Il reste la poussière de Sandrine Collette

À l’occasion du Festival Quai du Polar qui se tient à Lyon du 31 mars au 2 avril 2017, L’Envolée culturelle ne pouvait s’empêcher de regarder la programmation. Lorsque nous avons vu que le dernier livre de Sandrine Collette, Il reste la poussière, concourait pour le Prix des Lecteurs, nous avons eu envie de découvrir ce livre.

Sandrine Colette est notamment connue pour avoir une belle plume, mais surtout pour nous conter des histoires très originales. En effet, après Six fourmis blanches paru en 2015, nous avions hâte de découvrir son nouveau roman. Dans ses livres, nous ne retrouvons que peu d’inspecteurs et souvent nous avons l’honneur d’entendre le point de vue de chaque personnage ce qui n’est pas toujours le cas dans les polars. Il reste la poussière n’échappe pas à la règle puisque nous alternons tour à tour entre les cinq personnages principaux.

Un polar aux allures de western 

Cette fois-ci, nous nous envolons pour la Patagonie pour aller se terrer dans une steppe où vivent des moutons, des bovins et des chevaux. C’est ici que vivent La mère, les jumeaux Joaquin et Mauro, Rafael et Steban. Nous suivons le quotidien très difficile de cette famille qui n’habite pas loin de la ville, San Léon. Nous sommes donc en pleine nature où les interactions sociales sont quasiment inexistantes. Cette ferme nous rappelle donc une légère ambiance de western d’autant plus que la famille à elle seule fait sa loi et fonctionne tel un petit village. La mère donne les ordres et incarne l’autorité et ses fils obéissent sans dire quoi que ce soit. Une ambiance particulière pour un livre bien original.

Polar, avez-vous dit polar ?

Sandrine Collette © Jean-Marie David
Sandrine Collette
© Jean-Marie David

Le lecteur peut se demander s’il s’agit réellement d’un polar puisqu’il n’y a pas l’ombre d’un crime et aucune silhouette d’inspecteur ne se profile à l’horizon. Il reste la poussière porte bien son nom puisque mis-à-part la poussière sous les foulées des chevaux, le travail des fils et la mère qui ne cesse d’ordonner, il ne se passe pas grand-chose dans une grande moitié du livre. Cela peut donc mettre le doute au lecteur qui peut se demander s’il s’agit bien d’un polar.

Cependant, nous aurions tort de nous arrêter à cette première impression. Le polar ne se définit pas seulement à son histoire, qui ici ne semble pas très palpitante à première vue. Un polar se définit aussi par son style d’écriture. C’est par ce biais que nous pouvons dire que ce livre est bien un polar. Sandrine Collette n’use que de phrases courtes, son écriture est hachée et tendue. De plus, nous retrouvons des descriptions et un langage qui peuvent se révéler crus tout au long du livre. Une écriture qui est donc familière aux polars.

Ces romans sont également spécifiques du fait de leurs personnages qui sont relativement sombres. Il reste la poussière est l’exemple idéal pour nous montrer les noirceurs de l’âme humaine même s’il n’y a pas de cadavres. La mère tout d’abord. Elle ne semble être douée que pour protester et donner des ordres, et elle ne semble connaître ni affection ni remords. Le père, alcoolique, a soi-disant disparu, mais nous verrons que cela n’est pas tout à fait exact et cela vient renforcer le côté trouble de la mère. Les deux jumeaux forment quant à eux un duo de l’enfer. Ils sont comme leur mère impassibles et ils ne vivent que pour le plaisir de terroriser les benjamins ; benjamins surnommés « l’idiot » pour Steban et « le petit » pour Rafael. Les jumeaux prennent un malin plaisir à torturer Rafael qui ne vit que dans la peur de prendre des coups et par la soumission à ses aînées. Quant à Steban, il est quasiment muet. Il ne parle jamais et quand il essaye il ne parvient pas à prononcer une phrase entière. Ce bégaiement fait la joie des jumeaux qui ne cessent de se moquer de lui. Des personnages qui sont donc sans pitié et où l’horreur, le malheur semblent régir la vie de cette famille.

De par son ambiance, extrêmement tendue, du fait des personnages et du style d’écriture il s’agit bien d’un polar.

Un livre sans grandes péripéties

Vous l’aurez compris, ce roman n’est pas synonyme d’aventures et d’action. Sandrine Colette nous met sans aucun doute dans l’esprit des polars mais il faut que le lecteur s’accroche pour ne pas être enseveli sous la poussière. Il faut attendre presque la moitié du livre pour qu’il se passe enfin quelque chose. À partir de cet évènement, le rythme est légèrement plus soutenu et, à la suite à cette péripétie, d’autres surviennent. Un polar bien ficelé mais qui manque légèrement d’action.

Il reste la poussière est un polar bien écrit et qui surprend par son histoire. Sandrine Colette fait dans l’originalité. Lisez ce livre du début à la fin sans hésiter, car derrière quelques longueurs narratives, vous découvrirez un questionnement et des personnages complexes qui méritent d’être découverts.

Marie Barday

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