Révoltez-vous avec La Putain Respectueuse de la compagnie Miressance

Quoi que Sartre ait publié La putain respectueuse il y a soixante-dix ans, les inégalités raciales sont toujours malheureusement à l’ordre du jour. C’est pour cette raison que cette pièce est toujours pertinente aujourd’hui – allez en voir la mise en scène d’Elisabeth Chastagnier, pendant le festival d’Avignon Off à l’Espace Roseau, tous les jours à 14h30 (relâche les lundis), avec la compagnie Miressance.

Une mise en scène peut-être pas assez contemporaine ?
Lizzie, une prostituée, est témoin d’une scène de violence de personnes blanches envers deux personnes de couleur. L’un est tué, l’autre s’enfuit, mais est recherché partout parce qu’on voudrait qu’il soit le coupable du meurtre. Lizzie ne veut pas s’occuper de cette affaire, mais elle ne désire pas non plus mentir pour laisser libre le véritable coupable, tout neveu de sénateur qu’il soit.
Ce qui fait la force de ce texte, c’est la vérité des relations entre les hommes, la vulnérabilité de certains et les rapports de force inégaux dans le monde. Sartre s’interroge sur la vertu, et nous montre qu’elle n’a rien à voir avec la richesse matérielle, ou même la respectabilité. D’ailleurs, la dextérité avec laquelle le sénateur Clarke arrive à manipuler Lizzie nous le prouve. Cette scène, qui serait amusante si elle n’était pas terriblement pathétique, est admirablement bien jouée, et laissera le spectateur essoufflé.

©Fabrice Joly

Même si Elisabeth Chastagnier fait visiblement des efforts pour adapter cette pièce à notre époque, en introduisant par exemple un téléphone portable sur scène, on regrette peut-être qu’elle ait suivi Sartre dans l’utilisation du mot « nègre ». Si jouer la pièce aujourd’hui a encore un sens, c’est que sa morale est toujours tristement vérifiable, et que les violences racistes se produisent toujours à notre époque. Le mot « nègre », lui, est archaïque en français, il est trop daté pour être crédible, même employé par des personnes racistes. Ce contraste ne joue pas en faveur de la pièce.
En revanche, on peut admirer les montages photographiques projetés sur scène à la fin de la pièce, qui rappellent les combats des années 1960 pour les droits civiques et la fin de la ségrégation. Ceux-ci sont très beaux, et apportent une touche d’espoir et de possibilité de changement à la fin de la pièce, absente du texte de Sartre.

Mais très originale
Au milieu de ses dénonciations politiques, Sartre nous pose aussi des questions philosophiques. Tout au long de la pièce, le spectateur se demandera sûrement la façon dont lui aurait agit, à la place de Lizzie. Celle-ci nous commande le respect parce qu’elle agit de façon droite, et que si elle est faible, ce n’est pas moralement. Admirablement jouée par Emilie Alfieri, Lizzie devient une femme libre, drôle, digne et attachante, et l’on oublie bientôt son travail de prostituée. Sartre nous invite, au delà des préjugés, à aller chercher l’intimité psychologique et l’intégrité morale de ses personnages.

©Fabrice Joly
©Fabrice Joly

Et cette mise en scène sublime les mots de l’auteur. Lizzie, par exemple, prend une douche au début de la pièce. On la voit, grâce à un jeu de lumières, comme si c’était une ombre. Ce moment, auquel succède un strip-tease à l’envers, est une belle manière d’ouvrir la pièce. Belle, et éthérée par sa représentation en noir et blanc, ces images montrent que la vérité a de multiple facettes, et qu’être prostituée ne veut pas tout dire.

Cette représentation nous invite donc à suspendre nos jugements et nos préconceptions sur les plus faibles.
Une pièce intéressante et intelligente, qu’il faut aller voir ! Nous vous la recommandons.

Adélaïde Dewavrin

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