La quête d’une Mu

Du 5 au 28 juillet 2019, à 14h, Laetitia Mazzoleni, directrice du Théâtre Transversal, met en scène Mu de Frabice Melquiot dans le cadre du Festival Off d’Avignon. Objet d’un conglomérat de textes écrits il y a plusieurs années, la metteuse en scène a permis au directeur du théâtre de l’Am Stram Gram à Genève de regrouper ces extraits pour en faire une pièce qui évoque la quête nocturne d’un être absent…

Une forêt habitée

Lorsqu’un homme pénètre sur scène, il apporte un peu de lumière dans cette forêt sombre et froide, particulièrement inquiétante avec ses bouleaux qui rôdent en fond de scène. Sa lumière est porteuse d’espoir, il cherche la lumière au milieu des feuilles pour accéder à la femme qu’il cherche. Cette forêt le dissimule autant qu’elle lui cache celle qu’il convoite. Ses arbres se déplacent et s’éparpillent sur tout le plateau devenant un obstacle dans sa poursuite de l’être aimée. Ces obstacles se transforme également en prison tant pour elle, puisqu’elle ne la laisse pas paraître à ses yeux, que pour lui qui, prisonnier de cet endroit, est incapable de la trouver. Ce bois permet tout autant d’exprimer son amour que de l’étouffer. Cette oppression s’étend jusqu’aux spectateurs qui voient les bouleaux s’ériger à leur pied aussi bien pour les immerger dans le spectacle que pour marquer une frontière entre eux et lui. La forêt nous envahit (particulièrement le 1er rang) et s’impose à nous, comme un personnage à part entière de la pièce. Elle participe à l’atmosphère inquiétante et à la magie de cette balade nocturne qu’effectue le personnage interprété par Thomas Rousselot.

© Théâtre Transversal

« Qui dirige la vie et l’envie de vivre ? »

La forêt remplit parfaitement son rôle puisqu’il ne la trouvera pas, cette absence est le moteur de sa quête, il cherche à combler un vide personnifié par ce nom, Mu, qui désigne ce qui n’est plus là et est donc absent. Cette absence se traduit par le manque de lumière et les difficultés qu’il rencontre à se mouvoir dans ce bois. Cette excursion nocturne à la recherche de celle qu’il aime, est l’occasion d’une introspection et d’une réflexion sur l’amour et sur la vie. Le texte est très poétique et mélancolique. Cette mélancolie est soulignée par les riffs très jazzys de Sebum qu’il a composé spécialement pour ce spectacle. Sa musique crée une atmosphère à la fois apaisante et inquiétante, elle rythme le parcours de ce garçon qui, profitant de l’ombre des feuilles, se livre sans pudeur. Sa voix, la musique et la forêt nous guident au plus profond de l’âme humaine, on ressent les émotions contradictoires de cet homme, qui s’accroche à l’espoir et vit dans le malheur d’une quête qu’il n’accomplira jamais. Cet espoir est justement ce qui le fait avancer… Malgré ses descriptions de cette Mu, il nous est difficile de nous la figurer réellement et on ne sait pas si elle existe vraiment ou s’il s’agit d’une chimère, d’une incarnation de la femme, voire de la vie qu’on cherche sans cesse à apprivoiser sans jamais y parvenir. Cette quête de l’être absent permet une mue du héros qui ne sera plus le même après cette recherche nocturne… et vous ?

Laetitia Mazzoleni intègre assez de part d’ombres au texte très poétique de Fabrice Melquiot pour nous embarquer dans une quête plus intense qu’il n’y paraît. En suivant le chemin de Thomas Rousselot, on finit par se poser les mêmes questions que lui mais les réponses sont propres à chacun, à vous de les trouver en allant voir ce spectacle au Théâtre Transversal.

Jérémy Engler

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