Rhapsodie aléatoire pour une prestation aléatoire

Créées cette année, Les Scènes du Litterarium nous ont proposé leur premier spectacle au théâtre de la Renaissance d’Oullins lors du lever de rideau du 25 mars 2016. Un lever de rideau est le moyen pour le théâtre de mettre en avant une association ou une initiative culturelle ou théâtrale. Cette fois, c’est Le Litterarium, association étudiante de l’Université Lumière Lyon 2 qui a eu la chance de s’y produire.

La promotion de l’expression littéraire étudiante

Ayant pour but de promouvoir la littérature et la création littéraire étudiante, Le Litterarium propose plusieurs activités, un quiz littéraire décalé au Gnome du Rhône, des veillées poétiques à l’université, ouvertes à tous, lors desquelles des étudiants viennent lire leurs poèmes autour de cookies dans une ambiance jazzy. Outre ces activités, il propose également un concours d’écriture de nouvelles à destination des étudiants de Lyon 2 sur le thème du voyage dans le temps. Le Gazettarium, leur journal littéraire, offre une tribune à ses membres pour parler de littérature avec un grand L ! Dernier né de cette association qui fourmille de projets, Les Scènes du Litterarium donnent la parole à des étudiants pour qu’ils investissent l’espace théâtral en quête d’identité, de sens ou de place dans le monde…

©Jérémy Engler
© Jérémy Engler

Des textes étudiants de grande qualité

Un spectacle de 40 minutes, 9 étudiants, 3 auteurs. Valentin Roche, le metteur en scène et responsable des Scènes du Litterarium a écrit la majorité des textes qui ont été sélectionnés par chacun des membres comme il l’a confié dans l’interview qu’il nous a accordée. Alexandre Boutard et Sarah Chovelon l’ont épaulé dans cette tâche avec un texte chacun, respectivement Le Padam parisien et Souriez, une inconnue vous adore. Tous les textes sont de grande qualité, les étudiants lyonnais ont du talent à revendre et nous espérons que d’une manière ou d’une autre, les textes déclamés lors de ce spectacle seront disponibles à la lecture, car il serait dommage de ne pouvoir apprécier de nouveau ces petits bijoux. Le texte Souriez, une inconnue vous adore est d’une incroyable beauté et élégance dans sa façon d’exprimer son amour pour un inconnu et marque un vrai moment de tendresse au milieu de ce spectacle. Le texte d’Alexandre Boutard sur le métro parisien tout en assonances, nous plonge dans l’enfer du métro parisien. Les assonances, parlons-en, la difficulté pour un texte est de trouver une voix pour le porter… si plusieurs comédiens n’ont pas écrit, leurs voix épousaient parfaitement les poèmes, ainsi Mathias Charpentier nous livrait une interprétation de Rosir un peu gorgée d’émotions, Arthur Lebraud nous transportait de l’orgueil à la perte de repères avec le texte Je sais, tandis que Louis Bataillard nous surchargeait d’émotions avec le texte Pardonner ma vie, dit dans une posture imposante et sobre mais d’une voix grave de sens… Séverine Briot, qui a ouvert ce spectacle, nous a montré avec un jeu décomplexé, interactif avec le public et débordant d’énergie comment avaler et faire vivre le monde avec Le mangeur du Monde. Grégory Parreira lui s’est livré à une interprétation forte de Panorama nocturne. Enfin, dans un jeu sobre et efficace, Léonore Boissy a interprété Chaque fois.

©Jérémy Engler
© Jérémy Engler

Une mise en scène hésitante

Perturbée par l’absence d’une comédienne et par le manque de répétitions, la troupe a connu quelques soucis d’enchaînement. Globalement la qualité des textes et de l’interprétation contrastait avec un manque de rythme. Les transitions entre chaque texte n’étaient pas assez élaborées voire inexistantes, rendant l’ensemble fragile. De plus, certains textes ou jeux annoncés sur le programme semblent avoir été occultés de la représentation et pas seulement à cause de la personne absente. Si chacun connaissait son texte, les interactions entre les comédiens n’étaient pas assez travaillées, occasionnant un problème de rythme. Toutefois, pour pallier cela, le fait de représenter sur scène le metteur en scène donnant des indications à ses comédiens permet de gommer quelque peu ce problème. La musique jouée au piano qui accompagnait certains textes était également une bonne idée et offrait un changement de tonalité appréciable, tout comme les trois chansons chantées par Sarah Chovelon dont la voix a capella et le jeu donnaient un second souffle au spectacle. Mais il est dommage qu’elle seule ait chanté les trois chansons. Changer de voix aurait peut-être permis d’intégrer plus de rythme, tout comme les textes qui étaient toujours dits par une seule personne. Les textes et le jeu sont intéressants mais auraient peut-être mérité un travail à plusieurs voix pour dynamiser le spectacle et régler ce problème de rythme.

Pour une troupe de tout juste 6 mois, qui a peu répété et à qui il manquait une personne, le résultat est vraiment prometteur et gageons qu’avec plus de temps de préparation et une meilleure organisation en amont du spectacle, leur prestation sera d’excellente facture. Donc n’hésitez pas à aller les retrouver le 11 juin au théâtre de la Renaissance, cette fois-ci, sur la grande scène, pour un second spectacle qui aura sûrement gommé ces quelques défauts et promet donc d’être exceptionnel.

Jérémy Engler

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