Quoi ma gueule ? Tu veux ma photo !

En cette année 2016, dans le cadre d’un partenariat avec deux autres musées européens, la Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe et la National Portrait Gallery d’Édimbourg, le Musée des Beaux-Arts de Lyon accueille une exposition qui a pour but de toucher un public très large grâce à une thématique intrigante qui réussit sans difficulté à parler aux plus jeunes. Ainsi du 25 mars au 26 juin 2016, le musée municipal accueille l’exposition « Autoportraits, de Rembrandt au selfie » qui fait de l’autoportrait l’ancêtre du selfie.

Autoportrait en artiste dégénéré - Oskar Kokoshka (1937)
Autoportrait en artiste dégénéré – Oskar Kokoshka (1937)

L’histoire du selfie ?

Le musée met donc en perspective l’autoportrait et le selfie mais si cela est clair dans le titre de l’exposition, le parcours qui nous est proposé dans les salles du musée ne met pas particulièrement en avant le selfie. En effet, c’est le visiteur qui, épaté par les poses des artistes, construit sa réflexion sur le lien qui peut exister entre autoportrait pictural et selfie. Cette balade au pays des narcissiques ne se résume pas à montrer l’évolution de l’autoportrait jusqu’au selfie. En réalité, c’est l’inverse qui se passe… En fin de compte, dans l’imaginaire collectif, quand on évoque « l’autoportrait », on pense toujours au peintre qui se représente un pinceau à la main, ou dans son atelier, ou tout simplement posant pour lui-même. Toutefois, grâce aux œuvres présentées dans le musée, on comprend que l’autoportrait est beaucoup plus riche que cela.

L’histoire de l’autoportrait alors ?

Autoportrait - Joseph Chinard (Lyon) (1795)
Autoportrait – Joseph Chinard (Lyon) (1795)

Pas exactement. Cette exposition n’a pas de visée didactique concernant la technique de l’autoportrait et ne met pas en avant l’évolution de l’autoportrait au fil des siècles, mais propose plutôt de découvrir les différents types d’autoportraits qui ont pu exister et de les confronter à d’autres courants artistiques. Très attaché à son identité lyonnaise, le musée présente de nombreux artistes lyonnais maîtres de l’autoportrait tels que Fleury Richard, Joseph Chinard, Antoine Duclaux…

Autoportrait à l'écharpe - Rembrandt (1633)
Autoportrait à l’écharpe – Rembrandt (1633)

Le visiteur fait alors connaissance avec les autoportraits esquissés, crayonnés, peints, photographiés, filmés et même sculptés de nombreux artistes. Présentes dans presque toutes les salles, les esquisses d’autoportrait faites par Rembrandt montrent la variété de la composition de l’autoportrait. S’il est présent dans toutes les salles et si son nom est mentionné dans le titre de l’exposition, c’est qu’il a réussi à donner une profondeur à l’autoportrait en montrant comment un même personnage pouvait vivre plusieurs situations et se mettre en scène dans différentes positions. L’autoportrait réaliste se confronte à celui surréaliste ou cubique, le crayonné sombre fait face à l’autoportrait gorgé de couleurs.

Tous se mélangent et montrent la richesse de l’autoportrait.

À la découverte de l’autoportrait grâce au selfie

L'atelier de peinture - Fleury Richard (1803)
L’atelier de peinture – Fleury Richard (1803)

L’exposition commence avec des autoportraits ressemblant à ceux appartenant à la représentation imaginaire collective, insistant sur le regard expressif ou non de l’artiste qui se représente alors seul. Puis petit à petit, on découvre des œuvres dont la composition ressemble plus au selfie. Au final, c’est avec notre connaissance de la pratique du selfie qu’on parvient à comprendre la richesse de l’autoportrait.

On voit des auteurs avec des amis ou de la famille qui capturent l’essence d’un moment intime comme on peut le faire avec son téléphone portable. De même, on voit des artistes se représenter dans un lieu particulier, souvent leur atelier, souvent en train de travailler, rappelant les selfies réalisés au travail ou devant des monuments. Tout comme ceux qui prennent des selfies, les peintres ou sculpteurs se mettent en scène, se déguisent ; l’œuvre d’art devient alors un moyen d’immortaliser la scène. Certains peintres vont plus loin en se dissimulant dans un tableau représentant un fait historique ou une cérémonie ou dans un reflet comme les selfies pris devant une glace ou une vitre.

Scène de famille (la famille Beckmann) - Max Beckmann (1918)
Scène de famille (la famille Beckmann) – Max Beckmann (1918)
Vanité - Jacob Marrell (1637)
Vanité – Jacob Marrell (1637)
Halte d'artistes au bord de la Saône - Antoine Duclaux (Lyon) (1824)
Halte d’artistes au bord de la Saône – Antoine Duclaux (Lyon) (1824)

On est aussi parfois frappé par le côté instantané de l’autoportrait, si certains font des autoportraits collectifs ou avec des amis de manière « traditionnelle » ou telle une « photo de famille », d’autres semblent chercher à capturer un instant rapprochant réellement l’autoportrait pictural de la photo. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que les photos prennent de plus en plus de place au fur et à mesure qu’on avance dans l’exposition et qu’on arrive aux selfies, qui sont finalement quasiment absents de cette exposition. Vous ne verrez que très peu de vrais selfies comme on l’entend communément sinon celui du chinois Ai Weiwei.

Renaissance d'un monstre - Douglas Gordon (1996-2002)
Renaissance d’un monstre – Douglas Gordon (1996-2002)

Néanmoins, la fin de l’exposition se rattrape en vous laissant admirer une immense mosaïque animée de selfies. Donc si vous voulez vous aussi faire partie de cette mosaïque, courrez au photomaton à la fin de l’exposition, immortalisez votre visite au Musée des Beaux Arts de Lyon et faites partie de cette grande mosaïque humaine regroupant tous les amateurs de selfie passés par cette exposition. Seul bémol à cette exposition, l’éclairage qui parfois rend difficile l’appréciation des œuvres.

Selfies - Ai Weiwei (2009)
Selfies – Ai Weiwei (2009)

Jérémy Engler


Crédits photo : Jérémy Engler

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *