Un roman sur les traces d’un jeune peintre pendant la Première Guerre Mondiale

Guerre et Térébenthine est le cinquième et dernier roman de l’auteur Belge-flamand Stefan Hertmans. Paru en octobre 2015, il dépeint l’histoire d’un homme rassemblant les témoignages de son grand-père afin de faire partager son histoire et ses traumatismes de la Première Guerre Mondiale. Dans le cadre des Assises Internationales du Roman de Lyon, Stefan Hertmans sera présent pour deux rencontres à la bibliothèque Paul Eluard de Vaulx-en-Velin (le jeudi 26 mai 2016) et au Musée des Beaux-Arts de Lyon (le vendredi 27 mai 2016) ainsi que pour une table ronde au côté de Christophe Boltanski et Lydie Salvayre sur « L’art du Portrait » aux Subsistances. 

Un roman découpé de manière intéressante

Contrairement à certaines biographies que nous pouvons lire, celle-ci est sectionnée en trois grandes parties, comme si la vie de son grand-père, Urbain Martien, avait pu être coupée en trois évènements marquants ; ou plutôt un seul en fait, la guerre de 14-18. Le roman nous dévoile tout d’abord le souvenir que l’auteur a de son grand-père, puis la démarche de lecture du « journal » de son grand-père pour au final nous faire partager l’enfance de ce peintre à Gand jusqu’à la guerre. La guerre entame et clôt la deuxième partie du roman. Elle montre le passage à l’âge adulte dans une société où l’âge de l’adolescence n’était pas un fait ; à l’âge où l’enfant était déjà considéré comme un « petit adulte ». On découvre ensuite la vie post-guerre, ponctuée d’une nouvelle péripétie : l’amour passionnel et la peinture.

Malgré tout, l’histoire reste aisée à suivre, car elle est ponctuée d’espace, de photographies, de tableaux, comme pour laisser aux lecteurs des temps de silence, de créer les liens de l’histoire.

Ce roman, Guerre et Térébenthine, se classe donc entre le récit historique, la biographie familiale et le récit poétique d’un amour perdu. 

Urbain Martien, un peintre touchant

A14633Le lecteur découvre donc la vie tumultueuse d’Urbain Martien, Belge-flamand né en 1891 et mort en 1981. Ses dates nous laissent supposer l’histoire d’un homme enfermé entre deux temps, dans un monde en plein bouleversement, marqué par deux guerres, la mondialisation, le développement des technologies, de l’industrialisation, de l’urbanisation, etc. Elle nous permet également d’essayer d’entrer dans certains souvenirs d’un quotidien assez sombre dès la jeunesse, passant du point de vue de l’auteur à celui de son grand-père.

La partie traitant de la guerre de 14-18 est racontée directement par Urbain Martien, grand-père de Stefan Hertmans, afin de nous permettre une meilleure compréhension de l’histoire et un rythme plus animé. Cet homme touche le lecteur notamment par son courage. Celui de revenir de la guerre certes, mais aussi celui de surmonter la mort de l’être aimé, Maria. Elle permet également aux lecteurs de se rendre compte de la force de M. Martien qui grâce à sa foi et sa religion traverse toutes ses épreuves.

Une écriture aux multiples facettes, une performance admirable pour Stefan Hertmans

Pour un lecteur découvrant cet auteur à travers ce roman, il sera surpris par la qualité d’écriture de Stefan Hertmans qui repose tout d’abord sur la fluidité du roman. Les passages s’enchaînent avec une facilité assez déroutante, tant les pages défilent aisément. Certains extraits, très descriptifs, permettent aux lecteurs de se rapprocher des personnages et de leur vie. La toute première « scène » de ce roman est d’ailleurs un passage descriptif nous permettant déjà de mesurer le respect que ressent Stefan Hertmans pour son grand-père. C’est le tout premier contact que le lecteur a avec Urbain, et c’est un contact assez fort, assez solennel tout en restant assez léger de par le souvenir et le décor marin. Il laisse déjà percevoir l’alternance des tons dont fait preuve tout le roman, oscillant entre rigidité historique, horreur de la guerre, froideur de la mort et poésie de la peinture.

Ce cinquième roman de Stefan Hertmans est un livre intéressant, qui pousse les lecteurs à des réflexions aussi bien historiques et sociales qu’intimes, leur offrant de surcroît un moment touchant de détente et d’art.

Camille Pialoux

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *