Un Richard III peu convaincant

À l’Alizé dès 22h45, on peut voir l’adaptation de Richard III par la compagnie La Troup’ment, tous les jours du 7 au 30 juillet (relâche les 12, 19 et 26 juillet). Cette création Avignon Off, d’une durée de 2h20 avec entracte laisse perplexe.

C’était pourtant bien parti…

Lorsque l’on arrive devant la salle, on se retrouve devant le rideau rouge de velours fermé. Les spectateurs s’installent et commencent à patienter. Soudain, entrant par une porte de sortie, à l’arrière de la salle, le premier comédien apparaît. Il interprétera le rôle de Richard III. Cette entrée est tout à fait réussie, inattendue et originale, en partie grâce à un fond sonore grinçant et un brouillard ambiant, projeté dans la toute la salle par une machine. L’effet de mystère est prenant. Puis le rideau s’ouvre, dévoilant la scénographie. Elle nous plonge dans un univers gothique et angoissant, dans une gamme de couleur très sobre : du noir, du blanc, du rouge. Le sol en damier semble dessiner des lignes qui emprisonnent les personnages. On peut aussi voir des fauteuils surplombés de lampes à dentelles blanches qui projettent une lumière bleuâtre, blafarde. Même si cette scénographie est assez lourde, surchargée (jusque dans les costumes des personnages, dont les chaines se coincent dans les accessoires) elle installe l’ambiance clairement et fonctionne assez bien. Les lampes au dessus des fauteuils permettent d’éclairer les visages des comédiens par-dessus, déformant les différents visages avec des ombres, dramatisant les expressions, dans une pose de juges hiératiques et intransigeants. Ce choix artistique baroque est assez intéressant : c’est comme si, au lieu de nous présenter Richard comme un être laid, elle nous présentait le monde qui l’entoure comme difforme. Ce parti pris questionne la cruauté et l’horreur du caractère de Richard III : et si ce n’était pas tant lui, le fou, mais tout simplement le milieu dans lequel il évoluait qui était immoral, grossier, chaotique. La scénographie et les décors sont sombres, outranciers, lourds, à cette image, peut-être ? Tout y crie à la tragédie…

© avignonleoff.com
© avignonleoff.com

Un angle d’interprétation … aigu ?

Tout crie… y compris les comédiens. S’agit-il, là aussi d’une esthétique de jeu ? Est-ce là la seule compréhension des personnages qu’on pu avoir les comédiens en travaillant le texte ? Expliquons-nous. Malheureusement pour le jeu d’acteur, tout le texte est joué sur les moments forts. Dans les moments tragiques, comme dans les moments plus légers, les comédiens jouent sur le même ton, déclament à force de voix, à coup d’inspirations appuyées. Le rythme en devient monotone, et rapidement ennuyeux. Ensuite la mise en scène oscille sans cesse d’un registre à l’autre, entre comédie burlesque, absurdité totale ou encore mélodrame larmoyant. Cette esthétique de l’outrance montre les « grosses ficelles » du théâtre, chères à Ionesco, et pourquoi pas… mais tout de même, un peu de nuance serait bienvenue. Ici, on passe du rire gras à l’ennui le plus total en quelques secondes, ce qui est fort dommage. Au lieu de nous tirer au sublime, comme ce genre de technique pourrait le faire en nous faisant éprouver des sensations aussi opposées en aussi peu de temps, cette pièce nous laisse perplexe, incapable de se plonger dans la pièce ou de nous attacher aux personnages. On ne comprend pas clairement l’intrigue, à cause des nombreuses coupes, et entre les improvisations, les mélanges de registres et l’entracte qui nous montre les comédiens sortant de leurs personnages, nous n’en sommes que plus perdus, et troublés. C’est peut-être d’ailleurs ce que la compagnie à voulu faire : nous désarçonner, nous choquer aussi… Mais est-ce là, vraiment, le seul crédit que l’on peut prêter à Shakespeare ?

Pour cette interprétation de Richard III, on déplore quelques choix de mise en scène et de jeux qui ne s’adaptent pas assez harmonieusement avec une pièce aussi dense. On note néanmoins que la compagnie se débrouille nettement mieux avec le registre comique, dans lequel elle déploie une bonne énergie et une grande créativité. Peut-être y a-t-il là matière à creuser ?

Margot Delarue

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