Richard III : Un Shakespeare électro pop

Du 17 au 20 mai dernier se jouait au Théâtre des Célestins Richard III, une tragédie de Shakespeare mainte et mainte fois reprise. Après l’avoir découvert avec Dominique Pinon dans le rôle-titre il y’a deux ans ou encore avec Ostermeier cet été à Avignon, c’est maintenant au tour de Thomas Jolly et sa troupe d’en reprendre les reines.  Entre tragédie et comédie, sous des vagues électriques aux accents oniriques, cette famille-là sait s’y prendre pour raconter les grandes histoires… Richard III est la fin d’une aventure, aussi bien dans la fiction que dans la réalité. L’apogée de la guerre, la fin d’un roi.  Mais c’est aussi et surtout, le début d’un prince du théâtre.

©Nicolas Joubard
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Son royaume, le théâtre

Thomas Jolly, c’est un peu le Xavier Dolan du théâtre. Un jeune homme au talent fou, qui navigue sans difficultés entre classicisme et pop culture. Thomas Jolly, et la Piccola Familia, c’est le sublime des grands tragédiens. Des voix, des corps qui vous emportent. Une puissance qui révèle, dévoile chacun des mots et des idées de Shakespeare. Mais c’est aussi la simplicité d’un Disney, avec des méchants, très très vilains et aux costumes extravagants. C’est aussi le bonheur des comédies musicales, qui vous font taper des mains et danser sur votre siège. Leur théâtre, c’est un melting pot de tout cela. Un joyeux mélange, recouvert de milles et unes astuces théâtrales. Avec la Piccola Familia, des projecteurs deviennent des caméras domestiques, des fuseaux de lumière, une prison.  Le public, lui, devient un personnage à part de la pièce : confident ou peuple en colère, le lien scène-salle n’est jamais rompu.  La musique est elle aussi un autre personnage, discret pour l’ambiance ou royalement imposant d’autre fois. Elle rythme le spectacle, lui donnant, aidée bien-sûr des décors robotique, cette ambiance électronique. Cet art, cette touche si particulière, ils la façonnent depuis leur première création, Arlequin Poli par l’amour, mais c’est avec Henri VI que la troupe a pu véritablement faire éclore leur talent. Ce pari incroyable de monter une œuvre si grande, ils l’ont emporté haut la main. Treize heures de spectacle, treize heures d’inventions et de talent. Et quitte à monter Henri VI, pourquoi ne pas monter sa suite, Richard III pour ainsi faire au complet, fait rarissime, la première tétralogie de Shakespeare ?  Avec ces quatre chapitres, ces quatre histoires qui se suivent et se font écho, Thomas Jolly a su redonner à Shakespeare le contemporain, notre contemporain. En lui donnant les attributs de notre époque, en le faisant résonner avec notre propre histoire, le metteur en scène parvient à s’adresser tout aussi bien aux passionnés qu’a ceux qui viennent au théâtre pour la première fois.

©Nicolas Joubard
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Acteurs au cœur, texte au corps

Si Thomas Jolly s’avère donc être un metteur en scène en pleine ascension, il nous ébloui par ses talents de comédien avec son interprétation de Richard III. Tellement impressionnant qu’on peine même à la reconnaitre au début. Sa performance est purement et simplement époustouflante. Son Richard est un jeune homme malheureux, abandonnée et rejetée par tous. Si d’autre l’interprète comme un fou profondément malsain, on sent avec le sien un profond désespoir. L’époque dans laquelle il vit, le pouvoir qu’il possède, vont le faire évoluer jusqu’à ce que sa monstruosité physique ne dévoile une monstruosité de cœur bien pire encore… L’être qu’il nous dépeint est profondément complexe, et ses différentes facettes sont définies dans le moindre détail.  Mais il n’est pas le seul à nous emporter au cœur de cette histoire. Toute la troupe est à son niveau. Quand bien même chacun des comédiens est amené à jouer plusieurs rôles.  Du tragique au comique, de l’ennemi à l’amant, tout file et passe sans même qu’on s’en aperçoive. Seul petit bémol pour les enfants, qui malgré leurs désirs et leurs énergie évidente, nous éloigne quelque peu de la pièce par leur jeu, naturellement, encore trop formaté. Mais quelle tâche difficile, il faut l’avouer, que de montrer des rôles d’enfant sur scène…  Et si tout cela file si bien, c’est en partie aussi grâce à l’adaptation et la traduction réussi du texte original. Julie Lerat-Gersant et Jean-Michel Déprats ont su magnifier le texte, en le modernisant tout en gardant ces lettres de noblesse.

©Nicolas Joubard
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La Piccola Familia nous emporte donc durant les quatre heures que dure le spectacle. Entre rire et émotion, notre cœur est conquis, et on passe un moment magique avec cette troupe. Entre blockbuster, film d’auteur, et Disney, se cache le théâtre de Thomas Jolly. Un théâtre cinématographique, à l’accent de très bon divertissement et aux multiples inventions théâtrales. Tout cela portés par des acteurs incroyables entourés de techniciens qui le sont tout autant. Une joyeuse famille qu’on aimerait retrouvez plus souvent, et dont on attend avec impatience le prochain rendez-vous. Et pour ceux qui n’auraient pas la chance de voir le spectacle en chair et en os, sachez qu’il existe une adaptation filmée que vous pouvez retrouver ici.

Et pour ceux qui l’aurait déjà vu, et bien voilà une bonne occasion de le revoir. Pourquoi ne pas se faire plaisir… une seconde fois ?

Marie-Lou Monnot

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