Regardez la neige qui tombe… par-delà les mots, la poésie du geste

Nous retrouvons dans cette nouvelle édition du Festival Off d’Avignon, le metteur en scène Philippe Mangenot présente Regardez la neige qui tombe, du 7 au 30 juillet au Petit Louvre (Van Gogh) à 17h30. Avec la complicité de Rafaèle Huou ils nous livrent un petite pépite théâtrale sur les pas de Tchekhov où on retrouve extraits de dialogues et monologues traduits par André Markowicz et Françoise Morvan.

La vie de Tchekhov

Regardez la neige qui tombe nous fait découvrir la vie de l’auteur russe Anton Tchekhov par petites touches. Sous le regard de l’auteur, dont le portrait est posé sur la scène, Philippe Mangenot et Rafaèle Huou retracent sa vie. Dans un délicat patchwork qui alterne anecdotes biographiques, extraits de sa correspondance et extraits de pièces, ils laissent entrevoir le médecin impliqué, l’auteur passionné, l’homme résolument du côté de la vie, celui qui mourra un verre de champagne à la main à l’âge de 44 ans. C’est donc très naturellement que la comédienne débute le spectacle un verre de champagne également à la main. Clin d’œil et hommage à l’auteur, doublé d’une invitation aux spectateurs à partager un moment de théâtre dans l’esprit de Tchekhov.

– Mais où est « le sens » dans tout ça ?

– « Le sens » ? Regardez la neige qui tombe, où est le sens ?

 

Un théâtre dans le théâtre, dans le théâtre…

La salle reste d’ailleurs éclairée durant toute la représentation. Ici point de quatrième mur, le public et le plateau se confondent. Sur le plateau-salle, Philippe Mangenot est à la fois metteur en scène, régisseur et comédien. Le spectacle est là, sous nos yeux, sur le plateau et dans la salle : les apartés entre les comédiens où ils essaient de saisir le ton juste, la bonne expression, d’autres où ils s’adressent au public, renforcent la complicité avec la salle. La dimension métathéâtrale de la pièce nous montre par l’exemple le lien qui pouvait unir Tchekhov et ses comédiens autour du texte, et soulève les questions qui se posent aux artistes lors de la mise en scène d’une œuvre. Le spectacle, au-delà de faire le portrait d’Anton Tchekhov, explore les liens qui unissent l’auteur, le metteur en scène et les interprètes. Tchekhov, même malade continuait d’envoyer par correspondance des instructions aux comédiens de ses pièces. Et comment le comédien va puiser en lui la matière pour trouver le ton juste. Avec cette pièce on va au cœur de ce lien d’intimité exposée. Regardez la neige qui tombe, dans sa mise en abyme du théâtre, nous fait réentendre les mots de Tchekhov, ceux de Platonov, La Cerisaie, Oncle Vania, et sur un ton plus léger, L’ours est aussi jouée. On ne peut que souligner la performance des comédiens. Le glissement d’un registre à l’autre et des mots de Tchekhov à la narration se fait sans heurts, parfois ils se confondent laissant planer le temps d’un instant le doute. On admire particulièrement la qualité de l’interprétation de Rafaèle Huou et sa justesse. De quoi d’autre est-il question, après tout, dans la mise en scène d’un texte que de rendre dans la matière sonore et physique l’émotion d’un texte ? Regardez la neige qui tombe est un théâtre de peu qui donne beaucoup. Toute l’intensité repose sur le jeu des acteurs, mis en valeurs dans une scénographie sobre : une chaise, un bureau, une caisse de bouteilles, les portraits de Tchekhov et de Olga Kniper, sa femme.

 

C’est l’acteur qui parle qui va créer un point d’écoute suffisamment puissant pour que le théâtre puisse exister.

Philippe Mangenot dessine une pièce paysage faite de fragments savamment agencés et nous fait découvrir l’auteur passionné et l’homme d’une grande simplicité qu’était Anton Tchekhov. Il nous emmène parcourir les chemins enneigés pour réentendre, au détour d’un sentier la puissance de ses mots. La simplicité apparente, l’intelligence de la création et la qualité d’interprétation font de cette pièce un des petits bijoux du festival. Le dernier tableau nous évoque la neige qui tombe, cela n’a pas de sens pour Tchekhov et c’est en cela que réside peut-être toute la force de ces images : elles ne sont que pure émotion.

Anaïs Mottet

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *