Réussite du Cid au festival d’Avignon pour la compagnie Le grenier de babouchka

Le festival de théâtre Off d’Avignon, qui a lieu tous les ans depuis 1947 est une incroyable expérience qui permet de découvrir des troupes ainsi que des univers poétiques. Il est aussi le moyen de réviser ses classiques grâce au nombre considérable de pièces jouées du grand répertoire français. C’est le cas de du Cid, tragi-comédie de Corneille, un incontournable du théâtre ! Cette pièce a été adaptée par la compagnie Le grenier de babouchka et était présenté au théâtre actuel.

Une histoire qui séduit toujours

Le Cid, c’est une histoire célèbre, étudiée par un grand nombre d’étudiants français en classe. Qui ne se souvient pas du : « Rodrigue, as-tu du cœur ? » ou encore du très célèbre : « Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie ! ». Tous, nous nous sommes heurté à nos premières figures de style dans ce texte et aujourd’hui encore, lorsque nous entendons : « Va, cours, vole et nous venge. », nous entendons en réalité « gradation hyperbolique », et « Va, je ne te hais point devient « litote : dire le moins pour exprimer le plus ». Ah, Corneille, que d’élèves t’ont maudit ! Et pourtant, Le Cid est un réel bijou dramaturgique, mais peut-être faut-il du temps pour le voir ?

Chimène et Rodrigue sont deux jeunes amants qui s’aiment passionnément. Leur amour est connu de leurs parents, respectivement le Comte de Gomès et Don Diègue, qui désirent les marier. Cependant, Don Diègue obtient un poste auprès du roi qui était désiré par le Comte de Gomès. Jaloux, ce dernier offense Don Diègue en lui lançant un soufflet. Don Diègue qui est trop vieux ne peut alors se venger de cet affront et demande à son fils d’aller se battre contre le Comte de Gomès à sa place. Rodrigue est déchiré entre son amour et son devoir : s’il refuse de se battre il conserve l’amour de sa Chimène, qui compte pour lui plus que tout, mais perd la reconnaissance de son père. Si Rodrigue accepte de se battre contre le Comte de Gomès, il perd Chimène. Le jeune homme décide pourtant de provoquer le Comte en duel, en finit par le tuer. L’amour entre Chimène et Rodrigue survivra-t-il ? L’histoire de ce dilemme entre le devoir et la passion, le cœur et la raison, est un classique à n’en pas douter.

© legrenier.asso.fr
© legrenier.asso.fr

Entre tragédie et comédie, le choix est fait

Le Cid a été mis en scène cet été par Jean-Philippe Daguerre et la compagnie Le grenier de Babouchka. Ils retiennent avant tout le côté épique de cette pièce et son caractère fougueux, plein de personnages sanguins et hauts en couleurs. Mais le côté comique de la pièce n’est pas en reste, bien au contraire ! On pourrait même dire que celui-ci prend le pas sur la tragédie pour créer une pièce rythmée, dynamique. Le pathos de la pièce devient moins pesant, et inscrit la pièce dans un univers de conte ou de fable prouvant la valeur de l’amour et de la passion acharnée. Pour cela, de nombreux personnages secondaires ont été relevés et apparaissent comme des éléments clés de la mise en scène : c’est le cas de Elvire, la gouvernante de Chimène, qui prend des airs de servante franchement populaire, et presque moliéresque. Chimène également est finalement traitée avec intelligence. En effet, comment faire croire qu’une femme puisse rester amoureuse de l’homme qui a tué son père ? En insistant sur la grande jeunesse du personnage et son côté enfantin, qui ne sait pas vraiment ce qu’il veut. On rit beaucoup donc dans cette adaptation du Cid, par la compagnie Le grenier de babouchka, grâce à sa mise en scène riche et ingénieuse. Enfin pour accompagner cette belle histoire, la part est faite belle à la musique, avec deux musiciens sur scènes, un guitariste et un violoniste hors pair du nom de Petr Ruzicka. Les deux hommes sont assis sur scène – non sur un côté de la scène mais bien au milieu, avec les comédiens – et accompagnent l’action sans répit. Le style est manouche, l’esprit authentique et le résultat enthousiasmant. Omniprésente, la musique donne un côté joyeux et populaire, ou bien plus profond et appuie l’action dans sa gravité. Elle ajoute une réelle valeur dramatique à la pièce.

Le Cid, présenté par la compagnie Le grenier de babouchka est une réussite. Dans la salle, le public a fait honneur aux artistes en applaudissant debout, dans une ambiance plus chaleureuse que jamais.

Margot Delarue

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *