Rencontre avec Cleim Haring pour la sortie de son premier EP Soledad , lorsque la poésie envahit le Rap

Ce mardi 12 janvier 2015, nous sommes partis rencontrer le rappeur Cleim Haring. Celui-ci reste sur la toile un personnage très énigmatique ne dévoilant à son public seulement que deux titres (sous la forme de clip) et la couverture de son EP Soledad. Il est disponible en ligne gratuitement depuis ce lundi 18 janvier 2016.

Il n’y a que très peu d’informations te concernant sur la toile, peux-tu nous en apprendre un peu plus ? 

Je Rap depuis une dizaine d’années. J’ai commencé il y a bien 10-15 ans, et je rappais sur le nom de Libre-Penseur. Sous ce nom j’ai sorti 2 EP (de 6 titres) et un projet avec FlowBeat (de 3 titres). Ce projet avait du mal à avoir une structure et une existence propre ; avec Libre-Penseur, je n’étais pas forcément moi à 100%.  Cleim Haring; c’est avant tout la découverte d’un nouveau personnage, le plus sincère et authentique que je puisse être à l’heure actuelle .Ce projet reflète beaucoup plus ma personnalité.

Depuis ces 3 dernières années, on était dans l’élaboration de ce projet Cleim Haring. Récemment j’ai été invité par Grems, un autre rappeur que je connais depuis un petit moment. On ne peut pas vraiment dire que j’étais la première partie du concert, mais j’y ai interprété quelques morceaux de mon premier EP Soledad.

As-tu eu des influences pour ce premier EP ? Y a-t-il eu des rappeurs ou des projets musicaux qui t’ont marqué pour la création de cet opus? 

J’ai toujours été bercé par le Rap français et son âge d’or, c’est à dire des années 98 à 2000 avec les grandes figures; mais après j’ai une ouverture musicale plus large passant par les musiques électro, techno ou même la pop anglaise. Il est toujours compliqué de donner des noms précis; on va dire que j’ai une écoute du Rap français classique après j’écoute de tous styles de musiques. À l’heure actuelle je suis ouvert sur plein de choses.

On ressent pas mal d’influences électros de deep house, as-tu toi-même composé les instrumentales de l’EP ? Si ce n’est pas le cas, pars-tu de la musique pour écrire tes textes ou serait-ce plutôt l’inverse ?

 Alors non je ne les ai pas composés, j’ai fait appel à EveryDayz. C’est un Beatmaker qui a pas mal tourné, mais c’est aussi un ami avec qui j’ai bossé sur la fin de Libre-Penseur par exemple. On a travaillé ensemble sur les samples, je l’ai laissé faire les instrumentaux en guidant les influences sur chaque morceau.

Lorsque j’écris, je pars tout le temps de la musique. J’ai fait très peu de morceaux où le texte était déjà écrit. Je suis plutôt inspiré par la musique pour écrire.

Vous ajoutez un caractère très poétique dans vos morceaux. Avez-vous essayé de créer un vrai lien texte-musique (entre l’écriture du texte et l’instrumental) 

Je ne sais pas si j’ai réellement tenté de créer ce lien, c’était plutôt quelque chose d’instinctif. N’écrivant plus sur papier, mais seulement tout de mémoire, je ne passe que par l’oral et je pense que cette particularité a amené une musicalité plus naturelle. Le fait de passer par la mémoire renforce ce caractère spontané il me semble. Ce lien n’a donc pas été réellement prévu dans le sens où l’on a pas fait une recherche propre pour le créer. Ce sont vraiment des impulsions qui créent ce lien texte-musique sur chacun de mes titres.

Cet EP sort le 18 janvier, peux-tu nous en dire plus ? 

C’est un EP de 7 titres. Le thème de cet EP est la Soledad donc la solitude. On a mis presque 3 ans pour le finaliser, car on voulait prendre le temps de faire les choses comme il fallait, et aussi parce qu’avec EveryDayz nous sommes assez perfectionnistes tous les deux.

Ce projet aborde de manière générale la question d’une personne seule repartant de zéro et qui arrive à percevoir toutes les étapes difficiles de sa vie pour les franchir. Mais sinon dans chaque morceau, il y a un thème et un discours qui lui est propre.

Je me suis beaucoup plus retrouvé dans le personnage, musicalement et textuellement parlant. Il y a dans ce projet un travail plus épuré, plus poétique, mais également beaucoup plus mature et plus stable.

Quelques infos sur le futur de Cleim Haring?

 On souhaite instaurer avec l’équipe Cleim Haring des dates intimistes; on me retrouvera uniquement dans des lieux du type galeries d’Arts, boutiques de vêtements où il y a un public restreint afin de « refidéliser » un public autour du projet Cleim Haring. Pour l’instant il n’y a pas encore de dates ni de scène de prévu, car on va retravailler en résidence pour mettre au point un vrai set pour la scène.

On a également un deuxième EP déjà bouclé que j’avais écrit en amont lors de la préparation de Soledad.

Tu as déjà sorti 2 clips, Mon Soleil et Bleu Nuit. Tu as fait appel à la danseuse étoile Inès Lamour. Peux-tu nous en dire plus sur leur réalisation ? 

 Bleu Nuit a été projet sur 4-5 mois. Je ne me montre pas dans mes clips, car je souhaite garder une idée de mystère dans les clips ; je souhaitais éviter l’égotrip et même les clichés que l’on pourrait y associer.

Dans ces deux clips, on a voulu mettre en avant une actrice, mais d’une manière innovante par rapport à l’image des femmes dans les clips de Rap. On avait la volonté de casser les codes. 

Est-ce un souhait volontaire et permanent de ta part de toujours vouloir briser les codes que ce soit musicalement ou visuellement ? 

C’est tout à fait un souhait volontaire. On est en train de préparer un second EP qui s’appellera Sun Cold qui traitera du coup du contraste entre le chaud et le froid. On part sur des visuels plus graphiques, encore plus épurés. Il n’est pas prévu que j’apparaisse dans un futur clip.

La source du Rap est une revendication, mais je pense qu’aujourd’hui il faut passer à autre chose. On vit dans une nouvelle génération avec de nouvelles envies du coup je trouve ça compliqué de faire du Rap conscient, du Rap engagé et de parler à des jeunes. C’est très difficile par rapport à ce que l’on vit actuellement. De plus ce public est aujourd’hui très restreint. C’est tout aussi compliqué par ailleurs de faire un Rap introspectif que de faire du Rap engagé, car l’engagement peut ne pas nous parler.

J’estime que la musique reste un divertissement, un moyen de s’exprimer. On peut rester engagé et faire de la musique consciente, mais il faut bien le faire. Et ce n’est pas le chemin que je souhaite emprunter avec Cleim Haring dans le sens où oui il y a une forme de conscience dans mon rap, mais qui est très proche de l’introspection de la  personne. Je développe plus l’idée de savoir comment cette personne va se comprendre et comment elle peut trouver un équilibre entre le bien et le mal. Il y a un souci d’universalité ; une volonté de pouvoir être intime avec un plus grand nombre tout en gardant l’idée de musique divertissante. Il y a donc dans le projet de Cleim Haring l’idée de dévoiler une conscience plutôt cérébrale que politique ou engagée.

Propos recueillis par Camille Pialoux.

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