Sangre : une vengeresse Talen-tueuse

Arleston, le scénariste de Lanfeust sera présent au 44ème Festival international de la Bande-Dessinée… Mais aujourd’hui, nous ne parlerons pas de Lanfeust – l’historique de la saga serait trop vaste pour essayer de saisir toute l’essence de l’œuvre en un article ; et beaucoup connaissent déjà Lanfeust, sans qu’il y ait besoin d’y consacrer un article. C’est alors pour nous l’occasion idéale de parler de Sangre, sa nouvelle saga, toujours éditée chez Soleil, et avec Floch au dessin.

Sangre, une Beatrice Kiddo ou Lady Snowblood française ?

© Soleil / Floch / Arleston
© Soleil / Floch / Arleston

Sangre, le personnage éponyme, profite d’une séance où elle torture un homme pour nous expliquer son histoire. Enfant, elle accompagnait la caravane de ses parents vignerons jusqu’à la ville quand, lors d’une livraison, la famille se fit attaquer par les « écumeurs ». Les écumeurs sont une bande de sept (ou huit ?) pillards, assassins et esclavagistes. Sangre, âgée de cinq ans, a assisté au massacre de son frère, de son père, et de toute une caravane. Elle sera recueillie par des pirates, puis confiée à une école religieuse, destinée originellement à la bourgeoisie. Chassée rapidement de l’établissement à cause de ses jeunes camarades bourgeoises, elle se découvre le « talent », capacité particulière qui lui permet de figer, quelques secondes, le temps, en échange d’heures ou de journées de cécité. Elle se servira de ce pouvoir pour survivre dans la rue, et surtout, planifier sa vengeance, sans que la marque sombre, une malédiction qui se nourrit de la rage de la jeune fille, ne la domine.

On retrouve un schéma : celui de la Mariée de Kill Bill, elle-même inspirée du manga Lady Snowblood de Kazuo Koike. La Mariée possède son expérience de tueuse à gages pour se venger, Yuki de Lady Snowblood bénéficie d’une formation de bretteuse d’un maître du sabre, ainsi que de la volonté de sa mère (qui ne l’a fait naître que pour la venger de son viol et de la mort de son mari). Sangre comptera sur son « Talent », qu’elle maîtrise mieux que beaucoup de maîtres, et de Loup, son loup, qui la défendra et la guidera dans ses moments de cécité. Comme dans Kill Bill, l’orientation du scénario semble être la vengeance, sa nature, ses limites et ses dangers. Comme dans Kill Bill, on espère voir les meurtres de chaque assassin, et chaque tome de Sangre porte le nom d’une de ses cibles. Mais contrairement à Kill Bill, l’univers n’est pas notre monde contemporain.

Une planet-fantasy à suivre

© Soleil / Floch / Arleston
© Soleil / Floch / Arleston

S’il y a un point commun à trouver avec Lanfeust, c’est le genre de la planet-fantasy. La série se veut assez grave, n’est pas orientée humour, et distille à chaque page de nombreux concepts propres à cet univers. On parlera des « nœuds », des portails spatiaux qui permettent le voyage instantané d’un lieu à l’autre, portails générés par des « Ligats », qui ont pour fonction de maintenir ces portails ouverts à l’aide de runes gravées sur leurs ongles qu’il faut manipuler comme il faut.

On soulignera aussi la majesté des décors et du bestiaire : les écumeurs chevauchent des drapaces, sorte de wyvernes croisées avec des aigles ; on est subjugués par la construction de la ville aux accents incas ; et aussi par les caravanes marchandes, aux allures steampunk, sortes de navires portés par des ballons alimentés par des gaz de yacks.

Le dessin porte un propos qui va au-delà de la simple thématique de la vengeance : on assiste au manque de respect qui aboutit à une méfiance de tout individu, à l’injustice sociale qui sape le talent de ceux qui ont le plus fort potentiel, au maintien d’un système corrompu par l’arrivée constante d’argent… Cela va au-delà du dessin : on retrouve ce gout de l’onomastique d’Arleston dans chaque personnage. D’abord avec Sangre, qui a le mot « sang » en évidence dans son nom ; avec Limpide de Castelvermont, limpide comme ses intentions, même si personne ne va contre elle, notamment à cause de sa particule de noblesse… Tout, de la narration, à l’univers, en passant par le scénario, fait preuve d’un soin particulier : et on a envie de voir à quoi aboutira ce sentier de la vengeance.

Au final, Sangre la survivante, le Tome 1 de la saga Sangre, est un très bon Tome 1 dans le sens où il donne envie de lire la suite : les bases de l’univers ont été posées, mais peuvent changer avec une autre planète ; le but est la vengeance, mais on ignore comment elle se traduira dans les faits ; l’héroïne est charismatique, déterminée, et extrêmement talentueuse, mais diminuée par sa marque sombre et son défaut d’élocution… Tout a une identité, on sent que tout a été réfléchi, sur le long terme, et on ne doute pas que cette saga qui s’étirera sur huit tomes saura entretenir la tension et le suspense tout du long !

Jordan Decorbez

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