La révolte du désespoir avec Michael Kohlhaas

À l’Espace Saint Martial, du 7 au 30 juillet 2016, dans le cadre du festival Off d’Avignon se jouait Michael Kohlhaas, l’homme révolté, tiré de la nouvelle d’Heinrich von Kleist adaptée au théâtre par les italiens Marco Baliani et Remo Rostagna. Le metteur en scène Gilbert Ponté affectionne particulièrement le théâtre-récit, qui jouit d’un plus grand rayonnement en Italie qu’en France, c’est pourquoi il fut séduit par la version italienne du texte d’Heinrich von Kleist. Olivier Favier a réalisé la traduction du texte italien pour permettre à Gilbert Ponté d’interpréter seul l’histoire de cet éleveur de chevaux.

Du minimalisme pour une grande prestation

Seul en scène et sans artifice lumineux, et avec le minimum d’effets musicaux, Gilbert Ponté donne vie à cet homme et à tous les autres personnages qu’il rencontre. Sans accessoires, sans costumes, juste avec son corps, le comédien réussit à nous transmettre son histoire. Le spectacle dure un peu plus d’une heure et on ne s’y ennuie pas une seconde tant sa performance est formidable. Que ce soit dans le mime, dans les mimiques, dans les fluctuations de voix, tout fonctionne. On embarque avec ce Michael Kohlhaas pour une aventure aussi triste que cruelle !

La soif de justice mène à l’injustice

« Jusqu’à sa trentième année, cet homme aurait pu passer pour le modèle du bon citoyen. En un mot, le monde aurait béni sa mémoire sans les circonstances qui l’amenèrent à pousser à l’excès une seule vertu, le sentiment de la justice, et en firent un brigand et un meurtrier. »

© Compagnie La Birba
© Compagnie La Birba

Éleveur de chevaux admiré et reconnu, Michael Kohlhaas se rend à la foire de Dresde pour y vendre ses chevaux mais en chemin, il est victime d’une mauvaise blague de la part d’un baron qui lui demande de laisser en gage ses deux plus chevaux pour le laisser passer. Sauf qu’à son retour, il comprend qu’il s’est fait rouler et que ces deux chevaux ont perdu toute leur superbe par manque d’entretien, ce qui le met hors de lui. Il devient obsédé par l’idée d’obtenir réparation et justice. Malheureusement, le baron a des amis haut-placés et le procès ne sera pas instruit. Frustrée par tant d’injustices, sa femme décide de l’aider en essayant d’intercéder auprès du roi d’Allemagne mais cela entraîne la mort de celle-ci. Devant cette ultime injustice, Michael Kohlhass décide de se faire justice lui-même. Il devient sanguinaire, violent et tue tous ceux qui l’empêchent d’atteindre son baron ! Il devient alors le chef d’une horde de brigands qui tuent, violent et pillent sans retenue en son nom. Il conquiert plusieurs villes, défait une armée et réussit, lui un éleveur de chevaux, à faire peur au roi… Tout le monde lui dit de laisser tomber mais Michael Kohlhass ne le peut pas et mourra pour avoir voulu obtenir réparation et justice pour le « petit » préjudice qu’il a subi.

À l’heure où de multiples attentats ravagent la planète et notamment notre pays, ce spectacle fait du bien ! Tout d’abord, il nous montre d’une façon détournée ce qui peut nous amener à devenir un terroriste, puisque d’homme parfait, Michael Kohlhass finit par détruire, piller des villes et par tuer des innocents dans sa folie vengeresse. Je ne dis pas que ce spectacle donne des excuses aux terroristes modernes mais il explique un des cheminements qui peut pousser à de tels actes. Le parallèle peut également se faire avec les jeunes qui partent faire le Djihad. Ce spectacle nous montre comment au nom d’un idéal, on peut devenir un être pire que ceux qu’on détestait.

Bien loin de prôner un message de révolte, ce spectacle appelle à l’apaisement car au final, Michael Kohlhass regrette ses actes et veut se faire pardonner. Sa mort aussi est une leçon pour bien montrer qu’il ne faut pas tenter à tout prix à se venger. Aujourd’hui, en réponse aux attentats, de nombreuses personnes envisagent de se venger sur des innocents ou rejoignent les extrêmes. Ce spectacle est à montrer dans toutes les écoles pour inciter les jeunes à la retenue et les empêcher de basculer dans la haine, la vengeance et la violence.

Avec Michael Kohlhaas, Gilbert Ponté réalise une performance époustouflante et utilise cette fable pour sensibiliser le public à la mesure.

Jérémy Engler

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