Sarabande : une rencontre entre Bach et la gravité

Ce mardi 11 avril 2017 s’est déroulé un concert assez unique au théâtre de la Renaissance d’Oullins. Nommé Sarabande en hommage à cette danse particulière très prisée à l’époque baroque, le public assistait à la rencontre entre musique et jonglerie mais aussi entre Jean-Sébastien Bach et la découverte de nouveaux numéros circassiens. Coproduit par le Festival Les Nuits d’étés, le public a donc ainsi pu découvrir trois des six suites pour violoncelles de Bach.

Une triple performance musicale et circassienne.

Pour la programmation de ce spectacle-concert, Noémi Boutin a interprété trois des six suites pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach (1685-1750). Considérées comme des chefs-d’œuvre de la musique pour violoncelle, celles-ci déploient les différentes techniques possibles au violoncelle tout en restant esthétiques à l’oreille. Contrairement à certaines démarches des musiques du XXe siècle comme les musiques sérielles par exemple, le courant baroque garde un aspect mélodique et chantant tout en explorant l’art du contrepoint et les capacités des instruments, que l’auditeur pourra reconnaître avec la richesse des ornements. De plus, l’époque baroque, musicalement, se caractérise par de nombreux contrastes, entre des passages très mélodiques et denses, et d’autres beaucoup plus aériens, entre notes très longues et des enchainements très rapides de notes piquées. Ici, dans les trois suites choisies ; la N’1 en Sol Majeur, la N’3 en Do Majeur et la N’5 en do mineur, on ressent à la fois ces contrastes mais également les codes des suites de danses baroques. Il est assez amusant de noter que, dans la première suite pour violoncelle, il n’y a pas de sarabande lorsque l’on sait que c’est la seule suite pour violoncelle où Bach n’a pas introduit cette danse.

Il est intéressant de voir que si les musiques baroques sont très contrastées, elles n’en délaissent pas moins une unité dans l’œuvre. Cela permet de faire un parallèle avec les techniques choisies par le jongleur Jörg Müller. C’est donc de cette manière que celui-ci nous offre trois prestations différentes sur un même fil conducteur : l’équilibre. Lors de la première suite, on le voit donc réaliser un numéro avec une bougie (sur une sorte de perche). On se rend compte qu’il y a un réel lien entre l’exécution du numéro et l’interprétation de la suite pour violoncelle. Ce lien devient de plus en plus fort jusqu’à arriver à son apogée lors de la suite n’5 en do mineur, lorsque Mme Boutin joue sur une planche suspendue et que M. Müller joue avec cette nouvelle gravité selon les lignes de la suite.

Un spectacle poétique tout en sobriété.

Lorsque le spectacle commence, on ne sait pas si l’on va assister à un spectacle mis en musique ou à un concert mis en scène. En fait, le public se rend compte qu’il est entré dans un monde plus simple, plus sobre et plus intime. Plus sobre car il n’y a que très peu d’éléments sur scène et aucun n’est purement décoratif ; ils seront tous utilisés soit par Noémi Boutin, violoncelliste, soit par Jorg Müller. Les spectateurs rentrent également dans un espace intime car seules ces deux personnes sont présentes sur scène et leur lien très fort se ressent rien qu’en les regardant quelques instants. C’est également un monde simple, si simple que les protagonistes n’ont pas besoin de mots pour communiquer, que ce soit entre eux ou avec nous.

C’est ainsi que nous découvrons au fur et à mesure du spectacle quels arts de la jonglerie M. Müller va associer à la musique de Bach. C’est pourquoi nous apercevons trois techniques différentes, toujours en lien avec la notion d’équilibre. La plus poétique de ces techniques semble être celle utilisée sur la Suite pour violoncelle n’3. Lors du prélude, instant musical très lumineux (beaucoup d’harmonies majeures et de marches harmoniques) avec un jeu de tuyaux accrochés au plafond. C’est alors que Jorg Müller danses, se faufile, joue avec ces tuyaux toujours en gardant une oreille vers la suite N’3 en Do Majeur comme pour transcrire cette suite de manière visuelle et plus humaine.

Le dernier album de Noémi Boutin en écho.

Il était soulevé l’idée que les mots n’étaient pas utiles pour les deux artistes sur la scène du théâtre de la Renaissance. Il se trouve que lorsque l’on écoute les trois suites pour violoncelles de Benjamin Britten (1913-1976) on retrouve ce temps suspendu où l’usage du langage n’est pas nécessaire pour apprécier et comprendre ce que l’on écoute. Lorsque l’on s’intéresse un peu à la carrière et aux compositions de Benjamin Britten, on se rend compte de son intérêt pour la voix et les différentes techniques vocales. Ici, à l’écoute de ces trois suites, on a l’impression que le compositeur a tenté d’adapter ce travail vocal au violoncelle, comme pour donner la parole à ce noble instrument. Cela se ressent dans les différentes lignes, par exemple dans le Canto Primo de la première suite ou encore dans le Fantastico de la troisième suite. Il est intéressant de savoir que ce dernier est aussi appelé Recitativo et que ce fut le nom choisi dans l’album. En fait, on notera le choix d’avoir souvent pris le deuxième nom des parties pour l’album surtout pour la troisième suite pour violoncelle ; l’autre exemple est Mournful Song (Under the Little Apple Tree). On notera d’ailleurs l’impasse faite sur le Kontakion (qui signifie hymne funèbre) qui devait clôturer cette troisième suite. Ici Noémi Boutin démontre encore une fois ces talents d’interprétations lors de l’écoute de ces suites, entre finesse et précision, ce qui renforce les caractères d’origines des œuvres de Britten.

Camille Pialoux

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