Régis Hautière et Arnaud Poitevin, un duo Spectaculaire et drôle !

A l’occasion du Festival international de la BD d’Angoulême 2016 et de la sortie de la première aventure des Spectaculaires, Le Cabaret des ombres, nous avons rencontré Régis Hautière, scénariste et Arnaud Poitevin, dessinateur de la bande dessinée, pour nous parler de ces personnages délirant et « spectaculaires » donc ! Arnaud Poitevin, étant en même temps en train de dédicacé un ouvrage, n’a pas souvent répondu mais sa seule intervention sera à n’en point douter fort intéressante !

Si je ne m’abuse, ce n’est pas là votre première collaboration…
Régis Hautière : En effet, on avait fait ensemble Le Marin, l’Actrice et la Croisière jaune.

Et donc pourquoi avoir voulu retravailler ensemble, est-ce une volonté de votre part ou une idée de la Rue de Sèvres, votre éditeur ?
Régis Hautière : Non il n’y aucune demande de la part d’aucun éditeur. C’est vraiment parce qu’on s’entend bien, humainement, dans le travail aussi, donc on avait envie de retravailler ensemble. Après il fallait trouver le bon moment puisqu’Arnaud a fait d’autres albums entre temps, moi pareil. En plus, il bosse dans l’animation, donc il fallait juste trouver le bon créneau.
Puis le moment idéal est arrivé et on a commencé à échanger sur nos envies du décor, d’ambiance, de genre, d’histoire, de choses comme ça. Ensuite, Arnaud m’a montré les premiers dessins, une fois qu’on avait jeté les premières idées. On savait qu’on voulait faire une histoire avec des artistes, au départ, c’étaient des artistes de cirque puis ce sont devenus des artistes de cabaret, on voulait les transformer en super-héros. Donc à partir de ça, Arnaud a fait des personnages, tout ce qui lui venait sous le crayon, sans aucune directive de ma part. Enfin parmi les dessins qu’il a fait, j’en ai pioché quelques-uns, j’en ai imaginé d’autres puis j’ai commencé à écrire une histoire. Sachant qu’au départ, on était parti sur le principe d’écrire des histoires courtes et complètes. C’est une série mais on voulait que chaque tome soit autonome afin que quelqu’un puisse découvrir la série à partir du tome 3 comme du tome 1, sans problème, et qu’à la fin de l’album, le lecteur ne reste pas sur une petite frustration et qu’il ait l’histoire de A à Z.

©Jérémy Engler
©Jérémy Engler

Donc vous annoncez qu’il y aura des suites, c’est ça ?
Régis Hautière : Oui, alors, comme je le disais, ce ne seront pas de vraies suites, ce seront d’autres albums de la série. On reprendra nos quatre personnages des Spectaculaires plus le personnage du scientifique, Pipolet, puis il y aura sûrement d’autres personnages qui vont agrandir la galerie de portraits qu’on voit sur les pages de garde. Ce seront soit des personnages qui apparaîtront sur un tome, soit des personnages qui vont devenir récurrents. Le tome 2 verra l’apparition en guest-star de Sara Bernhardt parmi les Spectaculaires puis on changera un peu de décor car si toute la première partie se passe de nouveau à Paris, on les emmène en Province, en Bretagne à Belle-Île-en-Mer, et on verra tout le voyage car à l’époque, c’est une vraie expédition d’aller là-bas. Puis avec le final de l’histoire qui se passera dans le fort qu’avait acheté Sara Bernhardt, sur la pointe des Poulains.

C’était important pour vous qu’il y ait ce caractère scientifique, plein d’innovations dans la BD ?
Régis Hautière : Oui, je ne sais plus comment est arrivé le personnage de Pipolet.
Arnaud Poitevin : Je ne sais pas non plus, mais c’est aussi l’époque du début du XXème siècle qui veut ça…
Régis Hautière : Oui, j’aimais bien aussi le concours Lépine et le côté loufoque de ces inventions dont on ne voit pas trop l’utilité et qui marchent une fois sur deux. L’idée était aussi d’avoir des super-héros qui n’ont pas de pouvoirs. L’idée c’était d’avoir des types ordinaires et donc pour acquérir ces super pouvoirs en quelque sorte, il fallait que ça passe par le biais de la mécanique, de la machinerie, etc. Donc on avait besoin de cet inventeur qui donne un côté – certains parlent de Steampunk, mais ce n’est pas vraiment ça – un peu mécanique qui me plaît bien et surtout ça se prête à la mise en scène de beaucoup de situations un peu loufoques puisque les machines, même encore aujourd’hui, tombent en panne.

Le ton est très léger, malgré l’attentat programmé, c’était une vraie volonté de votre part de rester dans l’humour ?
Régis Hautière : Oui, c’était une vraie volonté de notre part de faire quelque chose d’humoristique. En fait, ça vient beaucoup du travail d’Arnaud car la première fois que j’avais travaillé avec lui, il avait adapté son trait au projet qu’on avait créé et adopté un trait beaucoup plus réaliste que celui qui lui vient naturellement sous la main. A côté de ça, il travaille aussi dans le dessin animé et a un côté très cartoon, et donc quand on a parlé de refaire un projet ensemble, il m’a montré des dessins qu’il avait fait pour un autre projet qui n’a pas abouti mais qui se passait déjà à la Belle Époque avec des personnages en costumes et il y avait une véritable ambiance humoristique qui ressortait de ces dessins. Donc je suis parti avec l’idée de faire quelque chose dans la veine humoristique, avec des personnages un peu loufoques et des situations un peu cocasses.

Arnaud PoitevinVous disiez qu’au départ, vous aviez pensé à des artistes de cirque, pourquoi avoir finalement choisi des artistes de cabaret ?
Régis Hautière : Je crois que c’était une volonté d’Arnaud… mais je ne sais plus pourquoi…
Arnaud Poitevin : Parce que, moi, pour cette série, j’avais vraiment envie qu’on sente la Belle Epoque et comme moi, j’ai des tonnes de bouquins à la maison sur le vieux Paris, j’étais fasciné par ces façades qu’on a malheureusement détruites et avec des sculptures hallucinantes, avec le paradis, l’enfer… Donc je me suis inspiré du Cabaret des Truands et j’en ai parlé à Régis car je trouvais ça plus original de parler du cabaret car le cirque ça avait peut-être été déjà un peu vu. Bon après, les faire bouger c’est plus compliqué qu’avec des circassiens, mais bon ils ont quand même une camionnette (rires)… et ils peuvent voler ! (rires)

Pour revenir au dessin des artistes de cabaret et au premier numéro des spectaculaires, à aucun moment, on voit les trucages dans le numéro, dans les dessins, on les voit ensuite lors de l’explication et de leur deuxième passage, mais à aucun moment, on ne voit dans le vignettes des indices de ce trucage, qui pourtant est ultra visible lors du deuxième acte, j’imagine que c’était une volonté de votre part, non ?
Régis Hautière : L’idée était, que pour la première scène, le lecteur soit dans la tête de Pipolet qui découvre ce numéro et qui en est ébloui. Comme il lui manque un œil et qu’il a bidouillé un appareil pour remédier à cela, on peut supposer qu’il ne voit pas très bien, et donc lui est persuadé qu’ils ont de vrais pouvoirs puisqu’ils ne voient pas du tout les trucages. On voulait qu’il y ait cette première scène là et une deuxième où on reprend ce même numéro mais où tout s’effondre parce que la machinerie fonctionne mal et qu’on se rend compte qu’on a affaire à des branquignoles plus qu’à des super-héros.

La salle est vide pendant le spectacle, était-ce important qu’on sente tout de suite qu’on avait à faire à des « branquignoles » comme vous dites ?
Régis Hautière : Oui, parce qu’il fallait que cette rencontre entre Pipolet et les artistes aient un intérêt pour chacun. Pipolet a besoin de gens pour l’aider à récupérer des plans et eux ont besoin de Pipolet parce qu’à ce moment-là, ils ont besoin d’argent car leur spectacle entre en concurrence avec le cinéma naissant qui va drainer les foules, donc il fallait qu’il y ait pour chacun une raison de s’associer avec l’autre pour partir dans cette aventure.

Pourquoi avoir voulu faire de Pipolet, un personnage qui perd la mémoire de la veille ? D’où vous est venue cette idée car c’est quand même pas commun ?
Régis Hautière : Non (rires). Au début, ce n’était pas ça l’idée de départ. Je voulais que Pipolet ait un défaut. Au départ, c’était juste une bête perte de mémoire, il avait oublié pas mal de choses notamment l’adresse de son ancien associé… enfin, il se souvenait de quelques petits trucs mais pas de tout. Puis bon, en discutant avec notre éditrice, on s’est dit que ça faisait peut-être un peu gros qu’il ne se souvienne que des informations dont on avait besoin pour faire avancer l’enquête et pas des autres. Donc j’ai réfléchi à quelque chose d’autres, et je me suis dit que lui faire perdre la mémoire à court terme mais se souvenir de ce qui était plus ancien que les dernières 24 heures (puisqu’à chaque fois qu’il s’endort il perd la mémoire de ce qu’il a vécu la veille et il ne se souvient que de ce qu’il a vécu l’avant-veille et des jours qui ont précédé). Je trouvais que ça pouvait être un prétexte à certaines situations, non pas de gag mais d’humour, de qui pro quo, etc. Alors après, le plus dur, je pense que ce sera de tenir ça sur la longueur, c’est-à-dire une fois qu’on aura épuisé toutes les situations humoristiques autour de cette perte de mémoire, j’espère qu’on réussira à se renouveler ou à lui trouver un nouveau défaut.

©Hautière/Poitevin
©Hautière/Poitevin

Oui d’autant plus qu’il les engage en les voyant pour la deuxième fois, sans se souvenir que ce sont des charlatans, or ensuite, dans la BD, on ne voit pas le moment où par exemple, il se souvient qu’ils ne sont pas des super-héros…
Régis Hautière : Oui, parce qu’après, ce sont des discussions entre eux, et on ne va pas remettre à chaque fois les explications des Spectaculaires par rapport à Pipolet pour lui faire se souvenir de ceci ou de cela. Après, c’est un truc qui n’est pas facile à gérer, notamment sur le court terme puisque dès qu’un jour passe, il y a Pipolet qui perd ses souvenirs. Oui, il va falloir que je fasse très attention à chaque fois qu’on fera intervenir Pipolet sur un souvenir de la veille. (rires)

Justement pour parler d’un futur album, à un moment donné, dans la BD, on voit qu’il y a des problèmes de familles au sein des Spectaculaires, est-ce un futur sujet ?
Régis Hautière : Oui, après on ne verra pas ça dans le tome 2, donc je ne sais pas si on peut le dire maintenant, mais Pétronille a une particularité par rapport aux autres, c’est qu’elle a été adoptée par cette grande famille du cabaret dans laquelle ils sont tous cousins issus de germains, etc. Puis on découvrira plus tard que Pétronille a une sœur jumelle. Donc oui, on va utiliser ces histoires de famille comme running gag ou comme sujet principal de l’histoire. Ce n’est pas encore défini, mais il y aura probablement d’autres membres de la famille qu’on verra.

Quel sera le rythme de parution entre chaque tome de l’histoire ?
Régis Hautière : Ce sera un an entre chaque tome, notamment parce qu’Arnaud a un autre album à terminer et il ne pourra travailler sur les Spectaculaires qu’à partir d’avril et nous on doit le rendre à l’éditeur en septembre/octobre pour pouvoir le présenter à Angoulême. Après, c’est possible qu’on raccourcisse les délais sur les prochains albums mais on n’en fera pas trois ou quatre par an. Grosso modo, l’idée est de faire un album chaque année.

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Avez-vous d’autres projets tous les deux ?
Régis Hautière : Séparément oui. Alors, comme je le disais, Arnaud travaille sur un album sous le nom de Milly Chantilly avec des jolies filles et des motos, c’est bien résumé ?
Arnaud Poitevin : Tout à fait ! (rires)
Régis Hautière : Et de mon côté, je travaille sur quatre séries en cours, il y a donc Les Spectaculaires, La Guerre des Lulus, Aquablue et il y a une nouvelle série qui va paraître aux éditions Castermann avec Fredéric Salcido au dessin qui s’appellera Les Trois grognards. Plus d’autres projets, mais c’est un peu tôt pour en parler.

Propos recueillis par Jérémy Engler

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