Répertoire#1 : petit voyage en Hip-hop français au Théâtre Théo Argence de Saint-Priest

Créé en juin dernier pour les Nuits de Fourvière, Répertoire #1 s’installe pour deux soirs sur la scène du Théo Argence à Saint-Priest, les 4 et 5 décembre. Après Récital à 40 où, en réécrivant une pièce culte du hip-hop, il proposait l’idée d’un répertoire pour le genre, Mourad Merzouki enfonce le clou et photographie sur scène dix ans d’une histoire du hip hop à travers huit extraits de spectacles, dont quatre de sa compagnie, soit sur scène 31 danseurs et danseuses et 5 chorégraphes invités.
L’enjeu est multiple : en se réappropriant ces extraits, il en propose un hommage d’abord, mais aussi une lecture nouvelle, désolidarisée des pièces dont ils sont issus, propres ainsi à servir un nouveau spectacle, et au-delà, une vision personnelle du hip hop qui confirme à écrire l’histoire du genre.

Aux origines urbaines du hip-hop

D’emblée, Mourad Merzouki s’attache à repréciser les origines urbaines et populaires du genre, par la scénographie d’abord qui montre un plateau aux allures de dock hollywoodien mais dont les lignes tracent déjà des perspectives qui prédestinent l’art de rue à la scène. Des tronçons de fûts rouillés forment deux rangées de part et d’autre du plateau, tandis que d’autres, entiers, attendent le deuxième tableau pour s’élever et accoucher des danseurs qui s’y étaient repliés. Désormais, suspendus comme des lampadaires, ils éclairent la scène de cercles lumineux. Toujours dans le but de rappeler à la danse son terreau citadin, le costard est de rigueur mais pour l’ouverture seulement, juste en clin d’œil. Pas étonnant non plus que parmi les spectacles invités, Mourad Merzouki choisisse entre autres Urban Ballet de Kader Attou et sa propre création Terrain vague.
Mais s’il évoque les origines, comme un historien consciencieux, l’artiste, lui, tâche d’occulter ce qui stéréotype toujours le hip-hop, en l’éloignant autant que possible de la performance individuelle au profit d’un ballet collectif, où seule la ligne des gestes et des corps est préservée. On n’échappe pas bien sûr à quelques démonstrations mais l’esprit du ballet est davantage présent, et d’autant plus apprécié que le corps collectif des danseurs sait saisir le dessin du hip hop, au service d’une chorégraphie.

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Lignes et cercles dans les corps et l’espace

« Éviter le zapping », c’était l’un des objectifs de Mourad Merzouki. S’il parvient à mettre en exergue le style de chaque chorégraphe, il met en avant ou redessine une esthétique commune moderne, très proche du constructivisme plastique. Lignes et cercles se juxtaposent, d’abord par les lumières : les couloirs lumineux horizontaux puis diagonaux succèdent aux halos dessinés sur le sol. De même, la danse épouse ces lignes : la chorégraphie des 31 danseurs inscrit dans l’espace un travail sur les lignes très marqué, les tracks quant à eux tracent dans l’air des cercles qui se superposent aux lignes de lumière au sol. La scénographie, et la lumière particulièrement, se font les relais d’une exigence particulière du hip hop, davantage encore dans son apport à la danse contemporaine : le dessin de la ligne, la précision du trait.

Le risque d’une uniformité

En convoquant des chorégraphes aussi divers, Mourad Merzouki choisit bien sûr des esthétiques différentes mais surtout un brassage d’influences culturelles et artistiques : circassiennes, classiques, contemporaines, mais aussi algériennes avec l’extrait de Douar ou brésiliennes avec celui d’Agwa. Mais plutôt qu’une effusion des styles, le spectacle, parfois, en propose malgré lui une fusion. Quid de la rencontre algéro-française dans sa relecture de Douar ? Et de la rencontre avec les danseurs brésiliens dans Agwa ? Au nom d’une unité de sens, on craint de voir gommer certaines spécificités des spectacles. Mais en naissent du même coup de nouvelles propositions. Et si Agwa perd ici ses accents brésiliens, le spectateur y verra peut-être davantage l’évocation d’une fête juive, entre les verres au sol, rappelant la tradition du verre brisé par le marié, et la musique d’Europe centrale.

Mourad Merzouki nous offre à nouveau un spectacle en grand ! Au risque de s’emparer des créations de manière pêle-mêle sans leur donner d’unité dramaturgique, il propose cependant une vision généreuse du hip-hop français, par une démarche d’exploration scénique dont il n’a certes pas la primeur mais une volonté constante de connaître… et de réunir.

Yves Desvigne

Une pensée sur “Répertoire#1 : petit voyage en Hip-hop français au Théâtre Théo Argence de Saint-Priest

  • 8 décembre 2014 à 21 h 53 min
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    J’avais très envie d’y aller, et maintenant je regrette encore plus de ne pas avoir pu…

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