Les rêves dans la maison de sorcière : Bande dessinée entre rêve et réalité

« Etaient-ce les rêves qui avaient engendré la fièvre ou bien la fièvre qui avait engendré les rêves, je l’ignorais. » Voilà par quoi débute cette histoire de Lovecraft, dessinée par Patrick Pion sur le scénario de Mathieu Sapin. Une histoire, tout autant que le graphisme, qui vous emportera aux tréfonds de la nuit, là où la frontière entre rêve et réalité s’efface, là où tout peut arriver, et où le surnaturel trouve parfaitement sa place…

Lovecraft, à la vie à la mort

Vous connaissez Edgar Allan Poe, l’auteur de nombreux romans et nouvelles toujours teintés de fantastique et d’étrange ? Mais connaissez-vous Howard Phillips Lovecraft, un contemporain de notre ami au scarabée ? Pourquoi ne pas découvrir alors son univers fantasmagorique en bande dessinée ? Adaptée d’une courte nouvelle éponyme de 1933, Les rêves dans la maison de sorcière raconte l’histoire d’un jeune étudiant en mathématiques vivant dans une bien étrange maison… En effet, il paraîtrait que sa chambre aurait autrefois été habitée par une vielle femme… qui pratiquait la magie. Serait-ce alors le passé du lieu, ou simplement la fatigue des études qui le pousse à faire de biens étranges rêves ?  En sont-ils d’ailleurs vraiment ? Pour en savoir plus, il vous faudra alors sauter à bras le corps dans cette BD, immersive et perturbante. Car Lovecraft, maître dans bien des domaines, a un don, qui plait d’ailleurs ou non, il sait garder le flou autour de ses histoires, et nous laisser pantois quand celles-ci s’achèvent. Les rêves dans la maison de la sorcière s’avère être une parfaite et intense plongée dans l’univers lovecraftien. Si le scénario reste une adaptation, conçue pour la BD, on sent néanmoins, particulièrement par la présence récurrente des bulles récitatives, que l’adaptation colle de près au texte d’origine. Les connaisseurs de la nouvelle trouveront donc dans cet ouvrage une continuité littéraire fortement plaisante, et les autres pourront la découvrir via un angle beaucoup plus graphique, l’univers de Lovecraft. Mais outre la précision dans le scénario, c’est toute la BD qui porte l’esprit de l’auteur américain. Des dessins jusqu’au flou sur certains points narratifs, on est plongés, du début à la fin, dans cette histoire, et on découvre ou redécouvre la pâte si particulière, le monde si étrange de Lovecraft.

Illustration de Patrick Pion
Illustration de Patrick Pion

Des mondes

Si le scénario est particulièrement juste et se révèle être une très bonne interprétation, les dessins qui l’accompagnent sont tout aussi immersifs. C’est le ton général de ceux-ci qui nous frappe d’ailleurs en premier lieu. Toute l’histoire se déroule en effet dans une obscurité ambiante, l’ensemble des tons est froid, en déclinaison de bleu, vert, de plus en plus sali et passé… Les rares moments « chaleureux » sont toujours passagers, et ne nous permettent que l’espace d’un instant de retrouver notre souffle avant de reprendre cette course folle vers l’inévitable fin… Mais une autre pause s’opère aussi parfois au fil de la bande-dessinée, mais celle-ci n’a rien de reposante, et ce sont peut-être même les pires : les moments de rêve. Exclusivement crayonnée au début, la coupure entre rêve et réalité est nette et précise. Les dessins non colorisés donc nous dévoilent le contenu des rêves de notre héros. Mais quand la couleur réapparait, la frontière, alors, se voile. Notre esprit alors, devient tout aussi confus que le jeune étudiant. Quand est-il du rêve, de la réalité ? Quel est cet espace-temps aux frontières invisibles ?

Illustration de Patrick Pion
Illustration de Patrick Pion

Les rêves dans la maison de la sorcière s’avère donc être une très bonne adaptation de la nouvelle d’origine. Fidèle à l’univers et aux mystères de Lovecraft, Mathieu Sapin et Patrick Pion ont su donner image et vie à ce texte, tout en gardant leur propre originalité. Une bande-dessinée à feuilleter sous sa couverture, éclairé à la lampe torche, un soir de tonnerre. Effroi et sursauts garantis. Une BD à découvrir très vite et que vous pouvez retrouver aux éditions Rue de Sèvres.

Marie-Lou Monnot

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