Sacré Printemps dans un contexte pas toujours rose…

Les 5 et 6 novembre, au Toboggan de Décines, en partenariat avec la Maison de la Danse de Lyon, se joue le spectacle Sacré Printemps, la nouvelle création par la compagnie Chatha, dirigée par Hafiz Dhaou et Aïcha M’Barek. Ce titre est un hommage au Sacre du Printemps de Stravinsky pour la musique déconstruite qui rythme ce spectacle de danse contemporaine mais aussi et surtout au Printemps arabe.

Une révolution culturelle en mouvements et en figements

Comme évoqué lors d’une rencontre avec Hafiz Dhaou et Aïcha M’Barek, le but de la compagnie Chatha est de faire le pont entre la France et le Maghreb, et plus particulièrement la Tunisie. La Tunisie est le premier pays à avoir entamer sa révolution entre 2010 et 2011. Cette révolution appelée par les tunisiens « la Révolution de la dignité » est le socle de ce spectacle. Bien loin de faire de la politique, la compagnie Chatha essaie simplement de faire passer les émotions que le peuple tunisien a pu ressentir pendant et après le Printemps arabe. Il n’y aucune prise de position polémique sinon celle de vouloir exister et de vivre libre. D’ailleurs le spectacle s’ouvre dans la pénombre avec une chanson sur la liberté, à la fin de laquelle les danseurs apparaissent sur scène. La chanson, tout comme la Liberté, les a appelé à s’animer. Ainsi, pendant près d’une heure, les 7 danseurs présents sur scène ne vont plus s’arrêter de danser. On sent une grande énergie et une osmose se dégager de ses danseurs. Ils vont dans la même direction, faisant les mêmes gestes, de jets de pierres pour montrer les combats qui ont pu avoir lieu, se tenant la tête soit pour ne pas voir ce qui se passe ou alors pour montrer qu’il se passe trop de choses et qu’il est difficile de résister à cet élan populaire. Les danseurs se séparent rarement même si parfois, ils ne vont pas tous au même rythme, pour montrer que chacun interprète la révolution différemment, chacun vit son propre combat et sa propre révolution au sein du groupe. Parfois, ce groupe se divise, un personnage est pris à partie par le reste du groupe ou alors s’extirpe lui-même du groupe pour mieux se mettre en avant et donc mieux représenter le groupe. Aucun nom ni aucune parole ne sont données, tous sont des anonymes qui s’expriment avec un corps sans cesse en mouvement qui traduit leurs émotions. Par opposition à ses 7 danseurs qui passent leur temps à se mouvoir, 32 mannequins en cartons peints sont présents sur scène. Les danseurs évoluent autour d’eux et les déplace parfois mais jamais ne dansent avec eux. Ils font partie de la révolution mais n’y prennent pas une part active, ils les regardent. Alors que les danseurs sont en couleurs, eux sont en noirs blancs. Bien que Dominique Simon, l’illustrateur lyonnais qui les a dessinés leur ait donné des visages très expressifs et des postures évocatrices, ils semblent fades parce qu’en noir et blanc et figés. Ils semblent passifs devant ce qu’il se passe sous leurs yeux. On peut alors les voir comme des témoins silencieux de la révolution ou alors comme des victimes de la révolution qui regardent leur compagnon prendre leur place et se battre pour eux et pour leur pays.

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Un message de paix et d’espoir dans un contexte morose

Comme nous le disions la musique est souvent oppressante, et déconstruite comme pour nous rappeler la violence des combats mais aussi les difficultés de l’après-révolution. Renverser un régime amène à penser à un nouveau gouvernement pour lui succéder et on a bien vu après le Printemps arabe que certains pays avaient des difficultés à établir un nouveau régime stable. En dansant presque toujours ensemble et surtout en rejoignant les mannequins qu’ils placent sur le devant de la scène à la fin du spectacle, la compagnie souhaite nous montrer qu’ensemble, tout est possible. Il ne faut pas baisser les bras, ne pas oublier ceux qui sont tombés ni ceux qui n’ont pas participé aux combats. Tous sont importants, les morts et les vivants car c’est ensemble qu’ils pourront construire ce gouvernement de « dignité ». Aujourd’hui, bien que le Printemps arabe soit terminé, les révoltes ne se sont pas arrêtées. De nombreux pays ont suivi l’exemple de la Tunisie et le dernier en date est le Burkina Faso qui est actuellement en phase de transition gouvernementale. Le spectacle Sacré Printemps s’inscrit donc parfaitement dans ce contexte politique et ne donne pas de leçons mais rappelle qu’une révolution quelle qu’elle soit doit se construire ensemble. Personne ne doit être laissé de côté.

Ce spectacle est un message d’espoir, qui veut montrer que le Printemps arabe n’a pas été inutile et qu’aujourd’hui, on peut danser sur ce thème et appeler tout le monde à se rassembler autour de la danse et de la liberté.

Jérémy Engler


Ne manquez pas ce jeudi 6 novembre, la rencontre en bord de scène avec la compagnie à l’issue de la représentation.

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