Des rats dans les murs et des frissons dans le corps…

Au festival d’Avignon cet été, la compagnie de marionnette/objet Ka a présenté une adaptation de la nouvelle de H.P Lovecraft : Des rats dans les murs. Fidèle à l’esprit de l’écrivain, ce spectacle, présenté au théâtre de la porte Saint Michel, était une véritable découverte.

Quelle histoire… !

© Nicole Diemer
© Nicole Diemer

Cette nouvelle de 1923 retrace l’histoire de la famille De la Poer qui a longtemps vécu en Angleterre avant de partir pour l’Amérique, dans le Massachussetts. Des années plus tard, un héritier de la famille décide de rentrer en Angleterre pour restaurer le domaine familial, connu sous le nom du prieuré d’Exham. Très vite, il s’aperçoit que les villageois alentours conservent une certaine défiance par rapport à ces lieux… une sombre légende que tout le monde connaît mais dont personne ne parle les tient à distance. Au fur et à mesure qu’il avance dans la réfection du domaine, le narrateur ne peut s’empêcher de remarquer quelques éléments inhabituels. Les chats de la maison passent par des épisodes de folie, se mettant à miauler et à tourner en rond dans la maison. Le narrateur lui-même entend de drôles de sons… Il y a des bruits de grattements dans les murs, comme si des souris ou des rats se promenaient. Inquiets de savoir ce qu’il se passe, le narrateur et quelques amis descendent dans les soubassements de la demeure. Ce qu’ils vont découvrir les plongera dans l’horreur et la démence. L’intrigue de cette histoire d’horreur/fantastique est un trésor d’angoisse et de frisson. On y est embarqués dans un rythme lancinant où la tension monte de manière progressive… mais certaine. La rencontre de Lovecraft et de la marionnette produit des merveilles !

Quelle adaptation !

Catherine Hugot, grâce à cette superbe adaptation, crée un spectacle unique, d’une grande qualité visuelle et théâtrale ! La sobriété et l’élégance de la mise en scène mettent en valeur le texte de H.P. Lovecraft. Sur scène, un décor unique, à la fois support pour les marionnettes, figuration de l’abstrait, matérialisation de l’indicible et partenaire du comédien. Il se compose d’une seule structure, que la metteuse en scène a construite elle-même, (pour plus d’informations, vous pouvez lire l’interview de Catherine Hugot, réalisée par l’Envolée Culturelle). Cette sculpture souple aux couleurs de terre est tout le temps présente au milieu de la scène, comme une grande ombre mystique. Sa forme incongrue et ses multiples ramures nous empêchent clairement de l’identifier et laisse le spectateur perplexe, incapable de s’en détacher. Nous nous en défions et dans le même temps sommes hypnotisés par ses mouvements, son opacité et sa transparence, lorsqu’elle est éclairée. On pourrait presque la croire vivante. Les marionnettes, qui sont également des personnages imaginaires, créatures hybrides entre le chat, la belette (ou le rat !) nous accompagnent dans ce monde inversé, cet univers inquiétant et chamboulé.

Quel jeu !

© Nicole Diemer
© Nicole Diemer

Pour recréer ce spectacle, la compagnie Ka ne met en scène qu’un seul comédien. Pourtant l’histoire comporte de nombreux personnages, mais le défi est superbement relevé, grâce à l’utilisation d’une bande son supplémentaire, ainsi que l’utilisation des marionnettes. Le schéma narratif, bien que tortueux, est clair et efficace. Il amène le spectateur là où il faut, et ce sans encombre. En outre, Guillaume Clausse s’avère bluffant ! Marionnettiste et comédien, il permet de mettre en branle ce formidable cortège macabre avec une force impressionnante.

Des rats dans les murs est un spectacle d’une très grande qualité visuelle. Ce spectacle court et dense fait partie d’une fresque plus importante, un diptyque que l’on souhaiterait voir dans sa version intégrale – à Avignon l’année prochaine peut-être ? Par cette pièce, la compagnie Ka consacre un passage à l’adaptation réussi et enthousiasmant.

Margot Delarue

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