Save me Pythie tome 5 – des adieux aux dieux

Save me Pythie, le manga français d’Elsa Brants (que nous avions interviewée ici), revient ce 18 novembre pour un cinquième et ultime tome. C’est ici que les interrogations des fans vont s’achever : les dieux olympiens vont-ils retrouver leurs pouvoirs ? Les humains sont-ils prêts à confier de nouveau leur destinée à des divinités ? Est-ce une romance qui nait entre nos deux protagonistes, Pythie et Xanthe ? Le roi des dieux restera-t-il définitivement un poulet ? Toutes ces questions (et bien d’autres) trouveront leur réponse dans ce tome ; mais qu’en est-il du résultat ?

Un menu McZeu(gget)s pour calmer notre fin

Permettez-moi d’entamer cet article avec une anecdote personnelle. J’avais décidé, en fan que je suis de cette série, de commander mon manga en boutique, en édition « coffret ». J’arrive, demande ma commande et on m’annonce « Ah ! C’est pour vous le menu poulet ! ». Je m’interroge : je sais qu’il y avait une peluche de Zeus, mais de là à formuler la chose ainsi… Et voici ce qu’on me tend :

PHOTO © Jordan Decorbez
PHOTO © Jordan Decorbez

Jusque dans la forme du « coffret », Elsa Brants continue de surprendre ! Elle assume totalement ce métissage références antiques et contemporaines, et ça fonctionne parfaitement. Je sors donc la peluche et le volume de son sachet, et je commence à caler ma Franga(le).

Titans si bien…

© Elsa Brants
© Elsa Brants

Le premier chapitre s’ouvre sur un passage un peu plus obscur de la mythologie grecque : la Titanomachie. Si tout le monde connaît Zeus, Hadès, Poséidon et Apollon, moins de personnes connaissent les divinités primitives : du néant surgit Gaïa, la terre, qui engendre le ciel, Ouranos, avec qui elle se marie et enfante les Titans ; parmi ces Titans, il y a Chronos, dieu du temps, qui engendrera les divinités olympiennes qui le neutraliseront dans le Tartare… Celui-là même qui a été ouvert à la fin du tome 4.

Voici les ultimes antagonistes sortis des entrailles des enfers… enfers qui leur ont servi de prison pendant une éternité… Il n’en fallait pas plus pour qu’Elsa Brants les transforme en vieux boiteux ! Chronos, le maître du temps, adopte les allures d’un tenant masculin de Cassandre, vieux, usé, dépourvu de l’allure d’une divinité, et régulièrement rattrapé par des trous de mémoire ! Sa femme, Gaïa, sera mue par un instinct maternel qui la poussera à kidnapper ses propres enfants, et ne cherchera qu’à rattraper (maladroitement) le temps perdu ! De leur côté, Pythie et Xanthe réunissent les humains, accumulent les offrandes pour les dieux afin que de la foi germe de nouveau des pouvoirs divins !

Une fin où il-y-a-du génie

Une crainte m’avait cependant effleurée : Save me Pythie était censée être une œuvre en 3 tomes, prolongée (grâce à son succès) jusqu’à 5 tomes. La fin du troisième opus m’avait semblé brillante, et j’espérais que la conclusion réelle de la série n’allait pas être inférieure à la « première fin ». Et là : succession de surprises. Rien ne se passe comme on pourrait l’imaginer. Le scénario est plein de rebondissements : je ne savais pas, 20 pages avant la fin, comment l’intrigue pourrait être résolue ! Et un message ressort : les hommes ont leur destin entre les mains. Ils peuvent être habités par la foi, cependant, ils restent cependant maître de leur destin. Ce message passe d’autant plus clairement que Prométhée, créateur de l’être humain, rejoint le camp des Hommes.

Et si on peut penser que ce message reste, somme toute, classique pour un shônen, Elsa Brants nous transcende dans la forme : les déferlantes d’énergie côtoient les références à la résistance de la deuxième guerre mondiale ; la maîtrise du temps aboutit à plus de gags que de réussites, et, surtout, l’arme principale de ce shônen à la française n’est pas l’énergie brute, mais la ruse : gagnera le camp qui ne comptera pas que sur ses forces, mais aussi sur ses faiblesses. Ainsi, tout s’achève avec intelligence, sans conclusion cliché, avec un triomphe « relatif » du bien, et surtout, avec l’esprit ludique, accessible et intelligent qui a caractérisé toute la série.

PHOTO © Jordan Decorbez
PHOTO © Jordan Decorbez

Je ne peux que recommander le tome 5 de Save me Pythie, et je conseille à quiconque n’aurait pas lu la série de s’y consacrer : cette parodie mythologique ne fonctionne que parce qu’elle montre un respect infini envers son matériau de base, et popularise des histoires qui peuvent être considérées comme « trop nobles » pour certains, ou parfois « trop obscures » pour d’autres. Reste à savoir aujourd’hui si nos héros pourront profiter du nectar d’une retraite bien méritée, où s’ils sont destinés à aller de Charybde en Scylla, vers un autre cycle, vers de nouvelles aventures (que j’attendrais au moins comme Ulysse a attendu son retour à Ithaque).

 

Jordan Decorbez

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *