qui en sus essuie sans cesse des réflexions machistes) des jugements relatifs à leurs corps. On peut donc se faire une idée assez précise à la fois de ce à quoi elles ressemblent physiquement mais aussi les classifier selon leur aptitude à être attirante sexuellement en fonction du galbe de leur sein, de la ligne de leur corps ou encore de la flétrissure due à la vieillesse alors que les hommes restent très mystérieux quand à leur apparence, pour eux c’est plutôt l’habit qui fait le moine ou la plaque qui fait le policier. Volonté de dire le réel et dénonciation de cette attitude ou facilité d’écriture ? Aux lecteurs de juger.

Des singes et des hommes aussi ?

6cdbab34323133373339383136363138363033L’enquête menée dans un premier temps officiellement devient plus officieuse par la suite. Les meurtres se succèdent, tous plus troubles les uns que les autres, ne laissant plus beaucoup de personnages en possibilité d’agir, l’étau se resserre mais autour de qui ? De la police ou du coupable ? Doit-on attendre une moralité dans cette histoire ? Plus qu’un polar, Yasmina Khadra, par la fresque qu’il peint nous amène à nous interroger sur une crise des valeurs qui ne touche pas seulement l’Algérie mais toutes nos sociétés à différentes échelles. Des questions existentielles surgissent : qu’attendent les singes pour devenir des hommes ? Est-ce que « intégrité » a encore une signification dans cette Algérie en perte de repères ? Quelle est la place que nous laissons à la corruption ; le pouvoir de ces réseaux non officiels n’est-ce pas nous qui le leur donnons au final ?

Un polar qui sert une réflexion et qui est absolument captivant. La narration est organisée de telle manière qu’elle nous laisse douter au fil de l’enquête, la fin est incertaine. Le désespoir est tout ce qui reste aux personnages, l’énergie de ce désespoir sera autodestructrice ou salvatrice.

Anaïs Mottet


 

Découvrez également sur notre site L’attentat de Yasmina Khadra qui prouve que la recherche de la vérité n’est pas toujours salutaire.

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