Le rejet devient une force

Dans le cadre du festival OFF d’Avignon, du 5 au 23 juillet 2019, à 10h15, Alexis Armengol proposait au 11 Gilgamesh Belleville une adaptation du conte d’Andersen, Le Vilain petit canard.  Habillée en noir et jaune, comme un poussin, Nelly Puliciani incarne cet enfant rejeté dans Vilain !, dans une scénographie pleine d’accessoires !

Le vilain canard, symbole des orphelins

Le spectacle commence par la naissance du vilain petit canard. La mère couve ses œufs et tous éclosent sauf un… ce dernier se fait attendre, sa mère le défend contre ceux qui lui proposent de l’abandonner. Après son éclosion, alors que les autres enfants se baignent, lui a peur de l’eau. Cette peur lui sera fatale, même si sa mère a essayé de l’aider, elle finit par l’abandonner car en le gardant, elle s’attirerait trop de problèmes. C’est le début des ennuis pour ce canard qui, en réalité, est une canne nommée Zoé. Elle devient donc l’incarnation des orphelins, abandonnés par leurs parents, on la retrouve dans la forêt, signifiée par des feuilles sur scène et autour d’elle, cette forêt inquiétante est le lieu où elle rencontrera son premier ami, après être passée de familles d’accueil en familles d’accueil. Harold, joué par Romain Tirikian, est aussi le musicien et compositeur du spectacle.

© Florian Jarrigeon

Cette rencontre changera la vie de cette adolescente devenue un moulin à paroles pour pouvoir exister. On sent clairement qu’elle souffre d’un besoin de reconnaissance très fort que son nouvel ami, lui-même solitaire, lui apporte. Lui, le taiseux, écoute sans sourciller les histoires que lui raconte Zoé, de là naitra une amitié sincère et salvatrice pour elle, comme pour lui. Cette rencontre lui permet de s’accepter, de trouver un sens à sa vie et de découvrir le bonheur, matérialisé par la chanson du GA (gâteau d’anniversaire). Somny, la cigogne devient sa deuxième amie, celle qui dessine « ce qu’on ne voit pas ». Interprétée par la plasticienne Shih Han Shaw, elle dessine l’histoire de Zoé. Elle nous ouvre les portes de ses familles d’accueil, dresse un portrait un peu différent, nous montrant que malgré sa bonhomie, la vie n’a pas dû être simple pour cette fillette qui pourtant semble heureuse de vivre aujourd’hui, sa transformation en cygne achevée.

Une foule d’accessoires, comme autant d’obstacles dans sa vie

© Florian Jarrigeon

Les obstacles qui jalonnent son parcours sont tous présentés sur scène dès le début, suspendus, comme  des arbres au milieu desquels il faut se faufiler. Les médisants qui proposent à la mère de l’abandonner sont représentés par des micros suspendus et des loopers qui enregistrent une voix et la répètent encore et encore, créant une atmosphère très oppressante et pas très engageante pour aider un bébé à sortir de sa coquille. Pour représenter sa douleur et le harcèlement qu’elle subit, elle utilise une feuille de papier cartonnée qu’elle broie et dont le son amplifie la violence de cette agression.
Avant qu’elle ne rencontre ses nouveaux amis, une tempête éclate et les lumières suspendues bougent pour reproduire l’instabilité liée à ce déchaînement d’éléments mis en exergue par les feuilles qu’elle fait voler tout autour d’elle et le mur floral en fond de scène qui vacille lui aussi. La plupart des objets encore suspendus se balancent pour montrer la violence de cette tempête qui détruit tout… mais heureusement après la tempête vient le printemps et la reverdie pour Zoé qui remonte la pente grâce à ses amis. Si la puissance comique de Nelly Puliciani permet au spectacle de ne jamais tomber dans le désespoir, la deuxième partie est malgré tout plus enjouée, les obstacles sont moins présents. L’art de Somny et les échanges avec Harald l’aident à reconstruire cette scène en vrac et ses repères perdus. La fin s’ouvre sur une incroyable transformation, la voilà prête à affronter la vie et à s’accepter…

Détourner le conte du Vilain petit canard pour en faire une pièce sur l’adoption et comment on se construit alors qu’on change sans cesse d’environnement est particulièrement intelligent pour donner à l’histoire une modernité bienvenue ! La mise en scène dynamique et astucieuse souligne la performance incroyable de Nelly Puliciani qui se démultiplie au plateau !

Jérémy Engler

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