Rites de la compagnie Propos, Une conférence dansée, entre plaisir immédiat et culture

Le Toboggan de Décines accueillait ce 16 janvier 2015 Rites, un spectacle crée il y a de cela deux ans, déjà joué à la Maison de la Danse l’an dernier où il avait déjà été largement plébiscité. Rebelote cette fois encore, avec une salle comble et comblée de plaisirs ! Une conférence sur la danse, expliquée par cette dernière, on n’en voit pas tous les jours, et on en redemanderait presque…

Une conférence éducative

C’est en effet ce qui nous est annoncé dès les premiers instants du spectacle par le chorégraphe, Denis Plassard, dans sa rapide introduction. Ce soir, vous ne verrez pas un ballet, classique ou contemporain. Non, ce soir, l’enjeu est tout autre, et se résume de la sorte : faire découvrir les danses, les nouveaux rites de notre société actuel. Ce soir donc, c’est une panoplie de « danses traditionnelles contemporaines » qui nous est proposée et expliquée. Les membres de la compagnie ont parcouru la France entière, mais aussi une partie du monde, à la recherche de nouvelles pratiques cultuelles. Les enjeux sont différents pour chacun de ses rituels, pour chacun des milieux aussi. C’est un véritable melting-pot de danses, de cultures qui est amené sur scène, toujours dans la joie et la bonne humeur et avec un regard parfois quasiment anthropologique. L’idée est là : montrer les multiples facettes des danses qu’on pourrait qualifier de populaires car non représentées sur une scène classique. Pour aider à la tâche, le chorégraphe va, tout au long de la pièce, prendre la parole pour expliciter ce que mettent en action les danseurs derrière lui. Il devient notre guide, nous informant sur l’origine de ces danses, sur les raisons de leurs réalisations et par qui elles le sont.
La parole, sous différentes formes, est présente depuis le début du travail du chorégraphe lyonnais. Ici, elle devient d’une part parole scientifique, à travers le rôle du conférencier, et d’autre part théâtrale, avec quelques brefs moments joués.
Au final de cette pièce, mêlant humour et affirmations sérieuses, nous apparaît un champ de danses possibles, un panorama dont on avait, pour la grande majorité tout du moins, aucune conscience. Le spectateur est tantôt interloqués, tantôt subjugué par ces gestualités parfois très particulières. Il passe un drôle de moment, plein de découvertes, d’apprentissages, tout en n’oubliant jamais de s’amuser et d’admirer les performances physiques des danseurs.

© Christian Ganet
© Christian Ganet

Des danses, encore des danses !

Le spectacle est donc comme nous l’avons dit, éducatif, et relève d’un véritable travail documentaire. Et la qualité de ces recherches ne défaillit pas face au nombre incroyable de danses et de rituels qui nous sont proposés là.
En premier lieu, une recherche sur les différentes formes de regroupement nous est proposée, du carré au cercle, plus « traditionnel ». Dans cette catégorie, on découvre par exemple la Quadrille revisitée et dansée par les étudiants de l’INSA de Lyon qui donnent drôlement envie d’aller y faire un tour… Les danses en cercle sont ensuite décortiquées avec une liste de Scottish revisités elles aussi : le reggae ou la régimentaire par exemple. Le cercle de la fin des temps nous est également montré, avec des danseurs qui marchent à reculons, contre le temps pour revenir à un état primitif. On trouve également quelques perles comme la Valse de plancher, une valse effectuée… au sol ! Ou encore la Psy-Danse de couple. Forme nouvelle de thérapie… La Tarentelle de paternité est elle aussi plutôt cocasse. En Italie, durant l’accouchement de leurs femmes, les hommes se retrouvent dans une salle dédiée à cette danse et dansent encore et encore. L’objectif ? Que le danseur soit aussi épuisé que sa femme. Dans un autre genre, d’autres danses arrivent dans des milieux sociaux particuliers, comme la fameuse Vrpe, ou encore la Tridanse, dont la finalité est de classer via la danse les membres d’une entreprise en fonction de leurs hiérarchies. D’autres sont plus sérieuses, avec la danse rituelle de résistance et de perturbation du réel par exemple. Les danseurs de ce groupe se retrouvent dans des files d’attente, et dansent, sans musique autre que celle qui provient de leurs casques, travaillant sur des mouvements issus du quotidien. Un groupe aux gestes symboliques forts se retrouve face à un public qui le devient malgré lui et qui ne sait pas toujours comment réagir…

En plus de tout cela, il faut noter que la musique – une création originale – qui accompagne le spectacle est particulièrement efficace. Sans surplus, elle nous importe en quelques notes dans la multitude d’univers proposés par Denis Plassard et sa compagnie. Une vraie réussite.

Ce spectacle mêle donc des rites tout aussi hétéroclites les uns des autres, avec des contextes politiques et sociologiques qui le sont tout autant. Un spectacle brillant sur tous les points, et qui en plus de cela, nous permet de nous coucher un peu moins bête. Que demander de plus? Et pour les curieux qui aurait manqué le spectacle mais qui aurait malgré tout envie de découvrir ou de visualiser les danses citées plus haut, le site du spectacle vous accueillera bien volontiers en vous retraçant avec plaisir ce qui se joue sur scène ! Et c’est à voir sur le lien suivant: http://rites.compagnie-propos.com/

Marie-Lou Monnot

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