Rencontre avec Sam Cannarozzi, le conteur protéiforme

À l’occasion de la Japan Touch, les 28 et 29 novembre 2015 à Eurexpo, le public avait entre autres l’occasion de découvrir le prodigieux conteur protéiforme Sam Cannarozzi. L’occasion pour nous de le rencontrer et d’en apprendre plus sur sa vision du conte international.

Aujourd’hui vous êtes conteur professionnel mais ce n’est pas votre première profession, d’où vous est venue cette envie de raconter des histoires?
Sam Cannarozzi : Ça fait 33 ans que je fais ce métier et avant ça j’ai passé 10 ans dans une formation autodidacte dans tous les métiers de la scène : que ce soit la danse; le théâtre, l’expression culturelle, les arts martiaux comme le Taï-chi, ou le chant… Et je cherchais une forme scénique qui m’allait et en 1982, j’étais invité à un événement qui s’appelait « Conte du monde » organisé par la Maison de la Culture Public en région parisienne. Et là, je me suis retrouvé aux côtés de conteurs du Rajasthan, de Sicile, du Japon, etc. J’ai été invité car j’avais effectué un travail sur les indiens d’Amérique du Nord et je me suis retrouvé avec des gens qui se disaient conteurs et je me suis dit : voilà ce je cherche depuis 10 ans. Donc c’est venu comme ça, j’ai fait une longue recherche, un long chemin en me disant quelle était la forme scénique qui m’allait. Je trouve le conte formidable car c’est une forme très directe, on peut s’assoir n’importe où, c’est tout public, on touche à toutes les cultures du monde et on peut partager ça avec tous les gens qui sont présents.

Vous dites aimer partager les contes de toutes les cultures, vos spectacles sont-ils tous en français ?
Ici évidemment c’est en français mais j’interviens également dans les établissements qui ont des classes européennes et dans ce cas là, je raconte en anglais et en français. Après, je me débrouille en allemand, en italien, un peu en danois mais je mélange chaque langue avec des choses très visuelles. Par exemple, je suis ici avec des origamis et je fais un travail avec des figures de cordes et de ficelles. Donc dans les langues que je maîtrise moins bien, je rajoute un effet visuel car je me dis que la parole du conte est multiforme et donc j’utilise le gestuel, le visuel, l’oralité, etc.

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Quel est le genre d’histoires que vous aimez raconter ?
On me demande souvent : combien d’histoires connaissez-vous ? Moi je réponds autrement : si vous m’invitez chez vous, je peux commencer à conter à 9h le soir et terminer à 6h du matin sans me répéter. Donc je peux parler de tous les continents : l’Asie, l’Afrique, l’Europe, l’Amérique du nord… Mes spectacles sont vraiment tout public, j’ai des représentations pour les 3-4 ans, je rencontre beaucoup de scolaires. Je vais bientôt conter dans une maison de retraite, mais je fais aussi des spectacles familiaux où il y a toute la famille, ou dans la rue où j’agis un peu comme un crieur de rue. J’interviens aussi dans des manifestations comme la Japan Touch, dans les bibliothèques, etc. En journée, j’ai un public d’enfants et en soirée c’est plutôt un public d’adultes. Mes contes sont très flexibles, ils ont leurs spécificités, ce n’est pas n’importe quoi mais on peut s’adapter à beaucoup de situations différentes.

Ces histoires que vous racontez sont des contes que vous inventez ou vous réappropriez-vous des contes existants ?
C’est plutôt ça, à 95%. En effet, je fais une mise en bouche. Mais si je trouve une histoire qui me plaît, je la raconte à ma manière, ce n’est pas du « par cœur », ce n’est pas un texte appris comme au théâtre, je l’adapte à ma manière. J’habite en Dombes par exemple et là, j’ai inventé une histoire où on se promène géographiquement dans la Dombes mais c’est assez rare. Donc je travaille plutôt sur des histoires qui m’intéressent mais je lis et je conte toute l’année, et je produis un nouveau spectacle à peu près tous les 2-3 ans.

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À la Japan Touch, vous avez présenté 3 spectacles aux formes assez différentes, pouvez-vous nous en dire plus ?
Oui, ce sont des formes assez différentes. Le premier spectacle est sur les contes traditionnels japonais en français, mais avec des petites touches de mots japonais que j’aime beaucoup. Ensuite, je fais un spectacle en origami que j’appelle « Paroles à plier ». Là, ce ne sont pas des contes japonais, ce sont des contes qui viennent d’ailleurs mais qui sont illustrés par les pliages. Je plie en temps réel, c’est-à-dire que je raconte mon histoire et en même temps je plie, donc à la fin quand je parle de la princesse, boum ! Il y a le corps de la princesse qui apparait.
Enfin, pour le spectacle Haïkus, qui reprend des poésies japonaises qui sont composées de trois lignes en 5-5-7 syllabes avec normalement un mot de « saison », c’est plutôt une lecture animée et encore une fois je mélange beaucoup de langues comme le japonais – que je ne parle pas mais dont je connais la phonétique – le roumain, l’allemand, l’italien, le français, le danois, l’anglais, le gestuel, le jonglage, l’origami. Donc encore une fois, c’est le haïku présenté sous toutes ses formes.

En moyenne, combien de spectacles donnez-vous par an ? Et auprès de quel public avez-vous le plus de succès ? Auprès du jeune public ou des adultes ?
En tout, quand j’ai une bonne année, je fais plus de 60 représentations. Après, vous savez, nous les conteurs, on lutte contre le stéréotype qui veut qu’un conteur professionnel cherche forcément un public d’enfants, parce que le conte c’est pour tout le monde. Il faut dire quand même que sur les 80 spectacles différents que je propose, il y en a 45-50 qui sont pour le jeune public (5-12 ans) et le reste est plutôt familial.

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Vous dites qu’un conte ce n’est pas que pour les enfants, pour vous qu’est-ce qu’un conte ?
Il y a un ethnologue et anthropologue américain qui s’appelle Joseph Campbell, qui a dit que de la même manière qu’un poussin qui vient de naître va vers sa mère par instinct ; quand on utilise le conte dans le meilleur sens, que ce soit pour jeune public ou pour adultes, on a des images. Ces images touchent les gens directement et nous rappellent dans nos gênes même – moi j’y crois – ce lien d’humanité qui remonte au début du temps. Donc pour moi, c’est vraiment ça un conte, que je raconte Le Petit chaperon rouge ou l’Odyssée, c’est le même type d’approche. D’ailleurs pour moi, l’approche est très importante. Je suis très interactif que ce soit avec des maternelles ou en festival. De fait, le public est avec moi et on fait ce voyage ensemble. Comme je l’ai dit avant, je n’apprends pas par cœur, et dans ma tête il y a des images qui défilent et ces images-là existent à travers le conte, depuis que l’être humain parle, donc c’est formidable. Ça ne veut pas dire que c’est forcément sérieux, ça peut être très humoristique.
On est dans le partage et on est dans ce flot d’images qui sont partagées par la totalité de l’humanité et on est dans ce mouvement et c’est ça qui me touche beaucoup dans mon métier.

Propos recueillis par Jérémy Engler


Vous pourrez le retrouver au Théâtre de l’Uchronie, rue de Marseille, au mois d’avril. Sam Cannarozzi interviendra avec un ami qui fait de la danse/gestuelle hindou tandis qu’il se focalisera sur son langage amérindien mêlé de gestuel, pour raconter une histoire dont le titre est Deux roues sur un même essieu : cosmogonie de l’Inde et des Grandes Plaines.
Pour plus d’informations, nous vous invitons à vous rendre sur le site de Sam Cannarozzi.

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