Russel Banks nous propose de découvrir les histoires tristes des membres de la famille

Un membre permanent de la famille est un recueil de douze nouvelles de Russel Banks, qui ont essentiellement pour décor la Floride ou le Nord de l’état de New York. Cet auteur américain, né le 28 mars 1940 à Newton dans le Massachusetts, sera l’invité de la Villa Gillet au théâtre de la Croix-Rousse à 20h le 12 janvier* pour un entretien autour de son oeuvre très abondante qui manifeste l’ambition d’être l’historien de son temps, de nous transcrire « comment on vit en Amérique ».

Un enseignement de la vie aux Etats-Unis

Au cours de la lecture de ces nouvelles, on va à la rencontre de différents personnages qui, confrontés à des situations très diverses, ont pratiquement tous un point commun : ils ne sont pas heureux dans leur vie, ils sont souvent seuls. Au fil des pages on rencontre des oubliés, des chômeurs, des veufs, des isolés, la mort est également très présente. Tous vivent des drames pour certains d’entre eux violents. A l’exception d’un seul, un artiste, le plus brillant de tous, lauréat d’un prix prestigieux mais qui sera dans l’impossibilité de partager ce moment de bonheur avec ses « amis » de toujours qui ne lui témoignent que de la jalousie et du ressentiment.
Dans chaque nouvelle, la tension est palpable, qu’il s’agisse de l’histoire du vieil homme sans le sou qui va presque être arrêté par ses fils policiers, de l’ex-mari qui à l’occasion de Noël est invité chez son ex-femme et rôde dangereusement dans toute la maison, on se demande alors s’il ne va pas s’en prendre à l’enfant qu’elle vient d’adopter avec son nouveau compagnon. C’est aussi ce père de famille qui raconte la mort de sa chienne «Sarge » véritable drame familial. C’est encore cette pauvre femme noire qui a économisé chaque dollar pour s’acheter une voiture et qui va mourir dans le parc d’exposition dévorée par un pitbull parce qu’elle a été oubliée là….

Un recueil pessimiste sur le genre humain mais à la fois si réel

Les personnages qui se succèdent souffrent, ils sont tristes, les relations sont décevantes, il semble qu’ils n’ont pas droit au bonheur. Le lecteur les suit au fil des pages en espérant pour certains qu’ils vont finalement pouvoir s’en sortir, mais lorsque qu’arrive la chute ce n’est pas le cas. Dans certains récits, les protagonistes se délectent de mensonges pour rendre leur histoire encore plus glauque, mais avant tout ils semblent se mentir à eux-mêmes. C’est un condensé de désespérés de la vie.

Une éclaircie, un sourire pour le lecteur tout de même

Un arc en ciel au milieu de ce monde « brutes », une certaine émotion lorsque l’on apprend que les battements d’un cœur transplanté sont écoutés par la femme du donneur. C’est un si beau geste qui prouve que l’homme n’est pas toujours si mauvais.
Un sourire enfin, une pointe d’humour, lorsqu’une veuve découvre que les cendres qu’on vient de lui remettre ne sont pas celles de son époux décédé ! Avec le soleil de la Floride, elle semble bien supporter cette épreuve !

Un coup de cœur pour la 12ème nouvelle « La Porte Verte »

C’est l’histoire de ce barman qui a servi un client pendant tout l’après midi, qui lui a fait la conversation et qui va le retrouver en mauvaise posture lorsqu’il termine son travail et qu’il sort du parking avec sa voiture. Ce fameux client est en train de se battre avec deux autres hommes. Ces derniers vont alors sortir des couteaux et tuer cet homme sous les yeux du barman sans que ce dernier, resté dans sa voiture, lève le petit doigt pour lui venir en aide. Edifiant ! Mais tellement à l’image de notre monde d’aujourd’hui qui rime avec violence et indifférence. Triste constat, triste réalité !

Les éditions Actes Sud indiquent que «  les douze nouvelles qui composent ce recueil sont très attendues car l’auteur n’en a pas publiées depuis quinze ans ». Je ne connaissais pas Russel Banks et j’avoue avoir été conquise par cette lecture. J’ai été très émue par certains personnages. Bien qu’il s’agisse de citoyens américains, on y retrouve beaucoup de similitudes avec la société dans laquelle nous vivons. La solitude, la souffrance, l’indifférence, le désespoir sont quasiment présents à chaque page. Un recueil qui devrait pousser à réfléchir sur le monde dans lequel nous vivons et qui est le plus souvent si laid.

Marie de Kako


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