Séisme : conversations pour un enfant du siècle

Dans le cadre du Festival Off d’Avignon, la Compagnie Théâtre du Prisme présente du 7 au 28 juillet Séisme à l’Artéphile Théâtre à 13h. Arnaud Anckaert poursuit son exploration des textes anglo-saxons et met en scène Mounya Boudiaf et Maxime Guyon incarnant un couple en pleine interrogation sur la nécessité d’avoir un enfant dans le monde actuel.

L’art de la conversation

©Cie Théâtre du Prisme
©Cie Théâtre du Prisme

Séisme est un long tête à tête en F et H. Leur histoire d’amour se déploie dans une conversation ponctuée d’ellipses temporelles. Le point de départ est la question d’avoir ou non un enfant. Dans un échange vif, le texte de Duncan Macmillan pointe du doigt nos propres contradictions à travers ces deux personnages sans noms, qui pourraient être n’importe qui. On retrouve avec plaisir la vitalité de l’écriture contemporaine typiquement anglo-saxonne, l’humour est acéré et fin, l’art du dialogue et du récit est parfaitement maitrisé pour livrer une suite d’instantanés qui retracent l’évolution du couple. On glisse de manière quasi imperceptible d’une conversation à l’autre. L’univers est envisager à l’échelle humaine, juste entre ces deux personnes qui tentent d’appréhender le monde qui les entoure en s’interrogeant sur la nécessité qui est la leur d’avoir un enfant, de savoir s’ils sont des gens biens. Les valeurs qui fondent leur couple, qu’ils souhaitent transmettre. De nombreuses questions traversent leur conversation. La scénographie se compose essentiellement d’un mur blanc qui habille le fond de scène. Comme une page blanche sur laquelle le couple peut écrire son histoire et évoluer dans la sobriété la plus totale. Ce choix de mise en scène laisse toute leur place aux deux comédiens. Le jeu qui n’appuie pas la théâtralité et recherche une certaine simplicité et une sobriété met en valeur le texte. Mounya Boudiaf et Maxime Guyon, tout en nuances font sentir les variations qui traversent les échangent entre F et H avec naturel et humour. Les spectateurs entrent dans le texte, suivent l’évolution de ces discussions, passant d’une émotion à l’autre, suivant les doutes, les joies, les peurs et les épreuves. Une certaine connivence s’établit entre les comédiens et le public qui se reconnaît, s’observe aussi dans ce miroir qui lui est tendu. Les préoccupations de ces deux jeunes personnes à propos de la société dans laquelle ils vivent, des enjeux de notre époque, de leur couple, du monde qu’ils laisseront à leur enfant, sont celles d’une génération dont l’incertitude est le mode de vie.

©Cie Théâtre du Prisme
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La fusion des êtres

©Cie Théâtre du Prisme
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Le séisme dans cette pièce c’est avant tout la déflagration dans le couple lorsque H demande à F si elle veut avoir un enfant avec lui. Quelle est la responsabilité de mettre un enfant au monde ? Quelles sont les « bonnes » raisons pour mettre un enfant au monde ? Ce que cela dit de la représentation que l’on se fait de notre couple ? Comment devenir parent tout en restant un couple ? C’est tout ce qui se tisse entre deux êtres, ce que chacun apporte ou non à l’autre en laissant ses propres émotions de côté pour devenir un soutien. C’est l’inégalité face à la grossesse, la frustration possible pour l’homme de ne pas porter l’enfant, le changement du corps de la femme, l’acceptation de ce changement, la violence que cela peut représenter pour elle. C’est aussi, à une échelle plus personnelle, la dissonance entre qui l’on veut être, les valeurs que l’on souhaite transmettre et les moyens que l’on se donne pour y correspondre. Au-delà de ces considérations personnelles c’est la manière dont la société influence le couple en lui-même et conditionne ses choix de vie. La première scène montre H et F dans les rayons d’Ikea, se demandant pour la première fois si avoir un enfant dans les conditions actuelles du monde est une bonne chose. Cette scène en dit long sur la dissonance qu’il existe entre les valeurs que l’on souhaite incarner, celles de ce couple sensible aux préoccupations écologiques, terroristes et de l’avenir assez loin d’être radieux.

La pièce interroge avec intelligence les sujets de notre époque, nous met face à nos peurs et questionne notre responsabilité avec un humour incisif. C’est un régal de suivre ce condensé d’une vie de conversation d’un couple avec ses aléas, ses turpitudes et ses incongruités servis avec subtilité par deux comédiens exceptionnels.

Anaïs Mottet

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